Vivre, enseigner et apprendre autrement

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Vivre, enseigner et apprendre autrement

Architecte-paysagiste, Christophe Laurens enseigne dans le cadre du diplôme supérieur d’arts appliqués, DSAA Alternatives urbaines, qu’il a cofondé en 2013. Ce master prépare des étudiants aux métiers de l’architecture, du paysage et de la scénographie en se donnant pour ambition de participer activement à l’émergence de nouvelles « alternatives urbaines ». Dans le texte ci-dessous, extrait d’un ouvrage collectif publié en 2018 et intitulé « Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre », Christophe Laurens nous montre que zad et enseignement supérieur peuvent quelquefois faire bon ménage.

La Rédaction du blog

Il se passe quelque chose de singulier à Notre-Dame-des-Landes, quelque chose qui change la vie ; tel est le sentiment que nous avions à l’automne 2015. Sur place, nous avions aperçu des constellations de cabanes et quelques collectifs d’individus qui avaient ouvert ce bocage atlantique comme des squatteurs ouvrent une maison abandonnée de tous. Fermement décidés à prendre leur vie en main et soudés par l'opposition au projet d’un nouvel aéroport, ils inventaient des manières de vivre inédites, les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles. Aux prises avec mille difficultés pratiques et existentielles ils étaient pourtant animés de cette joie vigoureuse, compagne de la vie libre. C’est donc pour essayer de comprendre quel était le moteur de cette joie et de cette liberté que nous avons engagé le Master Alternatives urbaines dans une longue aventure pédagogique, architecturale et éditoriale.

Suite à plusieurs rencontres avec des habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, nous avions proposé d’élaborer des relevés topographiques, architecturaux et paysagers de ce territoire d’environ 1600 hectares pour réaliser un atlas. Nous étions en 2015 et l’idée était de constituer une trace du dispositif spatial singulier de cette expérience avant une éventuelle évacuation/destruction, comme celle déjà tentée par l'État en 2012 avec l’opération César. La violence des forces de l’ordre pour détruire les cabanes et évacuer les habitants lors de cette incursion était encore dans tous les esprits et l’avenir de la zone était très incertain. La date même de ce travail de relevé semblait sans cesse se précipiter tant la menace de l’évacuation était présente.

(…) Nous venions de créer le Master Alternatives urbaines deux ans auparavant avec l’idée d’explorer de manière la plus concrète possible des expériences de vie animées par la convivialité, l’équité sociale, le respect des milieux et la sobriété énergétique. La ZAD était à l’évidence un bon sujet et il y avait alors une vingtaine d'étudiants susceptibles d’être intéressés. Proposition faite, leur réaction fut immédiate, la quasi-totalité d’entre eux étaient emballés à l'idée d’aller sur place pour découvrir cette expérience malgré les doutes et les craintes qu’il fallut désamorcer. Forts de cet enthousiasme nous sommes donc retournés dans le bocage nantais, à l’Université Populaire Anarchiste du Haut Fay, pour élaborer le projet de manière plus précise. Là, les cinq principaux habitants du lieu nous assurèrent de pouvoir nous accueillir avec les étudiants pendant une semaine, ou autrement dit, que nous pourrions partager un peu leur vie, travailler, manger et dormir sur place pour une somme modique ; et par ailleurs ils s’engagèrent à nous faciliter le travail en proposant de nous accompagner à la rencontre des autres habitants de la ZAD pour faire avancer le projet.

Assez vite nous avons abandonné l’idée de l’atlas, trop cartographique et trop exhaustif, en constatant l’existence de plusieurs cartes qui nous semblaient déjà dire l’essentiel concernant la répartition des différents lieux de vie sur ce territoire. En revanche, les cabanes que nous avions vues au détour d’une haie, sur un étang ou au fond d’un jardin, nous intriguaient de plus en plus. Ces constructions édifiées sans architecte ni charpentier nous semblaient merveilleuses ; elles déployaient des écritures poético-pratiques inouïes et suggéraient des manières de vivre totalement inattendues. Excellents indices de la matérialité du monde dans lequel se développaient ces vies bricolées, elles nous semblaient capables de raconter ce qui se passait là-bas. Pour saisir ces situations nous avions quelques compétences en termes de construction, et un outil majeur dans le domaine de l’observation : le dessin d’architecture qui sait dire la structure, le détail et la logique des lieux.

