Autogestion. On croyait le mot oublié, vaincu par des décennies d’intériorisation du monde tel qu’il est. Et le voilà qui resurgit, au cœur du mouvement en cours dans la culture, redisant le monde tel qu’il doit devenir. Vendredi 9 avril, l’AG du Grand Théâtre de Tours a voté à une très large majorité l’appel à « que vive l’autogestion dans la culture, et partout ! », reproduit ci-dessous. L’Internationale des Savoirs pour Tous, qui depuis sa création veut contribuer aux combats pour une société postcapitaliste et postproductiviste, ne peut que se réjouir d’un tel appel et vous invite à le propager, dans les lieux culturels occupés, dans les universités et centres de recherche, en France et ailleurs…
La Rédaction du blog
Autogestión. Hemos pensado que la palabra había sido olvidada, derrotada por décadas de interiorizar el mundo tal como es. Y aquí está de nuevo en Francia, en el corazón del movimiento actual de la cultura, redibujando el mundo como debe ser. El viernes 9 de abril, la Asamblea General del Grand Théâtre de Tours votó por amplia mayoría la petición de "¡autogestión en la cultura, y en todas partes!", que juntamos a continuación. La Internacional del Saber para Todos, que desde su creación ha querido contribuir a la lucha por una sociedad poscapitalista y posproductivista, no puede sino acoger tal llamamiento y le invita a difundirlo, en los lugares culturales ocupados, en las universidades y centros de investigación, en Francia y en otros lugares del mundo...
La Redacción del blog
Self-governing. We thought the word had been forgotten, defeated by decades of internalizing the world as it is. And here it is again in France, at the heart of the current movement in culture, redrawing the world as it must become. On Friday 9 April, the General Assembly of the Grand Théâtre de Tours voted by a very large majority to call for "self-governing” in culture, and everywhere! "which is reproduced below. The International of Knowledge for All, which since its creation has wanted to contribute to the struggle for a post-capitalist and post-productivist society, can only welcome such a call and invites you to spread it, in occupied cultural places, in universities and research centers, in France and elsewhere in the world...
The blog’s editorial team
Depuis le 4 mars 2021, et l’occupation à Paris du Théâtre de l’Odéon, un puissant mouvement de mécontentement et de mobilisation s’est emparé du monde de la culture. Le feu y couvait depuis longtemps et, en quelques semaines, des milliers d’amateurs, de professionnels des différents métiers du spectacle, associés à leurs publics, ont emboîté le pas, donnant à la révolte une ampleur imprévue, inespérée. À l’heure où nous écrivons, près d’une centaine de lieux culturels sont désormais occupés, 24h sur 24, partout en France et parfois même à l’étranger.
Les principales revendications portées par le mouvement sont désormais bien connues : abrogation de la réforme de l’assurance-chômage et annulation de sa dette, prolongation de l’année blanche pour les intermittents, réouverture immédiate des lieux culturels, création d’un plan de soutien à l’emploi et aux salaires pour toutes et tous, etc.
Aussi essentielles au monde de la culture que la culture l’est à la vie, ces revendications réagissent à la violence et à l’incurie des gouvernants, à leur gestion calamiteuse de la crise sanitaire comme aux politiques capitalistes et néolibérales qu’ils mènent depuis des décennies. Il nous faut maintenant franchir une nouvelle étape : imaginer, inventer un autre monde de la culture, une autre société.
Déjà actifs dans le mouvement ou prêts à le rejoindre, nous sommes ainsi de plus en plus nombreux à vouloir compléter la liste actuelle des revendications. D’un mot fort, symbole d’un avenir transformateur, révolutionnaire. Nous voulons l’autogestion. C’est-à-dire la réappropriation collective de l’outil de travail où toutes celles et ceux (directions, salariés, intermittents, vacataires, spectateurs…) qui contribuent à la vie des lieux culturels aient une part égale dans toutes les décisions qui les concernent (emploi, salaires ou cachets, gestion financière quotidienne ou investissement, programmation des spectacles...). Cette autogestion existe déjà, à l’état d’îlots, dans de très nombreux lieux dits « alternatifs » et s’invente chaque jour dans nos occupations. Elle doit maintenant devenir « l’alternative », entrer dans les lieux dits « officiels », quels qu’ils soient et de quelque argent, public ou privé, ils disposent. Parce que la culture doit être tout sauf un privilège, parce que chacun en a sa part et tous l’ont en commun, aucun établissement culturel ne doit échapper à cette vitalité démocratique, à ce renversement de l’ordre – ou plutôt du désordre… – établi.
C’est ainsi, par la perspective autogestionnaire, que nous donnerons au mouvement en cours tout son sens, en ferons l’outil d’un autre monde de la culture et d’une autre société. C’est ainsi, en exigeant d’être enfin des acteurs-décideurs à part entière et égalitaire de tous les lieux culturels, que nous commencerons à reprendre le pouvoir sur nos vies, nos métiers, nos conditions de travail et de rémunération, et inventerons demain de nouvelles formes d’organisation et de financement de la culture, de nouveaux liens avec un public élargi. C’est ainsi, également, que nous nous libèrerons de la culture-marchandise et montrerons que l’autogestion peut s’appliquer à tant d’autres secteurs qui, eux aussi, aspirent à sortir du règne du capitalisme. Parce qu’il faut en finir avec l’isolement de chacun et la subordination de tous, recréer partout la culture du collectif, l’autogestion doit revenir sur le devant de la scène et irriguer toute la société.
