La science pour le plus grand nombre, pas pour l'argent


(Biblioteca dell’Università di Bologna)

Partout dans le monde, l'Enseignement Supérieur et la Recherche sont actuellement soumis à la doctrine de choc du néolibéralisme, où la connaissance est perçue comme un simple moyen d'améliorer la compétitivité de l'économie, comme une source possible de bénéfices et comme un outil de contrôle pour les gouvernements. Ce programme néolibéral pour la science est mis en œuvre par un nouveau mode de gestion publique dans lequel les étudiants, les enseignants et les chercheurs doivent devenir des entrepreneurs de leur capital cognitif et de leur réputation. Loin des idéaux coopératifs de la science et de l’enseignement, les universités et les institutions de recherche sont gérées comme des entreprises, en concurrence les unes avec les autres pour attirer les "meilleurs" étudiants et chercheurs. Les groupes de recherche et les collectifs de travail sont presque systématiquement écrasés ou subvertis. Les gestionnaires scientifiques sont censés chercher des fonds et des subventions pour employer une masse toujours plus grande de personnel précaire, dont les bas salaires contrastent avec les revenus de plus en plus élevés d'une nouvelle élite de gestion incarnée par les présidents et les vice-présidents d'université. La souffrance au travail affecte la plupart de ces nouveaux prolétaires intellectuels. D'un autre côté, la folie de l'évaluation, la pression pour "publier ou périr" et la privatisation de l'édition scientifique conduisent à un nombre croissant de publications, ce qui menace à la fois la qualité de la recherche et la transmission ouverte du savoir. Cette guerre matérielle dans laquelle l'austérité va de pair avec la privatisation s'accompagne d'une guerre idéologique orwellienne où les mots, écrits dans un langage pauvre et mensonger, perdent leur sens. Le désir de reconnaissance de chacun conduisant à la servitude de tous, les valeurs de compétition et d'utilitarisme gagnent du terrain dans nos communautés scientifiques, où les individus sont de plus en plus isolés et craignent d'être exclus du jeu.

Heureusement, des résistances sont apparues, tant dans les pays où l'application de ces politiques était la plus développée (Grande-Bretagne ou Chili) que dans les pays où elles sont encore moins avancées (France, Allemagne ou Canada, notamment la région du Québec). Partout, les mobilisations proposent des alternatives à ces politiques néolibérales, très proches les unes des autres tant en termes de valeurs que de mesures concrètes. Plus important encore, nous sommes tous d'avis que le savoir fait partie du patrimoine commun de l'humanité et que sa valeur dépend de son partage avec le plus grand nombre. Les autres composantes de l'alternative à la science néolibérale découlent de ce principe.

Premièrement, l'université doit être libre. Mais la lutte pour l'abolition effective des frais d'inscription exige aussi que l'on reconnaisse aux étudiants le droit à une allocation financière substantielle qui garantirait leur autonomie en leur donnant les moyens de faire face à la nourriture, au logement et d'avoir du temps pour étudier.

Deuxièmement, les universitaires et les chercheurs doivent non seulement avoir des salaires et des retraites décents, mais aussi se voir accorder des postes à part entière avec de solides garanties d'indépendance. C'est une condition nécessaire si nous voulons éviter les conflits d'intérêts entre l'éducation, la science et les pouvoirs de l'argent et de la politique.

Ils doivent également bénéficier de crédits à long terme, sans passer une grande partie de leur temps à demander un nombre croissant de subventions et de projets par le biais de procédures bureaucratiques épouvantables ou à justifier constamment l'utilisation scientifique des fonds qui leur sont alloués. Ce n'est qu'à ce prix qu'ils pourront revendiquer leur droit au temps, sans lequel aucun progrès intellectuel réel, aucune science libre et aucune éducation libre, solide et cohérente n'est possible.

Enfin, la démocratie doit être au cœur des universités et des institutions de recherche. Le débat critique avec les citoyens et la collégialité des décisions doivent remplacer la gestion de haut en bas venant de bureaucrates zélés et incompétents qui ne s'intéressent qu'à stimuler la concurrence et la soi-disant "excellence".

L'urgence sociale et écologique à laquelle le monde entier est actuellement confronté représente un intérêt général commun qui devrait nous pousser à nous unir si nous voulons relever tous ces défis. Un développement massif des connaissances scientifiques est aujourd'hui nécessaire pour assurer la transition écologique de nos sociétés et échapper à la catastrophe imminente. Des investissements publics représentant 3% du PIB des nations doivent être consacrés aux services publics de la recherche et de l'enseignement supérieur. Nous devons également riposter de manière organisée : il est temps de construire une alternative mondiale dans laquelle les universitaires et les scientifiques, les étudiants et les citoyens défendent les trois piliers de l'enseignement supérieur et de la recherche : l'indépendance de la production scientifique et intellectuelle, la libre critique et la gratuité de la transmission des connaissances.

Nous, signataires de cet appel, membres de la communauté académique et de la recherche ou du mouvement social dans son ensemble, nous venons du monde entier. Nous nous engageons ensemble à promouvoir les valeurs de la critique, de la collégialité et de la coopération dans le domaine scientifique et universitaire. Nous défendons des universités et des institutions de recherche bien dotées et libres d'intérêts privés. Nous luttons contre les conditions de travail précaires et nous promouvons un système alternatif de publication scientifique dans lequel la connaissance est libre et ouverte. Nous appelons à la constitution d'un réseau de solidarité internationale et au développement du savoir pour tous.

All over the world, Higher Education and Research are currently subject to the shock doctrine of neoliberalism, where knowledge is perceived as a mere way to improve competitivity of economy, as a possible source of benefits and as a tool of control for governments. This neoliberal agenda for science is implemented through a new mode of public management in which students, teachers and researchers have to become entrepreneurs of their cognitive capital and reputation. Far from the co-operative ideals of science and academia, universities and research institutions are managed like corporations, competing with one another to attract the "best" students and researchers. Research groups and collective bodies of work are almost systematically crushed or subverted. Science managers are supposed to look for funds and grants to employ an ever-larger mass of precarious staff, whose poor wages contrast with increasingly high earnings of a new managerial elite embodied in university presidents or vice-chancellors. Suffering at work affects most of a new intellectual proletariat. On another side, the madness of evaluation, the pressure to "publish or perish" and the privatization of scientific publishing lead to a soaring number of publications, which threatens both the quality of research and the open transmission of knowledge. This material war in which austerity goes along with privatization stands with an Orwellian ideological war where words, written in a poor and lying newspeak, lose their meaning. The desire for recognition of each leads to the servitude of all, the values of competition and utilitarianism are gaining ground in our scientific communities, where individuals are more and more isolated and dread being excluded from the game.

Fortunately, resistance has emerged, both in countries where the application of these policies was the most developed (Great Britain or Chile for instance) and in countries where they are still less advanced (France, Germany or Canada, especially the Quebec region). Everywhere, mobilizations propose alternatives to these neoliberal policies, which are very close to one another both in terms of values and concrete measures. Most crucially, we all share the view that knowledge is part of the commons of humankind, and that its value depends on its being shared with the greatest number. The other components of the alternative to neoliberal science stem from this principle.

First, the university must be free. But the fight for the effective abolition of tuition fees also demands that students be acknowledged the right to a substantial financial allowance which would guarantee their autonomy by giving them the means to deal with board and accommodation and to spare time to study.

Second, academics and researchers must not only have decent salaries and pensions, they must also be granted full positions with strong independence guarantees. This is a necessary condition if we want to avoid conflicts of interests between science, and the powers of money and politics.

They must also benefit from long-term credits, without spending much of their time applying for an increasing number of grants and projects through awful bureaucratic procedures or having to constantly justify the scientific use of funds allocated to them. It is only at this price that they will be able to claim for their right to time, without which no real intellectual progress, no free science and no free, solid and coherent education are possible.

Finally, democracy must be at the heart of universities and research institutions. The critical debate with the citizens and the collegiality of decisions must replace the top-down management coming from incompetent zealous bureaucrats only interested in stimulating competition and the so-called "excellence".

The social and ecological emergency that the whole world currently faces represents a common general interest that should push us to unite if we want to meet all these challenges. A massive development of scientific knowledge is now necessary to ensure the ecological transition of our societies and escape the looming disaster. Public investment amounting to 3% of the GDP of nations must be devoted to the public services of research and higher education. We also have to fight back in an organized manner: it is time to construct a global alternative in which scientists, students and citizens defend the three pillars of free higher education and research: independence of scientific and intellectual production, free criticism, and unrestricted transmission of knowledge.

The signatories of this call, whether members of the academic and research community or of the social movement as a whole, come from all over the world.

We commit ourselves together to promote the values of criticism, collegiality and co-operation in science and academia. We defend well-endowed universities and public research institutions that are free from private interests. We fight against precarious working conditions and we promote an alternative system of scientific publishing in which knowledge is free and open.