Il fallait maintenant convaincre l’administration du lycée Chérioux qui accueille le Master Alternatives urbaines du bien-fondé d’une telle tentative. Il y eut d’abord des résistances mais avec quelques arguments pédagogiques et un peu d’insistance, la proviseure de l’époque accepta de défendre le projet au Conseil d’Administration de l’établissement.

Nous étions aussi en contact avec Patrick Bouchain pour d’autres raisons et lorsque nous avons évoqué cette aventure pédagogique hors les murs il fut immédiatement convaincu de son utilité et proposa d’en faire un livre pour la collection de L’impensé qu’il dirigeait alors chez Actes Sud. 

C’est aussi à cette période que le hasard nous faisait rencontrer Cyrille Weiner, très intéressé par notre travail sur la ZAD. Photographe, Cyrille Wiener est l’auteur de la plupart des images publiées des projets de l’agence Construire (de Patrick Bouchain et Loïc Julienne), mais surtout, il développe une œuvre photographique plus personnelle qui tente de saisir la légèreté et la fragilité avec lesquelles s’installent certaines communautés humaines dans les paysages. 

La proposition d'édition et l’intérêt d’un photographe professionnel aida sans doute à convaincre la proviseure et l’ensemble du Conseil d’Administration du sérieux de nos intentions. Il faut dire qu’au regard des informations assez menaçantes concernant l’évacuation de la ZAD dont nous disposions à l’époque l’engagement des responsabilités des uns et des autres n'était pas simple. Nous étions tout de même au cœur d’une Éducation Nationale peu habituée à envoyer ses enseignants et ses étudiants sur les fronts de ce qu’il fallait bien appeler une occupation illégale, voire une contestation du rôle de l’État. Nous avons donc rédigé une proposition de voyage d’étude à l’intention du Conseil d’Administration du lycée Chérioux sobrement intitulée « Leçons architecturales et anthropologiques d’une expérience vernaculaire contemporaine ». Nous y expliquions nos intentions soutenues par quelques indispensables béquilles méthodologiques et la définition du mot vernaculaire issue de l’encyclopédie Larousse de 1973. Bref, tout cela avait l’air sérieux et chacun prit ses responsabilités. Nous venions d’obtenir l’autorisation administrative de l’Éducation Nationale de partir une semaine sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes avec une vingtaine d'étudiants ; ce n'était pas rien.

Pendant quelques semaines encore nous avons affiné ce projet avec toutes les personnes concernées en nous détachant petit-à-petit de la seule intention patrimoniale pour tenter de comprendre plus précisément ce que nous voulions saisir dans cette expérience de vie alternative. Le dessin d’architecture sert habituellement à anticiper et à optimiser la construction d’un édifice, ici tout était déjà construit et finalisé, rien ni personne n’appelait le travail d'une équipe d'architectes ; on peut même dire que tout le monde s’en méfiait !

Il ne s’agissait donc pas de faire des relevés pour ensuite faire des projets mais plutôt d’élargir le champ de la pratique architecturale à l’observation et à la description de situations librement construites. Sur place nous avions été interpellés par la forte présence des habitants-constructeurs dans l’ensemble des éléments matériels de leurs cabanes et par la très grande porosité qu’ils entretenaient entre intérieurs et extérieurs. Pour rendre compte de ces situations il fallait donc parvenir à dessiner la structure des constructions, leurs textures, mais également leurs alentours, les haies, les arbres, la boue, les liens/chemins, et tous les objets dont elles étaient peuplées pour essayer de montrer comment chaque ensemble de cabanes avait composé avec son milieu. En fait, nulle part nous n’avions à faire à une simple et compacte habitation, partout les cabanes se déployaient en de petites constellations de lieux individuels liés à un jardin et à un lieu commun pour partager les repas. Bien souvent, l’un et l’autre, c’est-à-dire le commun et l’individuel, étaient éloignés de quelques dizaines de mètres et la campagne surgissait entre eux. Il suffisait alors d’un arbre ou deux, d’une bourrasque de pluie ou d’un ciel étoilé pour tenir une juste distance entre chacun des membres de ces collectifs et faire entrer un peu de « nature » au cœur même de leurs dispositifs d’habitation. Ici, comme souvent, les lieux parlaient de la vie sociale et offraient une image assez claire de cette manière inhabituelle de tisser subtilement intérieurs et extérieurs, intimités et communs.