Nous devons donc dès maintenant porter cette revendication autogestionnaire dans tous les lieux occupés, la soumettre à l’approbation des AG qui s’y déroulent, la propager dans tous les lieux en lutte. L’autogestion, répétons-le, n’est pas une revendication opposée à celles qui ont déjà été décidées par le mouvement : elle s’y additionne, les complète et renforce la convergence des luttes, l’espoir du succès commun. Nous devons, à l’heure où l’on célèbre les 150 ans de la Commune, en être les dignes héritiers dans les termes et les conditions de ce début de XXIe siècle.
Desde el 4 de marzo de 2021 y la ocupación del Théâtre de l'Odéon en París, un poderoso movimiento de descontento y movilización se ha apoderado del mundo cultural. El fuego llevaba mucho tiempo ardiendo y, en pocas semanas, miles de aficionados y profesionales de las distintas profesiones del espectáculo, junto con su público, siguieron su ejemplo, dando a la lucha un alcance inesperado e insospechado. En el momento de escribir estas líneas, casi un centenar de locales culturales están ocupados, las 24 horas del día, en toda Francia y a veces incluso en el extranjero.
Las principales reivindicaciones del movimiento son ya conocidas: derogación de la reforma del seguro de desempleo y condonación de su deuda, ampliación del año sabático para los trabajadores intermitentes, reapertura inmediata de los locales culturales, creación de un plan de apoyo al empleo y a los salarios para todas y todos, etc.
Tan esenciales para el mundo de la cultura como la cultura lo es para la vida, estas reivindicaciones son una respuesta a la violencia y la negligencia del gobierno, a su calamitosa gestión de la crisis sanitaria y a las políticas capitalistas y neoliberales que llevan a cabo desde hace décadas. Ahora debemos dar un nuevo paso: imaginar e inventar otro mundo cultural, otra sociedad.
Ya activos en el movimiento o dispuestos a unirse a él, cada vez somos más los que queremos completar la actual lista de reivindicaciones. Con una palabra fuerte, símbolo de un futuro transformador y revolucionario. Queremos la autogestión. Es decir, la reapropiación colectiva de la herramienta de trabajo en la que todos aquellos (dirección, empleados, trabajadores temporales, espectadores...) que contribuyen a la vida de los lugares culturales tienen una participación equitativa en todas las decisiones que les conciernen (empleo, salarios u honorarios, gestión financiera diaria o inversión, programación de espectáculos...). Esta autogestión ya existe, en forma de islas, en muchos lugares llamados "alternativos" y se inventa cada día en nuestras ocupaciones. Ahora debe convertirse en "la alternativa", entrar en los lugares llamados "oficiales", sean los que sean y tengan el dinero, público o privado, que tengan. Porque la cultura debe ser cualquier cosa menos un privilegio, porque todos tienen parte en ella y todos la tienen en común, ningún establecimiento cultural debe escapar a esta vitalidad democrática, a este derrocamiento del orden - o más bien del desorden - establecido...
Es así, a través de la perspectiva de la autogestión, como daremos al movimiento actual su pleno sentido, convirtiéndolo en la herramienta de otro mundo cultural y de otra sociedad. Así, exigiendo ser por fin actores-decisores de pleno derecho de todos los lugares culturales, empezaremos a recuperar el poder sobre nuestras vidas, nuestros empleos, nuestras condiciones de trabajo y nuestros salarios, e inventaremos mañana nuevas formas de organización y financiación de la cultura, nuevos vínculos con un público más amplio. Así también nos liberaremos de la cultura-mercancía y demostraremos que la autogestión puede aplicarse a tantos otros sectores que también aspiran a salir del reino del capitalismo. Porque hay que acabar con el aislamiento de cada individuo y la subordinación de todos, y recrear la cultura de lo colectivo en todas partes, la autogestión debe volver al primer plano e irrigar toda la sociedad.
Por lo tanto, debemos llevar ahora esta reivindicación de autogestión a todos los lugares ocupados, someterla a la aprobación de las AG que allí se celebran y propagarla en todos los lugares en lucha. La autogestión, repitámoslo, no es una reivindicación opuesta a las ya decididas por el movimiento: se suma a ellas, las completa y refuerza la convergencia de las luchas, la esperanza de un éxito común. En un momento en que celebramos el 150 aniversario de la Comuna, debemos ser sus dignos herederos en los términos y condiciones de principios del siglo XXI.
Desde el Grand Théâtre de Tours ocupado, el 9 de abril de 2021 Descargar el artículo
Since March 4, 2021, and the occupation of the Théâtre de l'Odéon in Paris, a powerful movement of discontent and mobilization has taken hold of the cultural world. The fire had been smouldering for a long time and, in a few weeks, thousands of amateurs and professionals from the various performing arts professions, together with their audiences, followed suit, giving the revolt an unforeseen and unexpected scope. At the time of writing, nearly a hundred cultural venues are now occupied, 24 hours a day, throughout France and sometimes even abroad.
The main demands made by the movement are now well known: repeal of the unemployment insurance reform and cancellation of its debt, extension of the year off for intermittent workers, immediate reopening of cultural venues, creation of a plan to support employment and salaries for all, etc.
As essential to the world of culture as culture is to life, these demands are a response to the violence and negligence of the government, to their calamitous management of the health crisis and to the capitalist and neo-liberal policies they have been pursuing for decades. We must now take a new step: to imagine and invent another world of culture, another society.
Already active in the movement or ready to join it, more and more of us want to complete the current list of claims. With a strong word, symbol of a transformative, revolutionary future. We want self-governing. That is to say, the collective reappropriation of the work tool where all those (management, employees, temporary workers, spectators...) who contribute to the life of cultural venues have an equal share in all the decisionsthat concern them (employment, salaries or fees, daily financial management or investment, programming of shows...). This self-management already exists, in the form of islands, in many so-called "alternative" places and is invented every day in our occupations. It must now become "the alternative", enter the so-called "official" places, whatever they are and whatever money, public or private, they have. Because culture must be anything but a privilege, because everyone has a share in it and everyone has it in common, no cultural establishment must escape this democratic vitality, this overturning of the established order - or rather disorder... -.