Überall in der Welt werden Hochschulen und Wissenschaft der neoliberalen Schockdoktrine unterworfen. Erkenntnis gilt nur noch als Mittel, die Wettbewerbsfähigkeit einer Volkswirtschaft zu fördern, Profite zu erhöhen, und die Gesellschaftskontrolle durch Regierungen zu erleichtern. Die Verwirklichung der neoliberalen Wissenschaftsagenda geht auch mit der Verallgemeinerung des Weltbildes des New Public Management einher: Studierende und WissenschaftlerInnen in Hochschulen und Forschunsgeinrichtungen werden zu Ich-Unternehmern des eigenen kognitiven Kapitals und des eigenen Lebenslaufes. In scharfem Kontrast zum kooperativen Ideal der freien Wissenschaft werden Hochschulen und Forschungszentren wie Großunternehmen gelenkt, und stehen jetzt in einem Wettbewerb um die “besten” Studierenden und WissenschaftlerInnen. Forschungsgruppen und Gemeinschaften werden beinahe systematisch untergraben oder zersplittert. Von der neuen Gruppe der Wissenschaftsmanagers wird nunmehr erwartet, dass sie eine immer größere Anzahl an befristetem Personal einstellen und selber nur noch nach Stipendien und Grants suchen. Die miserablen Löhne des wissenschaftlichen Prekariats kontrastieren immer mehr mit den hohen Einkommen der neuen führenden Kaste, die allzu oft von den Rektoren verkörpert wird. Arbeitsbedingtes Leiden schließlich ist das neue Los des neuen wissenschaftlichen Proletariats.

Entwickelt haben sich außerdem auch der Evaluationswahn, der Druck zum Publish or Perish und die latente Vereinnahmung der wisschenftlichen Edition durch kapitalitische Interessen. Die Folge ist eine immer höhere Anzahl an Publikationen. Dieser rasante Zuwachs stellt eine Bedrohung für die Qualität der Wissenschaft und die öffentliche Verbreitung des gemeinsamen Wissens dar. Dieser materielle Krieg, in dem Austerität und Privatisierung zusammenhängen, geht auch mit einem ideologischen Krieg einher: Wörter verlieren ihre Bedeutung, und wissenschaftspolitische Richtlinien folgen nur noch einem armen, trügerischen Neusprech Orwell’scher Prägung. Die Sehnsucht eines Jeden nach Anerkennung führt zur Unterwerfung aller, Wettbewerb und Utilitarismus prägen immer mehr das Weltbild der Wissenschaft. WissenschaftlerInnen als Personen drohen immer mehr, in die Isolierung oder gar in die Verbannung zu geraten.

Zum Glück sind neue Widerstandsformen entstanden, sowohl in den Ländern, wo diese Wissenschaftpolitik am Weitesten verwirklicht wurde (Großbritannien, Chile...), als auch dort, wo sie noch nicht ganz vollzogen ist (Frankreich, Deutschland oder Canada, vor allem Quebec). Die Protestbewegungen entwerfen Alternativlösungen zu dieser Agenda. Diese Vorschläge ähneln sich, sowohl auf der Ebene der Prinzipien als auch auf der der konkreten Maßnahmen. Wir teilen namentlich die Überzeugung, dass Erkenntnis ein Gemeingut der Menschheit ist. Je mehr eine Erkenntnis geteilt ist, umso mehr Wert hat sie. Die anderen Aspekte dieser Alternativlösungen hängen alle mit dieser Grundüberzeugung zusammen. Erstens muss Hochschulbildung kostenfrei sein. Der Kampf um die Abschaffung von Studiengebühren verlangt auch nach der Einführung eines Studieneinkommens, das die Selbständigkeit der Studierenden gewähren würde, indem es für Kost und Logis sorgen würde und ihnen mehr Zeit fürs Studium lassen würde.

Zweitens muss das Lehr- und Forschungspersonal nicht nur einen ordentlichen Lohn und eine gute Rente verdienen, es muss auch auf festen Stellen mit starken Unabhängigkeitsgarantien beschäftigt sein. Das ist eine Voraussetzung für eine Entwicklung der Wissenschaft weit von allen Interessenkonflikten mit Politik und Wirtschaft.

Garantierte stabile Forschungskredite sind ebenfalls erforderlich. Es ist nicht anzunehmen, dass WissenschaftlerInnen ihre Zeit manchmal größtenteils mit Anträgen für immer mehr Grants oder Stipendien verbringen, was öfter einem Marathonlauf durch endlose bürokratische Verfahren ähnelt, oder dass sie sich immer wieder für den wissenschaftlichen Gebrauch der kleinsten Summe rechtfertigen müssen, die ihrem eigenen Labor zuerkannt worden ist. Nur unter dieser Bedingung werden WissenschaftlerInnen ihr Recht auf Selbstbestimmung der eigenen Zeitlichkeit beanspruchen können, ohne welche keine freie Wissenschaft, kein geistiger Fortschritt und keine freie, solide Bildung möglich sind.

Das Prinzip der kollektiven und demokratischen Selbstbestimmung muss wieder ins Zentrum der Lehr- und Forschungseinrichtungen rücken. “Top-Down Management”, also die Vollmacht bürokratischer Inkompetenten, die keine anderen Wörter als “Wettbewerb” und “Exzellenz” kennen, muss der kritischen Auseinandersetzung mit den BürgerInnen und der kollegialen Beschlussbildung weichen.

Der soziale und ökologische Notstand, vor dem die ganze Welt steht, bildet die Grundlage eines konkreten Begriffes des universalen Gemeinwohls. Dies sollte uns zur internationalen Einheit zwingen, wenn wir diese Herausforderungen meistern wollen. Ein großer Sprung wissenschaftlicher Erkenntnisse ist nun erforderlich, wenn wir die ökologische Wende vollziehen wollen, und unsere Gesellschaften vor dem lauernden Untergang zu retten. Der öffentliche Dienst von Wissenschaft, Forschung und Akademia muss auf 3% des BIP gefördert werden. WissenschaftlerInnen, StudentInnen und BürgerInnen müssen auch gemeinsam für die drei Säulen der freien Lehre und Forschung kämpfen: Unabhängigkeit der geistigen und wissenschaftlichen Produktion, freie Kritik des jeweils aktuellen Erkenntnisstandes, und uneingeschränkten Zugang zur Erkenntnis.

Wir, die UnterzeichnerInnen dieses Aufrufes, sind Mitglieder der akademischen bzw. wissenschaftlichen Gemeinschaft, oder AktivistInnen der sozialen Bewegung. Wir kommen aus der ganzen Welt. Wir versprechen, die Prinzipien der freien Kritikäußerung, der kollegialen Beschlussbildung und der Kooperation in Hochschulen und Wissenschaft zu verteidigen. Wir fordern, dass öffentliche Hochschulen und Forschungseinrichtungen über die notwendigen Mitteln verfügen und vor Privatinteressen geschützt sind. Wir bekämpfen prekäre Arbeitsbedingungen. Wir unterstützen ein neues wissenschaftliches Publikationssystem, in welchem Erkenntnisse frei und zugänglich sind.

In tutto il mondo, l'Insegnamento Superiore e la Ricerca sono attualmente soggette alla dottrina dello choc del neoliberismo, in cui la conoscenza è vista come un semplice mezzo per migliorare la competitività dell'economia, come potenziale fonte di profitto e come strumento di controllo da parte dei governi. L’agenda neoliberale applicata alla scienza viene attuata attraverso una nuova modalità di gestione pubblica in cui studenti, insegnanti e ricercatori devono diventare imprenditori del loro capitale cognitivo e della loro reputazione. Lontano dagli ideali cooperativi della scienza e dell'insegnamento, le università e gli istituti di ricerca sono gestiti come imprese in concorrenza tra loro per attirare i "migliori" studenti e ricercatori. I gruppi di ricerca e il lavoro collettivo sono quasi sistematicamente eliminati o sovvertiti. Il personale dirigente e amministrativo delle istituzioni scientifiche è tenuto a cercare fondi e sovvenzioni per assumere una massa sempre maggiore di personale precario, i cui bassi salari contrastano con i redditi sempre più elevati di una nuova élite dirigenziale rappresentata da rettori e vicerettori universitari. La sofferenza sul lavoro colpisce la maggior parte di questi nuovi proletari intellettuali. Nello stesso tempo, la follia della valutazione, la pressione del "publish or perish" e la privatizzazione dell'editoria scientifica determinano un numero sempre più crescente di pubblicazioni, il che minaccia sia la qualità della ricerca che la trasmissione aperta del sapere. Questa guerra materiale in cui l'austerità va di pari passo con la privatizzazione è accompagnata da una guerra ideologica orwelliana in cui le parole, scritte in un linguaggio povero e fuorviante, perdono di significato. Il desiderio di riconoscimento di ciascuno conduce alla servitù di tutti, mentre i valori della competizione e dell'utilitarismo stanno guadagnando terreno nelle nostre comunità scientifiche, dove gli individui sono sempre più isolati e temono di essere esclusi dal gioco.