(…) En mars 2016, nous sommes donc partis passer une semaine sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes avec une vingtaine d’étudiants et une idée simple : décrire cette expérience à partir des lieux qui la composent et des pratiques qu’ils soutiennent. Il s'agissait en quelque sorte d'essayer de saisir l’écologie habitante de ce territoire par la matérialité de ses constructions.

(…) Évidemment, rien ne se passa comme prévu. À la première réunion organisée dans une grange de la Wardine où nous avions convié tous les habitants de la ZAD, et plus particulièrement ceux rencontrés au préalable qui s’étaient dit prêts à participer à notre travail, il n’y avait personne.

(…) Nous avons donc dû composer sur place avec le temps, la disponibilité de chacun et le hasard des rencontres malgré tout le travail d’anticipation et de repérage que nous avions effectué au préalable avec l’aide des amis de l’Université Populaire Anarchiste du Haut Fay. Finalement, ces modalités d’improvisation imposées par la ZAD nous semblaient appartenir à l’esprit du lieu et ne compromettaient en rien notre projet. Les différents sites auxquels nous avons eu accès ou pas constituent tous ensemble une assez bonne image de la diplomatie locale, de quelques règles de politesse élémentaires et de nos disponibilités réciproques ; il était impossible pour nous de rester plus longtemps que prévu avec les étudiants.

À ce moment-là, Cyrille Weiner était à l’étranger et n’avait pas pu se joindre à nous, mais compte tenu de la légitime méfiance de la plupart des habitant.e.s de la ZAD vis-à-vis des photos, son absence pendant cette semaine de relevés nous a sans doute facilité la tâche. Ce n’est finalement qu’au mois de novembre, avec une lumière blanche et diffuse de fin d’automne, que nous sommes allés avec Cyrille à Notre-Dame-des-Landes pour faire à nouveau la tournée des cabanes et tenter de les saisir par le regard. Toutes les photographies du livre « Notre Dame des Landes ou le métier de vivre » ont été réalisées en un seul mouvement par Cyrille Weiner, durant les quelques jours de traverse dans le bocage nantais.

De notre côté, nous étions donc rentrés à Paris avec notre récolte hétérogène de discussions, de dessins, de mesures et de sentiments qu’il fallait bien traduire et ordonner pour fabriquer un livre. Nous avons donc commencé à mettre les relevés au propre, à créer les fameuses bibliothèques d’objets et de textures, à voir précisément combien de lieux de vie nous allions finalement pouvoir retenir pour la publication, comment retranscrire les histoires que nous avaient confiées les habitants-constructeurs et toutes les questions habituelles qui accompagnent la finalisation d'un travail d’édition. Les étudiants se débattaient avec les brouillons, les mesures et les notes prises sur le vif pour tenter de retrouver des cohérences. Jusqu’à ce que surgisse une nouvelle complication : Patrick Bouchain nous annonça que sa collection s’arrêtait et qu’il nous fallait donc trouver un nouvel éditeur !

Benoît Santiard, l’un des graphistes de Building Paris, avec qui nous travaillons régulièrement dans le cadre de nos activités pédagogiques, était en train de finaliser un livre pour les éditions Loco. Nous avions déjà parlé avec lui du travail sur les cabanes de Notre-Dame-des-Landes en espérant qu’il puisse nous rejoindre sur ce projet. Nous sommes donc allés voir Éric Cèze et Anne Sweibaum des éditions Loco qui se sont montré tout de suite enthousiastes ; cette fois l’équipe était au complet et nous avions gagné la participation rapprochée d'un graphiste.

Nous avons donc remis l’ouvrage sur le métier, réinterrogé le format, le choix des papiers, de la mise en page, bref, nous avons repris l’économie générale du projet. Après une campagne de financement active, le livre put voir le jour.