It is in this way, through the self-governing perspective, that we will give the current movement its full meaning, making it the instrument of another world of culture and another society. It is in this way, by demanding to be full and equal actors-deciders of all cultural places, that we will begin to take back the power over our lives, our jobs, our working conditions and pay, and invent tomorrow new forms of organisation and financing of culture, new links with a wider public. This is also how we will free ourselves from commodity culture and show that self-management can be applied to so many other sectors that also aspire to break free from the rule of capitalism. Because we must put an end to the isolation of each individual and the subordination of all, and recreate the culture of the collective everywhere, self-governing must return to the forefront andirrigate the whole society.
We must therefore now take this self-governing claim to all the occupied places, submit it to the approval of the GAs that are taking place there, and propagate it in all the places in struggle. Self-governing, let's repeat, is not a demand opposed to those already decided by the movement: it adds to them, completes them and reinforces the convergence of struggles, the hope of common success. At a time when the 150th anniversary of the Commune de Paris is being celebrated, we must be its worthy heirs in the terms and conditions of the beginning of the 21st century.
Tandis que le peuple algérien se mobilise tous les vendredis depuis plus d’un mois pour appeler au retrait de la candidature du Président candidat pour un 5ème mandat et en finir avec le système du FLN, les étudiants manifestent activement et passivement.
« Silmia silmia », « Algérie libre et démocratique », « Voleurs, vous avez bouffé le pays ! », « Dégage ! », « Nous sommes une République, pas une monarchie ! », « Le peuple ne veut ni Bouteflika ni Saïd », sont autant de slogans scandés par des milliers d’étudiantes et d’étudiants, comme le raconte le journal Liberté dans son édition du 27 février.
« Depuis que j’existe, je n’ai connu comme seul Président que Bouteflika. Il est temps qu’il parte ! » s’exclame, désabusé, Z. K., étudiant en 2e année de l’École polytechnique d’architecture et d’urbanisme (Epau). H .O., étudiant en 5e année de l’école, assez politisé, évoque quant à lui le fameux discours de l’ex-président américain, Barack Obama, exhortant, au lendemain de son premier mandat, les pouvoirs africains à se démocratiser. « Ce discours m’avait fait pleurer à l’époque », se rappelle-t-il, non sans une certaine amertume.
Alors que le gouvernement a décidé d’avancer de 15 jours les vacances et de repousser par-là même la date du semestre d’un mois, les étudiants et les enseignants mobilisés sont décidés à poursuivre la lutte. « Nous allons continuer à occuper les campus », déclare Ceyla Benyahia, étudiante en fin de cycle à l’Epau, et membre actif du club estudiantin Nomad. « Nous nous attendions à une telle réponse de leur part, car nous sommes persuadés que les mouvements estudiantins leur font peur. Il est clair que cette manœuvre vise à vider les campus et les cités universitaires pour casser la dynamique en cours… À l’Epau, nous avons déjà prévu, pour cette semaine, des rencontres-débats pour décider des prochaines actions à envisager contre le cinquième mandat et pour le départ du régime ».
Si le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, a proposé le 26 mars l’application de l’article 102 de la Constitution qui consiste à organiser l’intérim en cas de démission du chef de l’État ou d’incapacité à assumer ses fonctions « pour cause de maladie grave et durable », tous les manifestants semblent bien décider quant à eux à faire jouer l’article 7 de la constitution : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple ».
En complément à l’article Universidad de la Tierra : autonomía, saberes y rebeldías, nous publions ci-dessous un texte de Christine Lapostolle, issu de longues heures de discussion avec Jérôme Baschet. Il nous a été transmis par ce dernier et porte également sur les écoles mises en place par les communautés autonomes zapatistes du Chiapas. (La Rédaction du blog)
« Il s’agit bien d’un projet politique, en rupture avec les formes de vie et d’expérience propres au système institutionnel et à la société capitaliste » (Jérôme Baschet)
« Spécialiste ?
— Pourquoi ne souhaites-tu pas que cet échange soit transcrit sous forme d’entretien ? — Je ne supporte pas la position du « spécialiste », j’ai horreur de passer pour celui qui sait. »
L’Université de la Terre (aussi appelée Cideci : Centre indigène de formation intégrale) naît dans la mouvance de l’action de l’ancien évêque du Chiapas Samuel Ruiz. Samuel Ruiz est un des défenseurs de la théologie de la libération qui s’est propagée dans plusieurs pays d’Amérique latine à partir des années 1960. La théologie de la libération a été très importante dans l’expérience des communautés indiennes qui ont ensuite formé l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), notamment l’idée de l’auto-organisation des opprimés, l’idée qu’il s’agit moins de porter la bonne parole que de demander et d’écouter, selon la méthode dite du tijwanel (faire sortir ce qu’il y a dans le cœur de l’autre) — il s’agit de promouvoir une circulation horizontale de la parole dans des assemblées, de recueillir la parole présente dans le peuple pour la rassembler et la redistribuer. Tu retrouves cela chez les zapatistes : ne plus être assisté parce qu’on est pauvre, organiser sa vie à partir de ses richesses propres, aussi minimes soient-elles en termes d’argent, à partir de l’expérience qu’on a et des ressources de la communauté.
Concrètement, l’Université de la Terre est implantée à l’extérieur de San Cristóbal de Las Casas, à quelques kilomètres, au pied des montagnes. C’est un lieu magnifique. C’est la première chose qui frappe. La beauté du lieu. Tu arrives tu vois ce site, ces bâtiments au milieu de la végétation. C’est plein de verdure, entretenue avec soin. Des fleurs partout, des peintures murales...