Fortunatamente sono emerse delle resistenze, sia nei paesi dove l'applicazione di queste politiche è stata più sviluppata (Gran Bretagna o Cile), sia nei paesi dove è ancora meno avanzata (Francia, Germania o Canada, in particolare in Quebec). Ovunque le mobilitazioni propongono delle alternative a tali politiche neoliberali, molto vicine tra loro sia in termini di valori che di misure concrete. Ancora più importante, tutti noi crediamo che la conoscenza sia parte del patrimonio comune dell'umanità e che il suo valore dipenda dalla sua condivisione con il maggior numero possibile di persone. Le altre componenti dell'alternativa alla scienza neoliberale derivano da questo principio.

In primo luogo, l'università deve essere libera. Ma la lotta per l'effettiva abolizione delle tasse universitarie richiede anche che agli studenti sia riconosciuto il diritto a un adeguato sostegno economico che garantisca loro autonomia, vitto, alloggio e tempo per studiare.

In secondo luogo, gli accademici e i ricercatori non solo devono avere stipendi e pensioni dignitosi, ma anche ottenere incarichi stabili e a tempo pieno con forti garanzie di indipendenza. Si tratta di una condizione assolutamente necessaria se vogliamo evitare conflitti di interesse tra l'istruzione, la scienza e i poteri del denaro e della politica.

Gli accademici e i ricercatori, inoltre, dovranno ricevere finanziamenti a lungo termine, senza spendere gran parte del loro tempo nella ricerca di sovvenzioni e progetti attraverso spaventose procedure burocratiche, o nella giustificazione costante dell'uso scientifico dei fondi loro assegnati. Solo a queste condizioni potranno rivendicare il loro diritto al tempo, senza il quale non è possibile alcun reale progresso intellettuale, nessuna scienza libera e nessuna formazione libera, solida e coerente.

Infine, la democrazia deve essere al centro delle università e degli istituti di ricerca. Il dibattito critico con i cittadini e la collegialità del processo decisionale devono sostituire la gestione dall'alto verso il basso da parte di burocrati zelanti e incompetenti, interessati solo a stimolare la concorrenza e la cosiddetta "eccellenza".

L'emergenza sociale ed ecologica che il mondo intero sta affrontando rappresenta un interesse generale comune che dovrebbe spingerci a unirci se vogliamo essere all’altezza di tutte queste sfide. Un massiccio sviluppo delle conoscenze scientifiche è oggi necessario per assicurare la transizione ecologica delle nostre società e per sfuggire all'imminente disastro. Gli investimenti pubblici che rappresentano il 3% del PIL delle nazioni devono essere destinati alla ricerca pubblica e ai servizi di istruzione superiore. Dobbiamo rispondere all’offensiva neoliberale in modo organizzato: è tempo di costruire un'alternativa globale in cui accademici e scienziati, studenti e cittadini difendano i tre pilastri del libero insegnamento superiore e della libera ricerca: l'indipendenza della produzione scientifica e intellettuale, la libera critica e la libera trasmissione della conoscenza.

Noi, firmatari di questo appello, membri della comunità accademica e della ricerca o del movimento sociale nel suo complesso, veniamo da tutto il mondo. Ci impegniamo insieme a promuovere i valori della critica, della collegialità e della cooperazione in campo scientifico e accademico. Difendiamo università e istituti di ricerca ben attrezzati e liberi da interessi privati. Lottiamo contro le condizioni di lavoro precarie e promuoviamo un sistema alternativo di pubblicazione scientifica in cui la conoscenza sia libera e aperta. Facciamo appello alla creazione di una rete di solidarietà internazionale e allo sviluppo della conoscenza per tutti.

Em todo o mundo, o Ensino Superior e a Pesquisa estão atualmente sujeitos à doutrina de choque do neoliberalismo, onde o conhecimento é percebido como uma mera forma de melhorar a competitividade da economia, como possível fonte de benefícios e como ferramenta de controle dos governos. Essa agenda neoliberal para a ciência é implementada por meio de um novo modo de gestão pública, no qual estudantes, professores e pesquisadores precisam se tornar empreendedores de seu capital e reputação cognitivos. Longe dos ideais cooperativos da ciência e da academia, universidades e instituições de pesquisa são administradas como corporações, competindo entre si para atrair os "melhores" estudantes e pesquisadores. Grupos de pesquisa e órgãos coletivos de trabalho são quase sistematicamente esmagados ou subvertidos. Os gerentes de ciência devem procurar fundos e doações para empregar uma massa cada vez maior de funcionários precários, cujos baixos salários contrastam com ganhos cada vez maiores de uma nova elite gerencial incorporada a presidentes de universidades ou vice-reitores. O sofrimento no trabalho afeta a maioria de um novo proletariado intelectual. Por outro lado, a loucura da avaliação, a pressão para "publicar ou perecer" e a privatização da publicação científica levam a um crescente número de publicações, o que ameaça tanto a qualidade da pesquisa quanto a transmissão aberta do conhecimento. Essa guerra material, na qual a austeridade acompanha a privatização, permanece com uma guerra ideológica orwelliana, na qual as palavras, escritas em uma fala pobre e mentirosa, perdem o sentido. O desejo de reconhecimento de cada um que leva à servidão de todos, os valores da competição e do utilitarismo estão ganhando terreno em nossas comunidades científicas, onde os indivíduos estão cada vez mais isolados e temem ser excluídos do jogo.

Felizmente, a resistência emergiu, tanto em países onde a aplicação dessas políticas era a mais desenvolvida (Grã-Bretanha ou Chile) quanto em países onde eles ainda estão menos avançados (França, Alemanha ou Canadá, especialmente a região de Quebec). Em todo lugar, as mobilizações propõem alternativas a essas políticas neoliberais, muito próximas umas das outras, tanto em termos de valores quanto de medidas concretas. Mais crucialmente, todos nós compartilhamos a visão de que o conhecimento é parte dos bens comuns da humanidade, e que seu valor depende de ser compartilhado com o maior número. Os outros componentes da alternativa à ciência neoliberal derivam desse princípio.

Primeiro, a universidade deve ser livre. Mas a luta pela abolição efetiva das mensalidades exige também que se reconheça aos estudantes o direito a um subsídio financeiro substancial que garanta sua autonomia, dando-lhes os meios para lidar com o conselho e a acomodação e poupar tempo para estudar.

Em segundo lugar, acadêmicos e pesquisadores devem não apenas ter salários e aposentadorias decentes, mas também devem receber cargos cheios com fortes garantias de independência. Essa é uma condição necessária se quisermos evitar conflitos de interesses entre educação, ciência e os poderes do dinheiro e da política. Eles também devem se beneficiar de créditos de longo prazo, sem gastar muito tempo solicitando um número crescente de doações e projetos por meio de procedimentos burocráticos terríveis ou justificando constantemente o uso científico dos fundos alocados a eles. É somente a esse preço que eles poderão reivindicar seu direito ao tempo, sem o qual nenhum progresso intelectual real, nenhuma ciência livre e nenhuma educação livre, sólida e coerente são possíveis.

Finalmente, a democracia deve estar no centro das universidades e instituições de pesquisa. O debate crítico com os cidadãos e a colegialidade das decisões devem substituir a gestão top-down, vinda de burocratas incompetentes e incompetentes, interessados ​​apenas em estimular a concorrência e a chamada "excelência".

A emergência social e ecológica que o mundo enfrenta atualmente representa um interesse geral comum que deve nos impulsionar a unir se quisermos enfrentar todos esses desafios. Um enorme desenvolvimento do conhecimento científico é agora necessário para garantir a transição ecológica de nossas sociedades e escapar do desastre iminente. O investimento público no valor de 3% do PIB das nações deve ser dedicado aos serviços públicos de pesquisa e ensino superior. Também temos que lutar de maneira organizada: é hora de construir uma alternativa global em que acadêmicos e cientistas, estudantes e cidadãos defendam os três pilares do ensino superior e da pesquisa: independência da produção científica e intelectual, crítica livre e transmissão irrestrita de conhecimento.

Nós, os signatários deste chamado, sejam membros da comunidade acadêmica e de pesquisa ou do movimento social como um todo, vêm de todo o mundo. Comprometemo-nos a promover os valores da crítica, colegialidade e cooperação na ciência e na academia. Defendemos universidades e instituições de pesquisa bem dotadas e livres de interesses privados. Lutamos contra condições de trabalho precárias e promovemos um sistema alternativo de publicação científica em que o conhecimento é livre e aberto. Apelamos à constituição de uma rede de solidariedade internacional e ao desenvolvimento do conhecimento para todos.