(…) Ce livre est donc le résultat d'une longue aventure, il est l’actualisation d'un cheminement au cours duquel nous avons tenté de tresser pédagogie, architecture et édition. Mais au-delà de cette expérience nous espérons surtout que les dessins, les textes et les photographies réunies ici sauront dire la qualité de présence que nous avons rencontré sur la ZAD ; une présence habitante concentrée sur le métier de vivre et les actes essentiels que cela réclame. Ce sont précisément les gestes simples dont sont faits les jardins, les cabanes et la vie quotidienne qui se déploient ici entre les haies que nous avons essayer de traduire avec nos outils. L’art d’habiter la surface de la Terre dont l’architecture fait son métier pourrait aussi se dire l’art de composer délicatement avec les autres et avec les milieux, et l’on comprendra facilement avec les exemples présentés dans ce livre que cela n’a rien à voir avec l’art du monument. Si toutes ces constructions semblent bricolées et peu savantes elles répondent toutes avec une certaine efficacité aux nécessités qu’elles se sont fixées. S’installer correctement sur un site en fonction de la topographie, des accès, de la lumière, des jardins, des arbres.... se protéger de la pluie, du froid, du soleil et des regards, pouvoir faire à manger, lire tranquillement, discuter, faire la fête ou se retirer, dormir, faire sa toilette, contempler le paysage..., rien de cela ne manque à ces étranges bricolages et ne parlons pas du bilan écologique qui ferait pâlir le plus performant des écoquartiers. Ainsi s’inventent simplement dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes d’autres manières de vivre qui se tissent loin des centres commerciaux et des aéroports, avec d’étranges maisons, de grands jardins potagers et des relations au monde réinventées. 

Nous voilà aujourd'hui au bout de notre aventure éditoriale mais celle de la ZAD de Notre-Dames-des-Landes ne fait que recommencer. Au mois de janvier 2018, le gouvernement français a renoncé officiellement à la construction d’un nouvel aéroport sur ce site, ouvrant ainsi la possibilité d’ancrer cette expérience de vie décroissante dans la durée. Mais en avril et mai 2018, ce même gouvernement a envoyé 2 500 gendarmes lourdement équipés pour détruire une trentaine de cabanes.

Le Phare, la Cabane sur l’Eau et la Noue Non Plus dont vous trouverez les dessins à la fin de ce livre en font partie. Pendant un mois et demi cette opération de destruction a plongé la ZAD dans une ambiance de guerre avec véhicules blindés, drones, grenades lacrymogènes, grenades assourdissantes, hélicoptères survolant les lieux jour et nuit pour réveiller/épuiser les habitants, bulldozers, camions pour évacuer les matériaux, occupation du territoire et contrôle de tous les accès. À l’heure actuelle, été 2018, il reste cependant l’essentiel des implantations en dur de la ZAD et cette nouvelle opération ne semble pas avoir entamé la volonté commune des habitants de ce territoire d’installer ici et pour longtemps d’autres manières de vivre, plus libres, plus solidaires, plus délicatement négociées avec les milieux, plus sobres en terme de consommation énergétique ou autrement dit plus responsables et plus heureuses. 

Nul ne sait pour l’instant ce qui adviendra de ce territoire, mais il pourrait devenir un exemple de composition politique située dont le monde a bien besoin. 

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Extrait de « Le métier de vivre »
Notre Dame des Landes ou le métier de vivre, éditions Loco, octobre 2018.

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Notre congrès à Marseille des 22 et 23 novembre 2019 : le compte rendu

Quelques remerciements tout d’abord :

  • au journal La Marseillaise qui nous a accueillis dans ses locaux,
  • à Jean-Pierre Brundu responsable de l’Université populaire de Marseille-Métropole et Boris Humbert pour la belle plaquette qu’il a réalisée,
  • à l’équipe de rédaction de l’Internationale des Savoirs pour Tous (IDST) et de son blog, Patricia Pol, Pierre Bitoun et Philippe Quandalle,
  • aux nombreux membres qui, faute de moyens financiers ou de disponibilité à la date fixée, nous ont envoyé des messages d’encouragement et, pour certains, des contributions écrites,
  • et, enfin, à tous les participants qui, de France ou d’ailleurs, sont venus à Marseille ou se sont connectés en visioconférence pour les débats de ces deux jours. Ainsi, bien sûr, qu’à Alexandre qui a refait devant nous sa conférence gesticulée, « Paye ta science », que tous les présents ont vivement appréciée.

First of all, a few words of thanks:

  • to the newspaper La Marseillaise who welcomed us in its building,
  • to Jean-Pierre Brundu in charge of the Université Populaire de Marseille-Métropole (UPOP) and Boris Humbert for the beautiful brochure he produced,
  • to the editorial team of the International of Knowledge for All (IKA) and its blog, Patricia Pol, Pierre Bitoun and Philippe Quandalle,
  • to the many members who, due to lack of financial means or unavailability on the set date, sent us messages of encouragement and, for some, written contributions,
  • and, finally, to all the participants who, from France or elsewhere, came to Marseille or connected by videoconference for the debates of these two days. And, of course, to Alexandre, who gave his gesticulated lecture, "Pay for your science", which was greatly appreciated by all present.