Les bâtiments ont été construits par ceux qui travaillent là, progressivement, au fil des années, avec les moyens du bord, avec des dons, de l’argent gagné, notamment celui des cultures au milieu desquelles se trouve l’Université.
À l’Université de la Terre sont surtout organisés des apprentissages pratiques : agriculture, électricité, informatique, mécanique... Il y a aussi la fabrication (relativement artisanale) de livres. On cherche des façons de faire adaptées à une économie locale ; il s’est par exemple développé ces derniers temps une unité de recyclage des carapaces de crevettes : la crevette est pêchée en abondance sur la côte Pacifique, à partir des carapaces de crevettes on obtient un matériau qui peut servir à toutes sortes usages — mais je ne connais pas bien la question !
L’Université de la Terre est ouverte à tous ceux qui veulent apprendre, sans exigence de diplôme ou de niveau. Tout le monde a le niveau ! Elle sert aux jeunes Indiens des communautés zapatistes — elle est d’abord conçue comme un soutien aux zapatistes, mais il y a aussi des jeunes d’autres communautés indiennes. Et il y a des gens de San Cristóbal qui viennent. Tu viens là parce que tu veux te former dans tel ou tel domaine. Il n’y a pas de durée établie, les étudiants habitent sur place, il n’y a pas d’examens, de diplômes, c’est à chacun de savoir quand il a acquis ce qu’il était venu chercher. On peut repartir et revenir autant de fois qu’on en sent le besoin. La formation est à la fois libre et personnalisée. Il y a des formateurs, mais les gens s’entraident et avancent aussi comme ça. L’idée est celle d’une « communauté ouverte d’apprentissage » : même si certains ont plus d’expérience dans tel ou tel domaine, on construit ensemble des apprentissages, ce qui diffère de la conception d’une éducation dispensée par certains à d’autres qui la reçoivent.
Il n’y a pas d’enseignement théorique à proprement parler, mais beaucoup de rencontres sont proposées et tout le monde est convié. Les zapatistes y ont organisé plusieurs grands rassemblements ces dernières années, avec des gens qui venaient de tous les coins du monde : la rencontre organisée en 2007 après la mort de l’historien André Aubry a eu lieu là ; cinq mille personnes se sont retrouvées pour le Festival de la Digne Rage en janvier 2009... L’Université de la Terre se définit comme un « espace autonome », en rébellion contre les structures de l’État. Et lors d’une des rencontres organisées par l’EZLN, Marcos l’a déclarée « territoire zapatiste » (ce qui devrait constituer une protection vis-à-vis des possibles attaques gouvernementales).
C’est une sorte d’interface entre les communautés zapatistes et le reste du monde. Elle n’est bien sûr pas reconnue par le gouvernement mexicain. Elle n’a pas fait l’objet d’attaques frontales, mais elle subit pas mal de harcèlement, notamment via la Commission fédérale d’électricité, qui veut intenter un procès pour des dettes supposées alors que l’Université de la Terre est maintenant équipée de son propre générateur d’électricité. Les étudiants doivent se relayer jour et nuit pour des tours de garde à l’entrée. Récemment, des camions de l’armée fédérale sont venus patrouiller aux abords de l’Université de la Terre ; les soldats sont même descendus à pied avec leurs armes à la main, ce qui a suscité beaucoup d’inquiétude.
Je le redis, un des points importants est la beauté des lieux, une beauté simple, liée à la nature, au site et à la végétation, et à la gentillesse des gens, au sens communautaire. Tout le monde est frappé par l’accueil qu’on y reçoit. Évidemment en France quand tu dis « communauté » cela évoque tout de suite de vieilles images post-soixante-huitardes. Mais là, la référence, c’est la communauté indienne, avec le sens du collectif et de l’entraide qui la caractérise.
En dehors des grandes rencontres, tu as deux types de séminaires fréquentés à la fois par les étudiants, et aussi par des gens de la ville, par des sympathisants venant d’autres parties du Mexique et d’autres pays — tous ceux qui le souhaitent peuvent venir.
En outre il y a très souvent des invités de passage qui font des conférences ou exposent leur expérience de lutte dans leur pays. Les étudiants préparent et commentent après coup, ce qui est une occasion d’apprentissage sur telle partie du monde, sur certains problèmes qui nous concernent tous...
Le premier type de séminaire a lieu une fois par semaine. C’est le jeudi soir, ça commence à cinq heures, le temps qu’on se dise bonjour, qu’on prenne un premier café, ça fait plutôt six heures et là on discute parfois jusqu’à onze heures du soir. L’objet de ces séminaires, c’est l’actualité politique, chiapanèque, mexicaine et internationale, la lecture de la presse. Chaque semaine on distribue à tout le monde un stock d’articles, une cinquantaine de pages, les gens lisent, et on discute des articles la semaine suivante. Ce n’est pas l’actualité au sens Twitter, il y a un petit décalage avec le présent immédiat, en plus les articles au moment où on les distribue datent en général de quelques jours... Mais ça n’a aucune importance. L’actualité dans la minute, dans ce contexte, ça n’a pas de sens.