En todo el mundo, la Educación Superior y la Investigación están sometidas actualmente a la doctrina de choque del neoliberalismo, donde el conocimiento se percibe como una mera forma de mejorar la competitividad de la economía, como una posible fuente de beneficios y como una herramienta de control para los gobiernos. Esta agenda neoliberal de la ciencia se implementa a través de un nuevo modo de gestión pública en el que los estudiantes, docentes e investigadores deben convertirse en emprendedores de su capital cognitivo y de su reputación. Lejos de los ideales cooperativos de la ciencia y la educación, las universidades y las instituciones de investigación se manejan como empresas, compitiendo entre sí para atraer a los "mejores" estudiantes e investigadores. Los grupos de investigación y los cuerpos colectivos de trabajo son aplastados o subvertidos casi sistemáticamente. Se supone que los administradores de la ciencia deben buscar fondos y subvenciones para emplear a una masa cada vez mayor de personal precario, cuyos bajos salarios contrastan con los ingresos cada vez más altos de una nueva élite gerencial encarnada en los rectores y vice-rectores de las universidades. El sufrimiento en el trabajo afecta a la mayoría del nuevo proletariado intelectual. Por otro lado, la locura de la evaluación, la presión para "publicar o perecer" y la privatización de la publicación científica conducen a un número creciente de publicaciones, lo que amenaza tanto la calidad de la investigación como la transmisión abierta del conocimiento. Esta guerra material, en la que la austeridad va de la mano con la privatización, está acompañada de una guerra ideológica orwelliana en la que las palabras, escritas en un lenguaje pobre y mentiroso, pierden su significado. El deseo de reconocimiento de cada uno conduciendo a la servidumbre de todos, los valores de la competencia y el utilitarismo están ganando terreno en nuestras comunidades científicas, donde los individuos están cada vez más aislados y temen ser excluidos del juego.

Afortunadamente, han surgido resistencias, tanto en los países en los que la aplicación de estas políticas era la más desarrollada (tal como Gran Bretaña o Chile) como en aquellos donde no lo están tanto (Francia, Alemania o Canadá, especialmente la región de Quebec). En todas partes, las movilizaciones proponen alternativas a estas políticas neoliberales, muy próximas entre sí, tanto en términos de valores como de medidas concretas. Lo más importante es que todos compartimos la opinión de que el conocimiento forma parte del patrimonio común de la humanidad y que su valor depende de que se comparta con el mayor número posible de personas. Los otros componentes de la alternativa a la ciencia neoliberal provienen de este principio.

Primero, la universidad debe ser libre. Pero la lucha por la abolición efectiva de los derechos de matrícula exige también que se reconozca a los estudiantes el derecho a una asignación financiera sustancial que les garantice su autonomía, ofreciéndoles los recursos para la comida y el alojamiento y tiempo libre para estudiar.

En segundo lugar, los profesores y los investigadores no sólo deben tener salarios y pensiones decentes, sino que también se les deben conceder puestos plenos con fuertes garantías de independencia. Esta es una condición necesaria si queremos evitar conflictos de intereses entre la educación, la ciencia y los poderes del dinero y la política.

También deben beneficiarse de créditos a largo plazo, sin tener que dedicar gran parte de su tiempo a solicitar un número cada vez mayor de subvenciones y proyectos a través de procedimientos burocráticos espantosos ni tener que justificar constantemente el uso científico de los fondos que se les asignan. Sólo a este precio podrán reivindicar su derecho al tiempo, sin el cual no es posible ningún progreso intelectual real, ninguna ciencia libre y ninguna educación libre, sólida y coherente.

Por último, la democracia debe estar en el centro de las universidades y las instituciones de investigación. El debate crítico con los ciudadanos y la colegialidad de las decisiones deben sustituir a la gestión de arriba hacia abajo procedente de burócratas celosos e incompetentes interesados únicamente en estimular la competición y la llamada "excelencia".

La emergencia social y ecológica a la que se enfrenta actualmente todo el mundo representa un interés general común que debería impulsarnos a unirnos si queremos hacer frente a todos estos retos. Ahora es necesario un desarrollo masivo del conocimiento científico para garantizar la transición ecológica de nuestras sociedades y escapar de la catástrofe que se avecina. La inversión pública, que tiene que ascender al 3% del PIB de las naciones, debe dedicarse a los servicios públicos de investigación y educación superior. También tenemos que contraatacar de manera organizada: es hora de construir una alternativa mundial en la que académicos y científicos, estudiantes y ciudadanos defiendan los tres pilares de la educación superior y la investigación: independencia de la producción científica e intelectual, crítica libre y transmisión ilimitada del conocimiento.

Nosotros, los firmantes de este llamamiento, miembros de la comunidad académica y de investigación o del movimiento social en su conjunto, venimos de todas partes del mundo. Nos comprometemos juntos a promover los valores de la crítica, la colegialidad y la cooperación en la ciencia y la academia. Defendemos universidades e instituciones de investigación bien dotadas y libres de intereses privados. Luchamos contra las precarias condiciones de trabajo y promovemos un sistema alternativo de publicación científica en el que el conocimiento es libre y abierto. Pedimos la constitución de una red de solidaridad internacional y del desarrollo del conocimiento para todos.


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  1. Monde

    La lutte mondiale des jeunes pour le climat s’intensifie

    Le vendredi 24 mai a eu lieu la 2e journée de grève internationale de la jeunesse pour le climat, après la mobilisation très réussie du 15 mars. Plus de 620 grèves ont été suivies partout dans le monde.

    Une semaine mondiale d’action est organisée du 20 au 27 septembre 2019 avec grève scolaire mondiale le 20 septembre et grève totale le 27 septembre.

  2. Afrique
  3. Amérique du Sud
    • Brazil
      BrazilNationwide Student Strike began in Brazil Over Bolsonaro’s budget cuts. Many demonstrations took place on May 15, in 15 on 17 of Brazil’s states with particularly large ones in major cities like Sao Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia and Belo Horizonte. Despite the cuts affecting only federal institutions, the protest movement has been joined by many private universities such as Rio’s Pontifical University which voted last week to join the nationwide demonstration.
      Em defensa da universidades públicas brasileiras, circulam artigos e petições. A de Daniel Peres, (Salvador-Bahia) dirigida em particular ao Congresso Nacional, já recolheu mais de um milhão e meio de assinaturas.

      TheGuardian 30.05.2019, Tens of thousands of students, academics and teachers have taken to the streets of Brazil for their latest mass protest against what they call far-right president Jair Bolsonaro’s assault on education.
      Up and down the country – from Amazon cities to small towns in Brazil’s deep south – demonstrators turned out to condemn Bolsonaro’s highly controversial moves to slash funding for public education and science.

      The Conversation 05.06.2019, Tens of thousands of students and professors protested nationwide on May 30 against a Jair Bolsonaro administration proposal to slash Brazil’s public education budget and starve university humanities departments of resources.
      It was the second mass demonstration in two weeks against the education policies of Brazil’s divisive new president.
      Protesters in cities and towns across Brazil took to the streets to condemn an education ministry proposal to reduce funding for Brazilian public universities by 30% during the remainder of 2019. The ministry is also considering withdrawing financing entirely from the philosophy and sociology departments of public universities.
      The objective would be to “focus on areas that generate immediate return to the taxpayer such as veterinary, engineering and medicine,” Bolsonaro wrote on Twitter on April 26.

    • Chile
      ChileEn todo el país, se contesta mucho la Reforma de la Educación Superior y de Universidades Estatales llevada por el Mineduc (Ministerio de Educación).
      En Santiago el 6 de junio, profesores y estudiantes marchan contra el presidente Piñera que mantiene su silencio frente a las demandas. "Nos estamos manifestando por los problemas graves de la educación pública", dijo durante la marcha Mario Aguilar, presidente del Colegio de Profesores, mientras un docente grita "Chile no es una empresa y nosotros no somos los empleados de su empresa".
      "Avanzar hacia una educación pública, gratuita y sin deuda" es el lema bajo el cual miles de estudiantes universitarios y secundarios del país se movilizaron el 20 de junio a la llammada de la Confech (Confederación de Estudiantes de Chile).
    • Honduras
      TegucigalpaEl Heraldo, 22.05.2019 Tegucigalpa. Este miércoles, un nutrido grupo de docentes, médicos y estudiantes del sector público llevaron a cabo desde horas de la mañana una marcha para evitar la supuesta privatización del sistema educativo y exigir la derogación de los decretos ejecutivos que le dieron vida a las comisiones especiales de transformación en las secretarías de Salud y Educación.
      Los maestros y docentes son apoyados en sus pretensiones por estudiantes, padres de familia y sindicatos.
      Las universidades, colegios y escuelas de la capital cerraron sus puertas en Tegucigalpa y muchos lugares del territorio hondureño.
      El caos, zozobra y vandalismo se apoderó de la capital este jueves (30 mayo). Un grupo de manifestantes protagonizó violentos enfrentamientos con policías, enfrente del Aeropuerto Internacional Toncontín, en la capital de Honduras.
    • Santo Domingo
      SantoDomingoNoticias SIN, 06.06.2019, Santo Domingo. Tras intentar cruzar el cerco de seguridad, la situación pasó de pacífica a disturbios. Los manifestantes lanzaban botellas de agua a los policías pero cuando comenzaron a lanzarles piedras, los agentes respondieron con bombas lacrimógenas. Las pedradas alcanzaron la cara de uno de los uniformados.
      La escuela de medicina de la UASD y el Colegio Médico se oponen al proyecto de ley porque aseguran que este quitará a la universidad del Estado la potestad de impartir y calificar la prueba para dejarlo en manos del sector privado.

      Estudiantes de medicina de la Universidad Autónoma de Santo Domingo luchan contra el Examen Único de Residencias Médicas que conocen los diputados.