En primer lugar, unas palabras de agradecimiento:

  • al periódico La Marsellesa que nos acogió en sus instalaciones,
  • a Jean-Pierre Brundu, responsable de la Universidad popular de Marsella-Métropole (UPOP) y a Boris Humbert por el hermoso folleto que ha realizado,
  • al equipo editorial de la Internacional del Saber para Todos (IDST) y su blog, Patricia Pol, Pierre Bitoun y Philippe Quandalle,
  • a los numerosos miembros que, por falta de medios económicos o por no estar disponibles en la fecha fijada, nos enviaron mensajes de aliento y, para algunos, contribuciones escritas,
  • y, por último, a todos los participantes que, desde Francia o desde otros lugares, vinieron a Marsella o se conectaron por videoconferencia para los debates de estos dos días. Y, por supuesto, a Alejandro, que dio su conferencia gesticulada, "Paga tu ciencia", que fue muy apreciada por todos los presentes.

Intitulé « Vers une société du partage des savoirs, de tous, par tous et pour tous », le congrès s’est déroulé autour de trois principaux moments : qu’est-ce que la future société du partage des savoirs, de tous, par tous et pour tous ?, où en est-on, aujourd’hui, de cette société à venir ?, comment avancer, demain, vers cette société du partage des savoirs ?

On trouvera en lien les propos introductifs de Pierre et Patricia pour les deux premiers temps, un texte de Christian Laval sur le passage de « l’université néolibérale à l’université comme commun », le manifeste pour une université démocratique lancé par des universitaires canadiens, une contribution de nos amis du Sénégal, intitulée « Expériences alternatives : limites, bienfaits, pièges, espoirs », et l'intervention de Christophe Pébarthe, de l’université française de Bordeaux. Vous pourrez aussi écouter quelques morceaux choisis parmi les enregistrements des débats qui ont pu être faits au cours de ces deux journées.

Grâce à ces éléments et à la diversité des participants (agriculteurs, cadres, personnels de santé, étudiants, enseignants, universitaires, chercheurs du privé et du public, retraités ou en activité…), les débats ont été, de l’avis de tous, de très bonne qualité. Ils ont permis de mettre l’accent sur le nécessaire dépassement de la société capitaliste et productiviste, la montée d’une intelligence collective et les indispensables initiatives à construire, dans les murs comme en dehors des murs de l’université ou des institutions de recherche, et tant à un niveau local, national qu’international.

Au cours de ce congrès, un certain nombre de décisions ont été prises :

  • résoudre le manque de moyens financiers de l’IDST (création d’une association loi 1901 en France, mise en place d’un système de cotisations, recours éventuel au financement participatif pour certains événements, etc.).
  • lancer un projet de formation qui contribue à la décolonisation néolibérale des esprits et des institutions. José Manuel, de l’Université de Valence en Espagne, se charge de préciser ce projet alternatif aux masters de la prétendue excellence néolibérale et de nous transmettre sa proposition.
  • en réponse à la future et énième conférence ministérielle du processus de Bologne, organiser du 23 au 25 juin 2020 une nouvelle rencontre de l’IDST à Rome. Valeria Pinto, de l'université Federico II de Naples, qui a permis l’entrée dans notre réseau du mouvement Potere al Popolo, a bien voulu prendre en charge la préparation de cet événement et nous tient au courant.

Enfin, rappelons qu’à l’issue du congrès, nous avons naturellement appelé les membres de l’IDST, aujourd’hui présents dans 35 pays, à rejoindre les combats qui se développent un peu partout dans le monde contre les réformes néolibérales et les désordres engendrés par un capitalisme illimité, qui marchandise nos vies et met en péril l’avenir de la planète. Combats dont nous rendons régulièrement compte dans le billet « météo des luttes » de notre blog et bien d’autres articles. N’hésitez donc pas à continuer de nous envoyer vos contributions…

La Rédaction du blog

Entitled "Towards a society of the sharing of knowledge from all, by all and for all", the congress was organized around three main topics: what is the future knowledge-sharing society from all, by all and for all; where are we today in this future society; and how can we move tomorrow towards this society of the sharing of knowledge?