La séance commence par un compte rendu des lectures de la semaine en trois langues : en espagnol d’abord, trois quarts d’heure à peu près. Tout le monde en principe comprend l’espagnol, mais il y a des gens qui sont plus à l’aise en tsotsil ou en tseltal, alors il y a aussi des comptes rendus en tsotsil et en tseltal. Cela demande beaucoup de temps. Il faut beaucoup de patience. Ces conférences sont une vraie mise à l’épreuve de la patience pour un Occidental. Tout le monde écoute, écoute longtemps, et tout le monde parle, il n’y a pas de temps de parole, on laisse parler tous ceux qui veulent aussi longtemps qu’ils le veulent. Jamais on ne va couper la parole à quelqu’un. On le laisse parler, on le laisse aller au bout de ce qu’il a à dire. Et après, s’il y a lieu, on va formuler un autre point de vue en prenant autant de temps que nécessaire. Tous ceux qui parlent ne sont pas des habitués de la rhétorique, parfois il faut à quelqu’un très longtemps pour parvenir à exprimer ce qu’il veut dire. Tant pis, on ne s’énerve pas, on l’écoute. Ce respect de la parole est assez rare en Occident, je crois. Tu n’as pas besoin de savoir bien parler pour t’exprimer. Si tu as quelque chose à dire, tu le dis avec tes mots, tu cherches tes mots, on t’écoutera. Tout le monde écoute tout le monde, c’est un principe de base, c’est une sorte d’apprentissage de la parole en groupe...
Il y en a qui se taisent : il y a des étudiants qui ne disent rien. Mais tu as aussi des gens qui viennent ponctuellement, des gens de la ville, qui viennent avec leurs questions, leurs problèmes particuliers. Et comme c’est entièrement ouvert, tu as des gens qui ignorent ce qui s’est dit la fois précédente. Par exemple, il y a souvent des discussions autour de la question des terres : tu as beaucoup de gens, dans la périphérie de San Cristóbal qui se sont installés, ils ont construit sur des terres qui appartiennent officiellement à l’État. Ils fondent un quartier et puis au bout de quelques années la question de la propriété du sol se pose. En principe au Mexique, État ou gros propriétaire, si tu ne fais rien de tes terres pendant plusieurs années, elles peuvent passer aux mains de ceux qui les occupent et en font quelque chose. Mais cela donne lieu à des conflits. L’État joue de cela, sans forcément intervenir directement, il fait pression, il va faire des incursions au moment où on ne s’y attend pas, laisser planer la menace...
Ceux qui participent aux séminaires viennent d’horizons divers : des étudiants, des universitaires, des gens de différentes trajectoires politiques, anciens trotskistes, libertaires... Il y aussi des gens qui appartiennent ou ont appartenu aux structures de l’évêché. Parfois, il y a des nouveaux qui débarquent et qui t’expliquent ce qu’il faudrait faire comme si tu n’y avais jamais réfléchi... Ou quelqu’un qui se met à t’expliquer en long et en large quelque chose qui a déjà été discuté la semaine précédente où il n’était pas là. Tant pis, on écoute, on laisse parler. C’est la même chose dans les communautés. Toutes les décisions sont discutées autant que nécessaire, même s’il faut parler très longtemps. On ne prend la décision que quand tout le monde est d’accord. Et personne ne s’énerve. Je vois mal ce genre de chose ici en France. J’ai un ami qui ne supporte pas ! Il vient mais ça l’exaspère qu’on ne puisse pas se contredire, il ne supporte pas que les gens parlent sans limite de temps...
On est une quarantaine de personnes. Autour d’une grande table. Il y a le café, les petits pains, ça rentre, ça sort...
Un samedi matin par mois, c’est le second type de séminaire, on se réunit pour discuter autour d’un livre. Là on est moins nombreux, tous les étudiants ne sont pas présents. On choisit un livre et on l’étudie ensemble. Selon les mêmes principes de parole que ceux que je viens d’évoquer. Ces derniers temps on s’est penchés sur les écrits d’Ivan Illich. Avant, pendant trois ans, tous les samedis on a lu les livres d’Immanuel Wallerstein — sa critique du capitalisme mondialisé, la théorie des systèmes-monde — sa pensée compte beaucoup à l’Université de la Terre. Avec Ivan Illich, on est au cœur de la réflexion sur l’éducation. Illich a vécu au Mexique, son Centre pour la formation interculturelle (le Cidoc) était implanté à Cuernavaca. Dans les dernières rencontres internationales organisées par l’EZLN ou autour des anniversaires du 1erjanvier 1994, la pensée d’Illich a été assez présente. À plus forte raison depuis le rapprochement avec Javier Sicilia, le poète dont le fils a été assassiné en 2011 : les zapatistes ont organisé une grande mobilisation pour soutenir la Marche pour la paix qu’il a engagée pour dénoncer le crime organisé. Javier Sicilia est un disciple d’Ivan Illich.
Une des idées principales d’Illich en matière d’éducation et d’apprentissage, c’est d’en finir avec l’école-institution. Repenser la question de l’enseignement, de la transmission, en dehors du rapport d’autorité et de normalisation qu’instaure l’école comme institution qui s’arroge le monopole du savoir légitime. Illich dénonce aussi le caractère contre-productif de l’école (comme d’autres institutions : l’hôpital, les transports, etc.) qui en délégitimant de nombreux savoirs et de nombreuses pratiques, produit un mode de savoir et des pratiques standardisés, abstraits, coupés de la vie. Lorsqu’il parle d’une société sans école, ce n’est pas forcément qu’aurait été aboli tout lieu spécifique voué aux apprentissages, mais il conteste le fait de réduire à l’école le périmètre de l’apprentissage. Chacun doit pouvoir accéder aux connaissances dont il a le désir et tout le monde peut apprendre à tout le monde. Chacun sait des choses qu’il peut transmettre si on établit les conditions qui le permettent. On a beaucoup moins souvent qu’on ne le croit besoin de maîtres, on a besoin d’une pratique des savoirs, d’une circulation, d’un échange ininterrompu. Il s’agit de valoriser les apprentissages liés à l’expérience, à la vie réelle, l’auto-apprentissage, l’inter-apprentissage, non pas l’éducation a priori mais les apprentissages en fonction des besoins effectifs, des situations, etc. Illich prône la déspécialisation, il s’oppose à la délégation de l’enseignement à des spécialistes autorisés. Tout le monde sait, dit-il, et a des capacités à transmettre.