  4. Europe
    • France
      Contre la Réforme Blanquer, les enseignants des filières professionnelles et générales poursuivent leur lutte. Certains s’organisent pour une grève des corrections ou une rétention de notes du baccalauréat. Rappelons qu’en 2019, ce sont 743 000 élèves, qui passent cet examen final remis en cause par la réforme Blanquer dès la rentrée​ 2020.
      On ne lâchera pas ! Un programme d’action bien rempli en ce mois de juin pour défendre les filières professionnelles. Les professeurs d’histoire-géographie des filières générales de l’académie de Dijon votent quant à eux pour une rétention des notes comme moyen d’action. Dans l’académie de Créteil, les professeurs de philosophie votent également pour une rétention des notes pour une durée illimitée.
  5. Océanie

Al servicio de una ciencia digna

 

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Al servicio de una ciencia digna

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Documento Constitutivo de la Unión de Científicos Comprometidos con la Sociedad y la Naturaleza de América Latina (UCCSNAL) – 19-6-2015.

“Es imprescindible que todo proceso de generación y aplicación de tecnologías en la sociedad sea convalidado por la licencia social y ambiental correspondiente, fruto de legítimos procesos participativos que tengan como eje el respeto por las culturas, los territorios, los mecanismos de decisión y los sistemas sociales locales.”

Vivimos una crisis civilizatoria global sin precedentes en todas las esferas de las actividades humanas a la que nos ha llevado el capitalismo y modelos similares que fragmentan al hombre de la naturaleza, cuyas principales manifestaciones son una inequidad socioeconómica que no cesa de profundizarse, el creciente ejercicio del poder mediante la violencia, el avasallamiento de la diversidad biológica y cultural, y un sinnúmero de desajustes ambientales. En América Latina, la expansión del extractivismo y el agronegocio han abonado esta crisis sometiendo a nuestros territorios y sus habitantes a un incesante despojo y extinción.

Desde el discurso dominante, se la asignan a las soluciones científico tecnológicas un rol cada vez más preponderante en la resolución de las crisis, desplazando la discusión ético-política de fondo.

Sin embargo, la generación y uso del conocimiento científico tecnológico están cada vez más comprometidos con dar respuesta a las demandas de las corporaciones que impulsan el modelo que nos ha llevado a esta crisis y cada vez menos al servicio de los pueblos. La creciente tendencia a la privatización del conocimiento en desmedro de su uso público va en consonancia con una ciencia cada vez más funcional a los intereses del corporativismo capitalista (o gran capital), tendencia que se ve reflejada en el estímulo al patentamiento del conocimiento a nivel académico y en la creciente tendencia a la privatización de entidades públicas de investigación y de educación superior.

En este contexto son las comunidades locales, los pueblos indígenas, los campesinos y campesinas, los recolectores y recolectoras, los habitantes de las periferias de las ciudades, quienes se están enfrentando a la destrucción de sus sistemas de vida, a la ruptura de sus redes comunitarias y al acaparamiento de sus territorios, siendo ellos, al mismo tiempo, quienes con sus luchas, sus saberes ancestrales, sus ejemplos convivenciales y su concepción del buen vivir y su organización, los que siembran semillas emancipadoras para reconstruir los paradigmas necesarios para enfrentar estas crisis.

Frente a este panorama los abajo firmantes — investigadores, profesores y estudiantes, dedicados a labores de investigación y enseñanza superior —, hemos decidido conformar la Unión de Científicos Comprometidos con la Sociedad y la Naturaleza de América Latina (UCCSNAL) con el objeto de:

  • propiciar una reflexión crítica sobre la naturaleza de los procesos sociales de construcción de la ciencia y la tecnología, sus productos y sus impactos;
  • promover la discusión sobre el papel y responsabilidad de los estudiantes, científicos y académicos en el desarrollo del conocimiento y sus aplicaciones;
  • generar conocimientos con base en la investigación contextualizada, con el auxilio de nuestras disciplinas, en un espacio epidisciplinario de debate, orientado a apoyar, acompañar y fortalecer los procesos sociales y las luchas en defensa de las comunidades y la naturaleza.

El conocimiento científico y tecnológico, en particular aquel desarrollado en un contexto reduccionista, sin el debido control social, ha contribuido a crear problemas ambientales y de salud, con alcances muchas veces catastróficos e irreversibles o, si tienen solución, ésta suele ser difícil y costosa. En forma creciente, la ciencia y la tecnología son puestas al servicio de la acumulación del capital y del ejercicio ilegítimo del poder, incluyendo el desarrollo de tecnologías con una inmensa capacidad destructiva.

Resulta necesario que las sociedades de los países de nuestra región puedan decidir sobre las políticas de ciencia y tecnología. En estas decisiones deben participar no solo los científicos de diversos campos del saber, sino también las organizaciones de la sociedad civil, movimientos sociales y representantes legítimos de los diferentes grupos sociales.

Resulta imperativo aplicar los principios de precaución y de prevención.

Empero, en vez de respetar estos principios éticos, con frecuencia los intereses políticos o económicos conducen a la explotación prematura de tecnologías cuya seguridad e inocuidad no están garantizadas o probadamente dañinas.

Uno de los ejemplos más dramáticos en ese sentido es el desarrollo de cultivos transgénicos que claramente describió Andrés Carrasco en su último documento público conocido después de su desaparición física: “La transgénesis altera directa o indirectamente el estado funcional de todo el genoma como lo demuestra la labilidad de la respuesta fenotípica de un mismo genotipo frente al medio ambiente. En la ignorancia de la complejidad biológica (hoy hablamos de desarrollo embrionario, evolución y ecología como un sistema inseparable) se percibe la presencia de un insumo esencial: la dimensión ontológica del gen. No reconsiderar este concepto clásico del gen como unidad fundamental del genoma rígido concebido como un ‘mecano’, una máquina predecible a partir de la secuencia (clasificación) de los genes y sus productos que pueden ser manipulados sin consecuencias, expresa el fracaso y la crisis teórica del pensamiento reduccionista de 200 años”.

Ante estos y otros problemas similares, manifestamos nuestra convicción de que el quehacer científico debe desarrollarse de una manera éticamente responsable y con un claro compromiso con la sociedad y la naturaleza, privilegiando los principios de sustentabilidad, equidad, democracia participativa, justicia socio- ambiental y diversidad cultural. Al mismo tiempo asumimos la necesidad de replantearnos los mecanismos de generación de conocimientos de los modelos científicos vigentes buscando nuevos paradigmas que contemplen la complejidad, la diversidad y la incertidumbre, a la vez que el beneficio para las grandes mayorías.

Finalmente, la investigación científica y tecnológica puede y debe ser conducida sobre un pluralismo de estrategias, rechazando aquellas que se encuadran en un abordaje descontextualizado, y acudiendo a las que permiten investigaciones que integran y articulan las dimensiones ecológicas, sociales y culturales de los pueblos.

Por lo anterior hacemos la siguiente

Declaración

El conocimiento científico y tecnológico es siempre parte de un proceso social, atravesado por tensiones, conflictos e intereses. Nunca es absoluto y definitivo, siempre es susceptible de cambios, revisiones y está sujeto permanentemente al debate.

La realidad es compleja así como los fenómenos que subyacen en la crisis civilizatorias del mundo actual. Por ello es necesario fortalecer las instituciones e iniciativas enfocadas en el estudio de sistemas complejos desde una perspectiva holística, abriendo las ciencias a los métodos epi-disciplinarios, así como al diálogo de las ciencias con otros saberes. No debemos olvidar que la humanidad desarrolló durante miles de años un sinnúmero de saberes, prácticas y conocimientos diversos que son la base sobre la que se han edificado todos los conocimientos actuales, y que éstos son una fuente imprescindible para enfrentar los desafíos que como humanidad tenemos por delante.

En virtud de que los sistemas científico-tecnológicos son también generadores de amenazas sociales y ambientales, es imprescindible desarrollar análisis integrales y críticos de sus procesos y aplicaciones. Al respecto debe enfatizarse el imperativo ético de aplicar los principios de prevención y precaución en las situaciones y contextos pertinentes.

Debe promoverse los análisis desde la filosofía y las ciencias sociales acerca de los impactos de la ciencia y la tecnología en la sociedad y en la naturaleza.

Debe analizarse de manera crítica las teorías y prácticas científicas para modificar las relaciones de poder en su seno. Rechazamos las ideologías que fomentan actitudes y tendencias mercantilistas, mecanicistas, reduccionistas, sexistas, racistas y elitistas, muchas de las cuales permean los lenguajes, códigos de comunicación y conceptos que subyacen en las teorías y prácticas científicas.

Es necesario generar espacios permanentes para el debate social acerca de para qué y para quién es la ciencia y la tecnología que se desea promover, y decidir colectivamente los temas y modalidades de producción científica y tecnológica que se desarrollarán en función de las necesidades sociales que se prioriza atender y el tipo de sociedad que se desea construir y valorar y dialogar apropiadamente con los conocimientos tradicionales que muchas veces son producto de prácticas milenarias.