You will find in the link the introductory remarks of Pierre and Patricia for the first two topics, a text by Christian Laval on “the transition from the neo-liberal university to the university as common”, the manifesto for a democratic university launched by Canadian academics, a contribution by our friends from Senegal, entitled "Alternative Experiences: Limits, Benefits, Pitfalls, Hopes", and the communication of Christophe Pébarthe, from the French University of Bordeaux. You will also be able to listen to some of the recordings of the debates that were made during these two days.

Thanks to these elements and to the diversity of the participants (farmers, executives, health staff, students, teachers, academics, researchers from the private and public sectors, retired or active...), the debates were, according to every one’s opinion, of very good quality. They highlighted the need to move beyond capitalist and productivist society, the rise of a collective intelligence and the indispensable initiatives to be built, both within and outside the walls of universities and research institutions, and at local, national and international levels.

During this congress, a number of decisions were taken:

  • to resolve the lack of financial means of IKA (creation of a 1901 law association in France, setting up a system of membership fees, possible fund-raising through participatory financing for certain events, etc.).
  • launch a training project that contributes to the neo-liberal decolonization of minds and institutions. José Manuel, from the University of Valencia in Spain, is in charge of specifying this alternative project to the Masters of so-called neo-liberal excellence and to transmit his proposal to us.
  • to organise a new IKA meeting in Rome from 23 to 25 June 2020, in response to the future and umpteenth ministerial conference of the Bologna process. Valeria Pinto, from the University Federico II of Naples, who has allowed the Potere al Popolo movement to join our network, has kindly agreed to take charge of the preparation of this event and keeps us informed.

Finally, let us recall that at the end of the congress, we naturally called on IKA members, now present in 35 countries, to join the struggles that are developing all over the world against neo-liberal reforms and the disorders caused by unlimited capitalism, which commodifies our lives and endangers the future of the planet. We regularly report on these struggles in our blog's "barometer of struggles" post and many other articles. So do not hesitate to continue to send us your contributions...

Blog editorial team

Bajo el título "Hacia una sociedad del conocimiento de todos, por todos y para todos", el congreso se organizó en torno a tres temas principales: cuál es la futura sociedad del conocimiento de todos, por todos y para todos; dónde estamos hoy en esta sociedad futura; y cómo podemos avanzar hacia esta sociedad del conocimiento del futuro.

Encontrarán en el enlace las observaciones introductorias de Pierre y Patricia sobre los dos primeros temas, un texto de Christian Laval sobre « la transición de la universidad neoliberal hacia la universidad como común », el manifiesto por una universidad democrática lanzado por los universitarios canadienses, una contribución de nuestros amigos de Senegal, titulada "Experiencias alternativas: límites, beneficios, escollos, esperanzas", y las palabras de Christophe Pébarthe, de la Universidad francesa de Burdeos. También podrán escuchar algunas de las grabaciones de los debates que se realizaron durante estos dos días.

Gracias a estos elementos y a la diversidad de los participantes (agricultores, ejecutivos, personal sanitario, estudiantes, profesores, académicos, investigadores del sector privado y público, jubilados o activos...), los debates fueron, según todos los presentes, de muy buena calidad. Destacaron la necesidad de superar la sociedad capitalista y productivista, el surgimiento de una inteligencia colectiva y las iniciativas indispensables que hay que construir, tanto dentro como fuera de los muros de las universidades e instituciones de investigación, y a nivel local, nacional e internacional.

Durante este congreso se tomaron varias decisiones:

  • para resolver la falta de medios financieros de la IDST (creación de una asociación de derecho de 1901 en Francia, establecimiento de un sistema de cuotas de miembros, posible recurso a la financiación participativa para determinados eventos, etc.).
  • lanzar un proyecto de formación que contribuya a la descolonización neoliberal de las mentes e instituciones. José Manuel, de la Universidad de Valencia en España, es el encargado de concretar este proyecto alternativo a los “master” de la llamada excelencia neoliberal y de transmitirnos su propuesta.
  • En respuesta a la futura y enésima conferencia ministerial del proceso de Bolonia, organizar una nueva reunión de la IDST en Roma del 23 al 25 de junio de 2020. Valeria Pinto, de la Universidad Federico II de Nápoles, que ha permitido al movimiento Potere al Popolo unirse a nuestra red, ha aceptado amablemente encargarse de la preparación de este evento y nos mantiene informados.