Reste que tout dépend de la question suivante : apprendre pour quoi ? Pour vivre dans quel monde, dans quelle réalité sociale ?
Les écoles des communautés
Promotores, le mot n’est pas terrible en français où le promoteur évoque surtout l’immobilier ! Mais en espagnol, dans le contexte dont je parle, il faut l’entendre au sens premier : celui qui promeut, fait aller en avant, qui suscite l’élan...
Dans les communautés, ceux qui enseignent aux enfants dans les écoles primaires sont appelés promotores. Trois cents écoles primaires existent aujourd’hui dans la seule zone des Altos (Hautes Terres), l’une des cinq zones gouvernées par les autorités autonomes zapatistes. Les promotores ont été formés pour leur tâche mais ils ne sont pas payés. Ils ne gagnent pas d’argent, ils reçoivent seulement une aide en produits alimentaires de la communauté où ils enseignent ; ils continuent aussi à participer à la production agricole de leur famille, à la récolte du café, leur activité ne se limite pas à l’enseignement. Au moment de la récolte du café, l’école s’arrête, tout le monde s’y met, les enfants aussi. À la fois les promotores ont été formés pour faire l’école, mais ils participent aux autres activités quand c’est nécessaire.
Souvent ils manquent de pas mal de choses... ils n’ont pas forcément de quoi acheter le matériel scolaire ou les livres dont ils auraient besoin, et pas même de quoi s’acheter un nouveau pantalon ! De toute façon le principe c’est : on a une petite salle pour faire la classe, tant mieux, mais si on ne l’avait plus, on ferait la classe sous un arbre.
Au premier abord, l’organisation générale se présente un peu comme ici. C’est très structuré. Il y a six années. On acquiert des connaissances. Tu fais ton cursus. Là ils ont un peu calqué sur le système officiel. Ça ressemble à l’idée qu’on a de l’école. On peut se dire, c’est un peu dommage. Mais où ça change, c’est dans le statut même du promoteur et dans la manière de concevoir l’éducation — comment on apprend. Il n’y a pas de compétition, il n’y a pas d’échec ou de réussite. Tu as des savoirs à acquérir et on t’explique jusqu’à ce que ce soit acquis. Ceux qui ont compris plus vite aident les autres. Et on ne passe à autre chose que quand tout le monde a compris.
L’école n’est pas organisée de façon identique partout. Il y a cinq zones entre lesquelles se répartissent les communautés, et dans chaque zone, même si les principes généraux sont les mêmes, il y a des variations importantes.
Dans l’école secondaire, tout le monde est capable d’enseigner tout. La non-spécialisation, cela veut dire que les promotores doivent se débrouiller avec la situation telle qu’elle se présente. Quelqu’un commence à être bien formé dans une discipline, mais s’il y a un manque dans une autre discipline qu’il n’a pas encore enseignée il faut qu’il s’y mette : quelqu’un part et il faut tout réorganiser... Souvent, dans les communautés, les gens jeunes éprouvent le besoin de partir un an ou deux dans le nord du Mexique ou aux États-Unis, c’est un peu le voyage obligé : même si les conditions de vie sont très dures, les gens partent, puis en général reviennent dans la communauté. Si quelqu’un s’arrête, on prend son travail en charge. Même si a priori on ne sait pas faire ce qu’il faisait — on apprend, on trouve. Il faut faire avec ce qu’on a, apprendre sur le tas. Il faut se débrouiller. Ce n’est pas un principe, ce n’est pas systématique, mais quand il faut résoudre un problème d’organisation on change la répartition des rôles. Tu enseignais l’histoire, et tu vas faire les sciences naturelles...
Les élèves habitent sur place. Garçons et filles bien sûr. Qui va dans les élèves secondaires ? Ce sont les intéressés eux-mêmes qui décident, il n’y a pas l’idée de repérer les meilleurs ou ce genre de chose. On va à l’école secondaire si on a envie d’aller à l’école secondaire et de faire quelque chose d’utile pour la communauté, c’est tout.
Les matières, ce ne sont pas exactement des matières au sens où on l’entend ici, ce sont des aires de connaissances : communication et langages, mathématiques, sciences sociales, sciences de la vie, humanisme, production.
Comment former les formateurs ? Il ne s’agissait pas de passer par l’enseignement classique mexicain. Il a fallu tout faire. La mise au point a pris plusieurs années. Ça a donné lieu à des discussions interminables. Entre les gens des communautés, qui savaient ce qu’ils voulaient, et des invités extérieurs, des sympathisants zapatistes, des gens qui, soit avaient une pratique d’enseignement, soit avaient envie de réfléchir à cette question en étant déjà sensibles aux enjeux des communautés autonomes. Il n’en est pas sorti des manuels, mais des textes, oui.
Les savoirs sont vus dans la perspective zapatiste, forcément. Dans la perspective des gens qui luttent. Dans les communautés, comme à l’Université de la Terre, la conception de l’éducation est sous-tendue par un projet politique, qui met l’autonomie au cœur des enjeux. Les communautés, l’Université de la Terre, sont conçus comme des espaces autonomes et le but est que l’autonomie gagne du terrain.