Es imprescindible que todo proceso de generación y aplicación de tecnologías en la sociedad sea convalidado por la licencia social y ambiental correspondiente, fruto de legítimos procesos participativos que tengan como eje el respeto por las culturas, los territorios, los mecanismos de decisión y los sistemas sociales locales.

Compromisos para una Agenda Común

La Unión de Científicos Comprometidos con la Sociedad y la Naturaleza de América Latina se plantea los siguientes compromisos y estrategias:

1. Analizar desde perspectivas epidisciplinares los conocimientos científicos ya existentes, recientes o en proceso de establecerse, sus aplicaciones y riesgos para la sociedad y la naturaleza en su conjunto.

2. Abrir los debates de la ciencia y la tecnología hacia un diálogo de saberes propiciando la mayor participación pública posible.

3. Apoyar, acompañar y fortalecer a los trabajadores de la educación y la salud, las organizaciones de la sociedad civil, los movimientos sociales y comunidades locales en sus procesos de resistencia contra el saqueo, la contaminación en sus territorios y destrucción de los ecosistemas.

4. Analizar crítica y propositivamente las políticas públicas y el papel de las corporaciones, en el desarrollo de la ciencia y la tecnología en América Latina, así como la forma en que se realiza, legitima y evalúa el trabajo científico y los métodos, contenidos y propósitos con que se forman los nuevos investigadores.

5. Promover la formación de nuevos científicos con conciencia de sus responsabilidades éticas y sociales, con capacidades críticas y autocríticas, abiertos al trabajo epidisciplinario, respetuosos de otras prácticas cognitivas y abiertos al diálogo de saberes.

6. Contribuir a la discusión y asimilación crítica de nuevos paradigmas y de valores éticos dentro de las prácticas científicas y tecnológicas.

7. Construir un acervo de estudios críticos acerca del papel de la ciencia y la tecnología en la sociedad.

8. Producir informes científicos alternativos a aquellos elaborados desde la ciencia hegemónica, especialmente cuando estos invisibilizan un problema socioambiental en el proceso de toma de decisiones, a la opinión pública y la sociedad en general.

9. Promover el diálogo con otros saberes, como las artes, las cuales nos plantean la búsqueda del conocimiento desde otras concepciones filosóficas y metodologías insustituibles para alcanzar una comprensión holística de la realidad.

  1. Participar activamente en las investigaciones contextualizadas en función de las demandas y necesidades de la sociedad.
  2. Promover la articulación entre diferentes grupos de científicos, académicos y movimientos sociales que comparten las preocupaciones y los compromisos anteriores en América Latina y el mundo.

En suma, nosotros, los investigadores, profesores y estudiantes dedicados al quehacer científico, tecnológico y social nos comprometemos a contribuir a la aplicación social, creativa y libertaria del conocimiento, y así revertir aquellas tendencias destructivas sobre la naturaleza y la sociedad que la modernidad basada en la ciencia reduccionista está generando. Se trata de un compromiso ético para fomentar una práctica científica transparente y autocrítica.

Propuestas

1. Frente a los transgénicos, hacemos nuestras una vez más las palabras del Dr. Andrés Carrasco: “Es una tecnología que ya no forma parte del estado del arte de la ciencia actual, porque está basada en supuestos falaces y anacrónicos que reducen y simplifican la lógica científica que los defiende, al punto de no ser ya válida. Los transgénicos han quedado al margen de la ciencia más rigurosa. Al mismo tiempo, es la razón por la cual los transgénicos incluyen la necesidad de destruir las matrices complejas, como la de los pueblos originarios. Un verdadero plan de exterminio de saberes, culturas y pueblos. La tecnología transgénica es el instrumento de la decisión geopolítica para la dominación colonial de estos tiempos.” Y su propuesta: “Por lo antedicho la activación del principio precautorio ambiental, biológico y alimentario y la no aceptación de la equivalencia sustancial, debe ser inmediata. Pero más aún, debido a la debilidad y la falacia de los argumentos de sus defensores, es urgente la prohibición absoluta de todo Organismo Genéticamente Modificado en el territorio Latinoamericano”.

2. Frente al uso de agrotóxicos ligado al modelo de monocultivos agrícolas extractivistas impuestos por el agronegocio, el cultivo de semillas transgénicas y la expansión de una agricultura basada en los monocultivos destinados a la agro-exportación y la agroindustria y ante las evidencias sociales, médicas, científicas y agronómicas que demuestran los riesgos e incertidumbres que implican para la salud de los trabajadores rurales, campesinos y campesinas, habitantes de zonas rurales y consumidores, es que proponemos su prohibición total y una transición hacia un modelo de producción agroecológica.

3. En relación al extractivimo minero e hidrocarburífero, que producen impactos negativos sociales y ambientales, así como locales y globales en todas sus fases (prospección, extracción, transporte, transformación y consumo), incluyendo el desplazamiento de comunidades locales, destrucción de ecosistemas naturales, cambio climático, etc., planteamos avanzar hacia una sociedad post-extractivista, con una generación y distribución de energía descentralizada, limpia, sustentable, que no cree dependencias a la población.

4. Nos comprometemos también a abordar otras problemáticas socio-ambientales, como el avance de la deforestación, la erosión y la desertificación de los suelos, la sobre-pesca, la producción industrial de animales, el impacto de los monocultivos forestales, los impactos de grandes obras de infraestructura (represas hidroeléctricas, centrales nucleares, etc) la emergencia de nuevas tecnologías que atentan contra la sociedad y la naturaleza.

5. Teniendo en cuenta el modelo extractivista y la demanda de agua como insumo principal y como medio receptor de la contaminación derivada, proponemos generar acciones orientadas a garantizar el acceso al agua segura de manera igualitaria para todos los pueblos de América Latina, escencial para el desarrollo de una vida sana y, conjuntamente promover su declaración como un Derecho Humano.

6. Frente al avance de la resistencia microbiana, respuesta natural de los microorganismos, acelerada por el uso masivo e indiscriminado de antibióticos, cuyos efectos sobre el continuum seres humanos-naturaleza son imprevisibles, pues los microbios están en la base de los procesos biogeoquímicos del planeta, sostenemos que urge suplantar la metáfora de la guerra en la relación seres humanos-gérmenes por “una metáfora más ecológicamente fundamentada, que incluya el punto de vista de los gérmenes sobre la infección”[iv]. En este marco, nos comprometemos a investigar el fenómeno global de la resistencia bacteriana a los antibióticos desde la perspectiva dela salud socioambiental, a generar herramientas para la participación comunitaria e implementar soluciones integrales para restablecer la salud de los ecosistemas y promover equidad.

7. Reafirmamos nuestro respeto a la vida en todas sus formas, por lo que nos oponemos a su mercantilización, ya sea a través su patentamiento u otras formas de derechos de propiedad intelectual, la venta de servicios ambientales, su financiarización y otras formas similares que promueven la privatización de la naturaleza.

Ciudad de Rosario (Argentina), junio de 2015
Publicado en la página
http://uccsnal.org/documento-constitutivo-de-la-union-de-cientificos-comprometidos-con-la-sociedad-y-la-naturaleza-de-america-latina
Para más información
http://uccsnal.org/

« La défense de la liberté universitaire ne peut qu’aller de pair avec celle de la liberté politique »

 

fr-FR

« La défense de la liberté universitaire ne peut qu’aller de pair avec celle de la liberté politique »

Peu avant les élections européennes du 26 mai 2019, la Conférence des présidents d’universités français, allemands et polonais a adressé aux différentes listes une série de 7 questions sur la situation et l’avenir de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) dans et hors l’UE. Nous publions ci-dessous la réponse qu’a faite l’équipe thématique « Enseignement Supérieur et Recherche » de La France Insoumise. On y verra, au fil des questions-réponses, combien le fossé est profond, abyssal même, entre les conceptions néolibérales de l’ESR et celles portées par la FI. Conceptions de l’ESR mais aussi, en définitive, de la personne humaine et du monde…

La Rédaction du blog

Question n°1 : Rôle des universités en tant que moteurs de l'innovation et du développement de la culture

Q : Les universités sont au cœur du triangle de la connaissance formé par la recherche, l’enseignement et l’innovation. Auparavant, la Commission européenne considérait les universités principalement comme des établissements d'enseignement. Cela a commencé à changer en 2018 et on assiste à une coopération et une communication renforcée entre les Directions de l'UE, par exemple sur les réseaux des « universités européennes » et par le développement de davantage de synergies entre l'enseignement et la recherche dans le domaine des fonds structurels de l'UE. Comment les universités pourraient-elles être mieux représentées dans les structures politiques et organisationnelles de la Commission ?