Por último, recordemos que al final del congreso, llamamos naturalmente a los miembros de la IDST, presentes hoy en 35 países, a unirse a las luchas que se desarrollan en todo el mundo contra las reformas neoliberales y los desórdenes causados por el capitalismo ilimitado, que mercantiliza nuestras vidas y pone en peligro el futuro del planeta. Informamos regularmente sobre estas luchas en la entrada "barómetro de las luchas" de nuestro blog y en muchos otros artículos. Así que no duden en seguir enviándonos sus contribuciones...

La redacción del blog

Patricia Pol
Christophe Pébarthe
Valeria Pinto
Sabine Rubin
Hendrik Davi
José Manuel
Pierre Bitoun
Valeria Pinto & José Manuel

« Paie ta science ! », une conférence gesticulée

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Membre de l’Internationale des Savoirs pour Tous, Alexandre Hippert a créé une conférence gesticulée sur les rapports entre marchandisation du savoir et sacralisation de la science. On en trouvera ci-dessous le texte de présentation et la vidéo déjà en ligne via l’Université populaire du pays viennois, située dans le département de l’Isère. Un grand merci à lui pour cette conférence tout à fait en écho avec la critique et les idéaux de notre Internationale. Il sera d’ailleurs présent à Marseille, lors de notre congrès des 22 et 23 novembre prochains.

La Rédaction du blog

À travers une conférence gesticulée intitulée Paie ta science !, Alexandre Hippert, doctorant en laboratoire de traitement de l’information, propose d’explorer notre rapport au progrès et à la connaissance scientifique. En puisant dans sa jeune expérience de l’enseignement supérieur et la recherche, naviguant entre découvertes scientifiques révolutionnaires, émancipation politique et anecdotes amoureuses, Alexandre nous invite à la réflexion sur la place du chercheur et du citoyen dans notre société. Une des idées est de déconstruire le « mythe » du savant et la perception du progrès scientifique dans l’imaginaire collectif et de dénoncer son instrumentalisation par l’industriel et le politique. Comment se fait-il qu’un pan entier de la connaissance financé par des fonds publics soit aujourd’hui marchandisé par certains acteurs de l’édition scientifique ? Par quels moyens ? À travers son parcours et ses déceptions successives, Alexandre nous propose d’imaginer une société où le savoir circulerait librement et ouvertement, où le citoyen serait l’acteur des décisions concernant l’utilité publique des innovations techno-scientifiques, une société où la barrière entre savant et citoyen n’existerait plus.

 

Au Québec, les étudiants veulent en finir avec les stages gratuits

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2018 04 19 affiche plan action GGI kraken thumb« Épuisés, avant d’être diplômés ! », « Ras-le-bol d’être bénévoles ! »…

C’est en scandant de tels mots d’ordre que, le 21 novembre 2018, près de 60 000 étudiants québecois se sont mis en grève pour exiger que les stages en entreprise qu’ils doivent effectuer dans le cadre de leurs études leur soient… payés !

Ce mouvement, qui enflamme les universités de la province francophone du Canada, s’organise en fait depuis 2016 autour d’un plan d’action, fondé sur une escalade des moyens de pression, qui doit conduire à une grève générale illimitée au cours de l’hiver 2019, si le gouvernement ne satisfait pas leur revendication : la rémunération de tous les stages, dans tous les domaines d’études.

Cette stratégie de grève générale illimitée est en réalité encore plus ancienne. Elle a marqué le mouvement étudiant québécois de 2012, lorsque le gouvernement a voulu augmenter les droits de scolarité de plus de 75%, puis tenté de remettre en cause la liberté de manifester. Après plusieurs mois de grèves et de manifestations, ce « printemps érable » a réussi à faire reculer le gouvernement et permis le maintien d’un niveau de droit d’inscription considéré comme modéré car le plus faible d’Amérique du Nord.

Alors que les stages sont devenus la pièce maîtresse d’un « bon cursus » conçu pour s’adapter au marché du travail et stimuler « l’employabilité » des diplômés, cette lutte révèle au grand jour les innombrables violences que subit aujourdhui, à l’heure du capitalisme néolibéral, la jeunesse étudiante, mais également l’ensemble de la société. Le document suivant, intitulé « Un statut pour les stagiaires », est de ce point de vue à lire, relire et méditer.

Les réflexions, les modes d’action, les aspirations à l’œuvre dans cette mobilisation des étudiants québécois sont donc à suivre de près et à faire connaître à tous, dans quelque pays que ce soit.