Le risque d’endoctrinement, il n’est certainement pas plus grand que dans l’école des sociétés capitalistes ! Il faut faire attention, certainement, mais le danger d’endoctrinement est assez faible car les zapatistes n’ont jamais été partisans d’une ligne politique rigide, ils ne pratiquent guère ce qu’on appelait, en d’autres temps, le travail de « formation politique ». Il y a des convictions partagées — la volonté d’autonomie dans tous les domaines, le rejet du capitalisme, l’égalité, l’idée de prendre en compte la réflexion, le point de vue de chacun : les décisions de ne prennent jamais à la majorité, il n’y a pas de spécialiste de ceci ou cela qui aurait plus voix au chapitre que les autres, on discute jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord et on agit ensuite.
L’une des idées majeures dans l’enseignement des écoles, et ça vaut pour toutes les matières, c’est que pour aller vers le plus lointain, on part du plus proche. Et on s’appuie toujours sur du concret. En histoire par exemple, on va commencer par apprendre l’histoire de la communauté, puis celle du Chiapas, puis du Mexique, puis du monde... En science tu vas commencer par travailler à partir de ce que tu as autour de toi, tu observes, les plantes, les animaux qui sont là, en maths tu vas partir des problèmes à résoudre dans la vie quotidienne...
Partir de soi, partir du concret, rendre tout concret. Cela veut dire aussi une implication du corps, des gestes. Le mouvement plutôt que la quasi-immobilité où le maître est debout et parle à des élèves assis qui écoutent en silence. Je prends un exemple. Tu expliques la densité de la population. Tu dis « densité de population », pour la plupart des élèves cela n’évoque rien. Alors tu vas faire une démonstration, plutôt que de t’en tenir aux mots, tu te lèves, tu vas au milieu de la pièce, tu fais venir des élèves, tu les répartis dans l’espace pour illustrer ce que tu veux montrer — quinze personnes par ici, trois par là, trois autres... tu fais une petite mise en scène. Et tout le monde est dix fois plus impliqué.
Il y a aussi des livres, bien sûr. Chaque école a une bonne bibliothèque. Et pour celui qui veut approfondir une question, il y a les livres, il y a Internet...
Il ne faut pas oublier qu’en ce qui concerne les zapatistes, si les Accords de San Andrés sur les droits indigènes ont été signés par le gouvernement fédéral et l’EZLN, le gouvernement a ensuite refusé les modifications de la Constitution qui devaient en découler. On est dans une sorte de no man’s land, l’armée, ou les forces paramilitaires, ne sont jamais très loin, l’État trouve régulièrement des moyens, même sourds, pour inquiéter les gens dans les communautés. C’est une sorte de harcèlement lent, insidieux.
Il s’agit, à l’Université de la Terre, dans les écoles zapatistes, mais plus largement aussi, de créer des pratiques différentes, des relations différentes entre nous tous ; il s’agit bien d’un projet politique, en rupture avec les formes de vie et d’expérience propres au système institutionnel et à la société capitaliste. Un autre monde dans ce monde-ci, pas pour des lendemains qui chantent et déchantent, mais tout de suite, avec ce qu’on a à portée de main, avec les limites que cela suppose. Des énergies qui se mobilisent pour construire collectivement, sans trop savoir comment, sans plan global préalable, un flux. Le chemin n’est pas tracé, il faut l’inventer, pas après pas, sans certitude.
Aux quatre coins de la planète, des étudiants, des universitaires, des chercheurs, mais aussi des lycéens ou des enseignants, se mobilisent pour s’opposer aux politiques néolibérales et conquérir de nouveaux droits. Et la plupart du temps, nous n’en savons rien ou si peu…
Nous nous proposons donc de tenir sur ce blog une « météo des luttes », organisée sous la forme de textes courts, de « brèves », suivis de liens à consulter ou de documents à télécharger.
Dans ce bulletin météo, nous vous signalons quelques-uns de ces combats, locaux et universels...
All over the world, students, academics, researchers, as well as high school students and teachers are mobilizing to oppose neoliberal policies and conquer new rights. But most of the time, we hear little or no wind of it...
We therefore propose to keep on this blog a “barometer of struggles” organized in the form of news in brief, followed by links to consult or documents to download.
In this weathercast, we signal to you a few of these recent fights, local and universal…
Überall auf der Welt kämpfen Studierende, Lehrende und Forschende, aber auch SchülerInnen oder gar Eltern, gegen neoliberale Politik und für neue Rechte. Davon erfahren wir in der Regel nur wenig…
Auf dieser Seite verzeichnen wir also einen wissenschaftlichen Streikwetterdienst aus kurzen Texten und Meldungen mit Links und Dokumenten zum Herunterladen.
In diesem Bericht stellen wir Euch einige dieser lokalen und allgemeinen Kämpfe vor.
En todas partes del mundo, estudiantes, académicos, investigadores, pero también estudiantes y profesores de secundaria se movilizan para oponerse a las políticas neoliberales y conquistar nuevos derechos. Pero la mayor parte del tiempo, no sabemos nada o muy poco....
Por lo tanto, proponemos mantener en este blog un "barómetro de las luchas", organizado en forma de resúmenes, seguidos de enlaces para consultar o documentos para descargar.
En este reporte meteorológico, señalamos algunas de estas luchas, locales y universales…
In tutto il mondo, studenti, accademici, ricercatori, ma anche studenti delle scuole superiori e insegnanti si stanno mobilitando per contrastare le politiche neoliberali e conquistare nuovi diritti. E il più delle volte non ne sappiamo nulla, o molto poco...
Proponiamo quindi di tenere su questo blog un "meteo delle lotte", organizzato in forma di brevi testi, seguiti da link da consultare o documenti da scaricare.