R : Nous ne partageons pas la vision d’un « triangle de la connaissance » qui n’inclurait pas comme pôle constitutif la diffusion des savoirs dans la cité (au-delà donc du seul cadre de l’enseignement) et la construction d’une culture scientifique critique. Néanmoins nous rejoignons votre point de vue sur le fait que les universités doivent être prises en compte pour l’intégralité de leurs missions, et que cela passe par une meilleure association entre ces missions y compris dans l’esprit des fonctionnaires et responsables politiques européens. La solution qu’esquisse votre question, toutefois, ne saurait nous convenir si vous entendez par là qu’il faudrait assurer une représentation institutionnelle spécifique des universités ou une sorte de lobby universitaire officiel – ne serait-ce que parce que nous devrions être échaudés par les controverses quant au rôle joué par les président·e·s d’universités lorsqu’ils assument cette fonction de représentation officielle dans les cadres nationaux. En réalité, la question de la réduction des universités à des prestataires de formations professionnalisantes dans l’esprit des décideurs à Bruxelles n’est pas séparable du tropisme ordolibéral et adéquationniste de l’UE, et les synergies entre enseignement et recherche, si elles se font sur cette même base, ne feront qu’aggraver les choses.
Nous proposons donc de prendre le problème dans l’autre sens en assurant une implication citoyenne directe ainsi qu’une transparence et une ouverture accrues des débats sur la politique d’enseignement supérieur et de recherche en Europe : ce sont d’abord les citoyens qu’il faut davantage représenter dans les structures politiques et organisationnelles de la Commission. Nous faisons le pari que c’est seulement en agissant ainsi que l’on peut envisager de dégager la Commission de sa gangue technocratique, ordolibérale et adéquationniste, pour remettre la politique européenne sur la voie de l’intérêt général. Dans ces conditions, il deviendra également plus facile de se faire entendre pour les universitaires (davantage que pour les universités représentées par les présidents) mais aussi pour les étudiants, les chercheurs et les citoyens soucieux de ces questions. Une des pistes que nous proposons, reprise du mouvement des sciences citoyennes, est la création de conseils consultatifs associant citoyens, chercheurs et enseignants(-chercheurs) à tous les niveaux. Les universitaires y auraient toute leur place.

Question n°2 : Encourager la coopération à plusieurs niveaux dans les politiques des universités

Q : Suite au discours de la Sorbonne du président Macron et conformément au Conseil européen de Göteborg en 2017, la Commission européenne a proclamé l'Espace européen de l'éducation. L’éducation en général est du ressort des États membres. À la lumière de l’exemple de la mise en œuvre des « universités européennes », comment, selon vous, renforcer les collaborations entre l’UE, les États membres et les régions ?

R : Nous pensons que les « proclamations » successives de divers « Espaces Européens » (de l’Education, de l’Enseignement Supérieur...) plus ou moins articulés ne sont pas une voie permettant de construire une Europe des citoyens tournée vers l’intérêt général, au sein de laquelle les universités auraient un rôle éminent à jouer pour porter un programme ambitieux de production, de critique et de diffusion des connaissances scientifiques et techniques. Le processus de Bologne, à cet égard, nous paraît être un échec, du moins du point de vue de l’intérêt général, puisque comme nous l’avons montré à la faveur de notre contre-manifestation de mai 2018, il s’agit assurément d’un succès du point de vue de la caporalisation et de la marchandisation des formations supérieures.
De façon générale, la mise en place de coopérations renforcées, et notamment celle de cursus intégrés, doit assurément pouvoir se faire selon des modalités différenciées (allant du cursus unifié à une simple convention de reconnaissance réciproque des modules d’enseignement) pour respecter les temporalités propres et les conditions d’organisation des différents établissements associés. Néanmoins, il importe de souligner que le sur-mesure ne doit pas non plus servir de levier pour accélérer la différenciation des paysages universitaires ou remettre en cause les droits sociaux des étudiants et des personnels. Il est donc nécessaire de faire encadrer ces coopérations renforcées par une directive instaurant une clause de faveur générale, prévoyant par exemple que les frais d’inscription d’un cursus commun à plusieurs universités seront indexés sur ceux pratiqués par l’établissement le moins onéreux. De même, la convergence des statuts des personnels, évoquée dans certains documents de travail de l’UE ou d’États-membres ces derniers mois, ne doit pas pouvoir se faire autrement que dans le sens d’un alignement systématique vers le haut.
Les coopérations entre établissements, mais aussi entre États désireux d’aller plus loin dans la convergence des systèmes, doivent se faire sur la base du volontariat et faire l’objet d’un accompagnement et de moyens supplémentaires conséquents par une ou plusieurs agences bi- ou plurinationales dédiées. À cet égard, les dispositifs d’accompagnement expérimentés dans le cadre de l’Université franco-allemande, fragilisée récemment par des coupes budgétaires, sont intéressants. On pourrait également citer le dispositif existant des « partenariats stratégiques », qui présente la souplesse nécessaire et a permis l’éclosion de beaux projets de coopération. Ce dispositif doit donc faire l’objet de moyens supplémentaires conséquents.

Question n°3 : Part du budget de l'UE pour la recherche, l'innovation et l'éducation

Q : En 2018, le Parlement européen a appelé à un budget plus élevé de 120 milliards d'euros pour le programme-cadre de recherche et d'innovation de l'UE (à prix constants) ainsi qu'un budget plus élevé de 41 milliards d'euros (à prix constants) pour le budget Erasmus +. Compte tenu de la révision prochaine du cadre financier pluriannuel (CFP), êtes-vous attaché à l'objectif de sécuriser ces budgets pour la recherche et l'innovation ainsi que pour l'éducation et la mobilité afin de garantir la compétitivité de l'Europe ?

R : La France Insoumise a toujours dénoncé le manque de moyens alloués à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, et le non-respect des objectifs fixés en termes de pourcentage du PIB dévolus à ces domaines. Cette position de principe vaut également à l’échelon européen. Néanmoins, pour nous l’objectif n’est pas de « garantir » la mystérieuse « compétitivité de l’Europe », qui nous semble caractéristique des usages abusifs du concept économique de compétitivité dans le discours public. Notre objectif est de garantir un niveau maximal de qualification pour les travailleurs du continent, qui est aussi un niveau maximal de formation pour les citoyens ; l’enjeu, en effet, n’est pas « seulement » économique et industriel, il est aussi social, environnemental et démocratique, à l’heure où une expertise scientifique réelle ou supposée est de plus en plus utilisée par certains gouvernants peu soucieux d’esprit critique pour étouffer le débat démocratique sur les choix cruciaux qui nous attendent dans un contexte de transition économique et écologique. À cet égard, la répartition des masses budgétaires et les critères d’allocations sont tout aussi importants que les montants globaux : nous n’entendons pas être vigilants seulement sur les « moyens », mais aussi sur les fins.

Question n°4 : Normes minimales d'autonomie de l'enseignement supérieur

Q : Considérant les débats sur l’université d’Europe centrale en Hongrie et le traitement des universités en Turquie : les universités européennes devraient-elles jouir d’un niveau minimum d’autonomie dans l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur et de l’Espace Européen de la Recherche. Comment définiriez-vous ce que pourrait être ce niveau minimum ?

R : Cette question est grave et importante, car elle met en jeu la perversion récente de la notion d’autonomie du champ universitaire par la sphère managériale. Nous ajouterons donc à la liste des cas préoccupants celui de la Pologne, en ne perdant pas de vue que l’association de présidents d’universités est co-signataire de ce questionnaire – et nous lui apportons notre soutien dans sa défense des libertés académiques. Force est de constater que c’est le même gouvernement national-clérical polonais qui adopte une attitude menaçante envers certains chercheurs sur des sujets sensibles, notamment historiques, et qui met en œuvre une politique d’« autonomie des établissements » calquée sur la LRU française.
C’est pourquoi il est crucial à nos yeux de réintroduire la distinction déjà opérée plus haut entre universités et universitaires. Pour nous, l’autonomie managériale et financière des universités promue depuis 30 ans par les institutions internationales n’est nullement antithétique d’un tournant autoritaire de la part du champ gouvernemental et technocratique, bien au contraire. Cette autonomie en trompe-l’oeil des universités assujettit les universitaires à un système de normes, et plus prosaïquement à des bailleurs de fonds (publics ou privés, industriels, politiques et demain peut-être militaires), dont les buts ne convergent ni nécessairement avec ceux de la science libre, ni avec l’intérêt général.
« L’autonomie des universités » devient alors le faux-nez de l’hétéronomie des universitaires. Assurément, il est nécessaire de poser un certain nombre de normes minimales à faire respecter. Mais ces normes sont des normes statutaires. Il convient ainsi d’inscrire dans les textes européens le principe d’indépendance statutaire des personnels scientifiques, et d’affirmer que l’emploi stable et un financement public et récurrent non-révocable des établissements doivent être la norme. Si l’Union Européenne sait ouvrir des procédures de sanctions contre les gouvernements remettant en cause l’indépendance des Banques Centrales ou creusant trop la dette, elle doit pouvoir ouvrir des procédures équivalentes contre les gouvernements diminuant les dotations pérennes des universités ou laissant s’effondrer les recrutements de personnels statutaires. A contrario, l’élévation du ratio de personnels sous un statut protecteur, ainsi que la hausse des dotations pérennes, peuvent et doivent être posées comme des objectifs politiques dans toute l’Europe, même si nous ne méconnaissons pas que cela impose une remise en cause frontale de toutes les politiques européennes d’enseignement supérieur de ces vingt à trente dernières années. La défense de l’autonomie de l’enseignement et de la recherche est à ce prix.