In questo bollettino meteorologico, diamo notizia di alcune lotte, locali e universali…
Em todo o mundo, estudantes, acadêmicos, pesquisadores, mas também estudantes do ensino médio e professores estão se mobilizando para se opor às políticas neoliberais e conquistar novos direitos. E, na maioria das vezes, não sabemos nada ou tão pouco acerca disso...
Propomos portanto manter neste blog um "clima das lutas", composto por textos curtos, "resumos", seguidos de links para consulta ou documentos para download.
Neste boletim meteorológico, relatamos algumas dessas batalhas, locais e universais…
Monde
La lutte mondiale des jeunes pour le climat s’intensifie
Une semaine mondiale d’action est organisée du 20 au 27 septembre 2019 avec grève scolaire mondiale le 20 septembre et grève totale le 27 septembre.
Afrique
Guinée
Plusieurs blessés étudiants et gendarmes lors des heurts à l’université de Labé, située dans la province de Hafia.
Sénégal
Un étudiant de l’université Assane Seck de Ziguinchor a été blessé par balle lors des affrontements entre la police et les étudiants le 15 juin. Ces derniers manifestent depuis plusieurs mois pour obtenir le paiement de leur bourse.
Amérique du Sud
Brazil
Nationwide Student Strike began in Brazil Over Bolsonaro’s budget cuts. Many demonstrations took place on May 15, in 15 on 17 of Brazil’s states with particularly large ones in major cities like Sao Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia and Belo Horizonte. Despite the cuts affecting only federal institutions, the protest movement has been joined by many private universities such as Rio’s Pontifical University which voted last week to join the nationwide demonstration. Em defensa da universidades públicas brasileiras, circulam artigos e petições. A de Daniel Peres, (Salvador-Bahia) dirigida em particular ao Congresso Nacional, já recolheu mais de um milhão e meio de assinaturas.
TheGuardian 30.05.2019, Tens of thousands of students, academics and teachers have taken to the streets of Brazil for their latest mass protest against what they call far-right president Jair Bolsonaro’s assault on education. Up and down the country – from Amazon cities to small towns in Brazil’s deep south – demonstrators turned out to condemn Bolsonaro’s highly controversial moves to slash funding for public education and science.
The Conversation 05.06.2019, Tens of thousands of students and professors protested nationwide on May 30 against a Jair Bolsonaro administration proposal to slash Brazil’s public education budget and starve university humanities departments of resources. It was the second mass demonstration in two weeks against the education policies of Brazil’s divisive new president. Protesters in cities and towns across Brazil took to the streets to condemn an education ministry proposal to reduce funding for Brazilian public universities by 30% during the remainder of 2019. The ministry is also considering withdrawing financing entirely from the philosophy and sociology departments of public universities. The objective would be to “focus on areas that generate immediate return to the taxpayer such as veterinary, engineering and medicine,” Bolsonaro wrote on Twitter on April 26.
Chile
En todo el país, se contesta mucho la Reforma de la Educación Superior y de Universidades Estatales llevada por el Mineduc (Ministerio de Educación). En Santiago el 6 de junio, profesores y estudiantes marchan contra el presidente Piñera que mantiene su silencio frente a las demandas. "Nos estamos manifestando por los problemas graves de la educación pública", dijo durante la marcha Mario Aguilar, presidente del Colegio de Profesores, mientras un docente grita "Chile no es una empresa y nosotros no somos los empleados de su empresa". "Avanzar hacia una educación pública, gratuita y sin deuda" es el lema bajo el cual miles de estudiantes universitarios y secundarios del país se movilizaron el 20 de junio a la llammada de la Confech (Confederación de Estudiantes de Chile).
Honduras
El Heraldo, 22.05.2019 Tegucigalpa. Este miércoles, un nutrido grupo de docentes, médicos y estudiantes del sector público llevaron a cabo desde horas de la mañana una marcha para evitar la supuesta privatización del sistema educativo y exigir la derogación de los decretos ejecutivos que le dieron vida a las comisiones especiales de transformación en las secretarías de Salud y Educación. Los maestros y docentes son apoyados en sus pretensiones por estudiantes, padres de familia y sindicatos. Las universidades, colegios y escuelas de la capital cerraron sus puertas en Tegucigalpa y muchos lugares del territorio hondureño. El caos, zozobra y vandalismo se apoderó de la capital este jueves (30 mayo). Un grupo de manifestantes protagonizó violentos enfrentamientos con policías, enfrente del Aeropuerto Internacional Toncontín, en la capital de Honduras.
Santo Domingo
Noticias SIN, 06.06.2019, Santo Domingo. Tras intentar cruzar el cerco de seguridad, la situación pasó de pacífica a disturbios. Los manifestantes lanzaban botellas de agua a los policías pero cuando comenzaron a lanzarles piedras, los agentes respondieron con bombas lacrimógenas. Las pedradas alcanzaron la cara de uno de los uniformados. La escuela de medicina de la UASD y el Colegio Médico se oponen al proyecto de ley porque aseguran que este quitará a la universidad del Estado la potestad de impartir y calificar la prueba para dejarlo en manos del sector privado.
Contre la Réforme Blanquer, les enseignants des filières professionnelles et générales poursuivent leur lutte. Certains s’organisent pour une grève des corrections ou une rétention de notes du baccalauréat. Rappelons qu’en 2019, ce sont 743 000 élèves, qui passent cet examen final remis en cause par la réforme Blanquer dès la rentrée 2020. On ne lâchera pas ! Un programme d’action bien rempli en ce mois de juin pour défendre les filières professionnelles. Les professeurs d’histoire-géographie des filières générales de l’académie de Dijon votent quant à eux pour une rétention des notes comme moyen d’action. Dans l’académie de Créteil, les professeurs de philosophie votent également pour une rétention des notes pour une durée illimitée.