Question n°5 : La mobilité dans l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur et encourager le sens de la communauté en Europe

Q : Les structures de l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur sont en place, mais elles doivent encore être affinées. Que peut-on faire pour faciliter davantage la mobilité des étudiants et des diplômés en Europe, en tenant également compte des aspects financiers qui peuvent empêcher des étudiants de participer ? Comment l'UE peut-elle aider les universités à continuer à promouvoir l'esprit de citoyenneté communautaire et européenne chez les jeunes générations, en particulier en période de crise d'identité du processus de coopération européenne ?

R : Votre question est juste, et apporte elle-même les premiers éléments de réponse dans son libellé : trop souvent, les dispositifs de mobilité sont inabordables pour les étudiants modestes. L’augmentation massive des bourses de mobilité est une condition sine qua non pour que le séjour Erasmus ne devienne pas un marqueur d’entre-soi de la jeune bourgeoisie libérale européenne, ce qui serait une formidable trahison des valeurs affichées par ce programme. La mise en place d’une allocation d’autonomie pour les jeunes en formation figurait à notre programme en 2017, et nous avons réaffirmé en mai 2018, lors de notre journée de travail sur l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur à l’Assemblée Nationale, que la mise en place d’une allocation de formation et d’autonomie était un objectif politique pertinent à l’échelle internationale. Nous continuerons donc à porter cette exigence. Compte tenu du rôle éminent des régions dans les dispositifs de bourse déjà existants, celles-ci devront être étroitement associées aux négociations du cadre financier pluriannuel de l’Union sur ces questions, afin d’organiser une montée en charge conjointe des dispositifs de soutien.
Au-delà de la question des moyens, il est indispensable de porter haut le combat pour le plurilinguisme en Europe, qui ne se réduit pas au tout-anglais, sauf à vouloir dissoudre dans l’Union toute diversité culturelle, linguistique et historique ravalée au rang de folklore. Cela passe par un engagement vigoureux pour le développement des cursus plurilingues et des formations linguistiques dans toutes les langues des pays de l’Union. Ces formations, en s’ouvrant aux aspects culturels, loin de l’adéquationnisme superficiel du tout-communication, nous semblent justement de nature à renforcer ce que vous appelez l’esprit de citoyenneté communautaire et européenne, et que l’on pourrait aussi bien nommer le cosmopolitisme, et la conscience de la bigarrure culturelle de l’Europe.

Question n°6 : Collaboration en matière d'éducation et de recherche avec des pays non européens

Q : La recherche est un effort non seulement européen, mais mondial. Comment l'UE peut-elle aider à maintenir la coopération euro-européenne en matière de recherche et la mobilité transfrontalière des étudiants et des chercheurs ouverts et flexibles pour faire de l'UE la puissance scientifique mondiale en concurrence avec les États-Unis et la Chine et en préservant les liens avec l'enseignement et la recherche britanniques ?

R : Nous partageons votre préoccupation concernant la coopération universitaire avec les pays non-européens. À cet égard, il nous semble important de signaler que la vogue des frais d’inscription différenciés, illustrée en France par le sinistre projet cyniquement intitulé « Bienvenue en France », représente un obstacle majeur à toute politique scientifique internationaliste. Nous condamnons cette politique, et porterons cette opposition au sein du Parlement Européen, pour obtenir sa condamnation.
Au-delà de cela, il semble important de porter des projets de coopération scientifiques et universitaires intercontinentaux. Durant la campagne présidentielle, nous avions proposé la création et le financement d’un Erasmus + méditerranéen associant les pays des deux rives, mais aussi celle de nouvelles universités interdisciplinaires et internationales sur des sujets d’intérêt planétaire, comme les sciences et métiers de la mer. Ces propositions tiennent toujours, et le Parlement Européen est une enceinte privilégiée pour les défendre.
Concernant les pays-cibles, nous faisons le choix d’ouvrir la coopération universitaire européenne à tous, qu’il s’agisse de l’Asie ou de l’Afrique, de la Russie, de l’Amérique Latine ou de l’Anglosphère. Il sera nécessaire d’étudier posément le dossier britannique une fois que les excès et les désirs de punition ou de revanche de certains auront été congédiés. Le principal problème de coopération universitaire sera certainement celui des échanges étudiants et des coopérations entre cursus, du fait des frais d’inscription prohibitifs pratiqués outre-Manche. Une vigilance de tous les instants s’imposera sur ce sujet. Signalons également que l’Union devra engager une politique plus proactive dans ses relations universitaires avec le Brésil, où le gouvernement de Jair Bolsonaro menace les libertés académiques en s’en prenant au financement des universités et de certaines disciplines en particulier. La création de chaires universitaires européennes au Brésil, qui prendraient la suite des chaires françaises illustrées par exemple par Fernand Braudel et Claude Lévi-Strauss avant d’être sacrifiées sur l’autel de la rigueur budgétaire, serait à cet égard une mesure symbolique forte.

Question n°7: sur les valeurs

Q : Partout dans le monde, des universités et des universitaires sont attaqués et éprouvent de plus en plus de difficultés à effectuer des recherches et à enseigner dans certains domaines en raison de pressions politiques. Les gens sont de plus en plus ciblés pour être des universitaires. Les étudiants et les chercheurs ont besoin d'institutions autonomes et de liberté pour penser et utiliser leurs connaissances sans craindre la persécution. La restriction de la liberté académique empêche les citoyens d’avoir accès au savoir et les décideurs d’agir sur la base de preuves solides. Le Parlement européen a activement attiré l'attention sur les atteintes à la liberté académique à la fois en Europe et au-delà. Que ferez-vous concrètement pour protéger la liberté académique et l'autonomie des universités en tant qu'institutions ? Quel rôle peut selon vous jouer l’université pour renforcer la cohésion sociale ?

R : Cette question rejoint des préoccupations déjà exprimées dans nos réponses aux précédentes questions, et nous partageons votre préoccupation. Il nous semble important d’élever l’autonomie statutaire des enseignants (universitaires ou non) et des chercheurs (universitaires ou non) au rang de principe fondamental européen. Le non-respect de ces principes est autrement plus grave que la violation des dogmes financiers que l’UE semble prendre beaucoup plus au sérieux, et cela doit cesser. Mais ces franchises, qui sont au coeur de l’identité des universités européennes depuis huit siècles, doivent être étendues aux étudiants, dont l’histoire des deux derniers siècles a montré qu’ils étaient souvent, en Europe, les premiers combattants de la liberté et contre l’oppression. Enfin, elles concernent aussi les universités comme lieux : les universités doivent redevenir des espaces où la liberté de conscience, d’expression et d’association est inconditionnée ; où toute personne acceptée comme étudiant par l’établissement est protégée par l’ensemble de la communauté, quels que soient son origine et son statut légal ; où les forces de l’ordre n’interviennent pas sans l’aval direct de la direction collégiale de l’établissement. Autant de principes régulièrement bafoués aujourd’hui en Europe, et que le Parlement Européen doit réaffirmer avec force, le cas échéant en plaçant sous sa protection solennelle les établissements et personnes faisant l’objet de menace, et en demandant des comptes à la Commission Européenne en cas d’impunité des gouvernements qui bafoueraient ainsi ces règles. Rappelons que les libertés académiques, pour leur volet concernant la liberté de la recherche et l’indépendance des universitaires, ont le statut de principe fondamental du droit français, et qu’à ce titre il incombe aux europarlementaires français de se montrer exemplaires dans leur défense.
Cette indépendance et cette protection ne signifient pas que l’université doive se couper de la société comme un sanctuaire ; nous souhaitons au contraire le développement des cadres mixtes associant universitaires, scientifiques et citoyens afin de permettre de meilleurs allers-retours entre le débat public et le monde de la science. Cela nous semble indispensable pour prémunir l’université de l’autre menace autoritaire qui la guette, qui prendrait la forme d’une alliance de certains secteurs du champ scientifique avec la sphère technocratique et managériale pour imposer des agendas politiques sur la base d’une expertise scientifique et technique plus ou moins extorquée. Les vicissitudes de l’économie politique en France n’en sont qu’un exemple : toute une partie du discours ordolibéral, y compris de la part des derniers gouvernements français, relève de ce fantasme, dont l’esprit critique caractéristique de la démarche scientifique serait l’une des premières victimes – l’autre étant le débat public.
Il nous semble important de rappeler qu’en tous lieux et en tous temps, la démarche scientifique de l’université doit inclure des espaces d’ouverture et de dissensus. La liberté universitaire est d’abord la liberté du désaccord – c’est pour cette raison qu’à nos yeux, la défense de la liberté universitaire ne peut qu’aller de pair avec celle de la liberté politique.

Pour en savoir plus sur le projet ESR de la France Insoumise https://avenirencommun.fr/livrets-thematiques/livret-de-lenseignement-de-recherche/
Et contacter l’équipe thématique : livret-esr@jlm2017.fr ou info-insoumis-esr-request@framalistes.org