Vivre, enseigner et apprendre autrement

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Vivre, enseigner et apprendre autrement

Architecte-paysagiste, Christophe Laurens enseigne dans le cadre du diplôme supérieur d’arts appliqués, DSAA Alternatives urbaines, qu’il a cofondé en 2013. Ce master prépare des étudiants aux métiers de l’architecture, du paysage et de la scénographie en se donnant pour ambition de participer activement à l’émergence de nouvelles « alternatives urbaines ». Dans le texte ci-dessous, extrait d’un ouvrage collectif publié en 2018 et intitulé « Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre », Christophe Laurens nous montre que zad et enseignement supérieur peuvent quelquefois faire bon ménage.

La Rédaction du blog

Il se passe quelque chose de singulier à Notre-Dame-des-Landes, quelque chose qui change la vie ; tel est le sentiment que nous avions à l’automne 2015. Sur place, nous avions aperçu des constellations de cabanes et quelques collectifs d’individus qui avaient ouvert ce bocage atlantique comme des squatteurs ouvrent une maison abandonnée de tous. Fermement décidés à prendre leur vie en main et soudés par l'opposition au projet d’un nouvel aéroport, ils inventaient des manières de vivre inédites, les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles. Aux prises avec mille difficultés pratiques et existentielles ils étaient pourtant animés de cette joie vigoureuse, compagne de la vie libre. C’est donc pour essayer de comprendre quel était le moteur de cette joie et de cette liberté que nous avons engagé le Master Alternatives urbaines dans une longue aventure pédagogique, architecturale et éditoriale.

Suite à plusieurs rencontres avec des habitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, nous avions proposé d’élaborer des relevés topographiques, architecturaux et paysagers de ce territoire d’environ 1600 hectares pour réaliser un atlas. Nous étions en 2015 et l’idée était de constituer une trace du dispositif spatial singulier de cette expérience avant une éventuelle évacuation/destruction, comme celle déjà tentée par l'État en 2012 avec l’opération César. La violence des forces de l’ordre pour détruire les cabanes et évacuer les habitants lors de cette incursion était encore dans tous les esprits et l’avenir de la zone était très incertain. La date même de ce travail de relevé semblait sans cesse se précipiter tant la menace de l’évacuation était présente.

(…) Nous venions de créer le Master Alternatives urbaines deux ans auparavant avec l’idée d’explorer de manière la plus concrète possible des expériences de vie animées par la convivialité, l’équité sociale, le respect des milieux et la sobriété énergétique. La ZAD était à l’évidence un bon sujet et il y avait alors une vingtaine d'étudiants susceptibles d’être intéressés. Proposition faite, leur réaction fut immédiate, la quasi-totalité d’entre eux étaient emballés à l'idée d’aller sur place pour découvrir cette expérience malgré les doutes et les craintes qu’il fallut désamorcer. Forts de cet enthousiasme nous sommes donc retournés dans le bocage nantais, à l’Université Populaire Anarchiste du Haut Fay, pour élaborer le projet de manière plus précise. Là, les cinq principaux habitants du lieu nous assurèrent de pouvoir nous accueillir avec les étudiants pendant une semaine, ou autrement dit, que nous pourrions partager un peu leur vie, travailler, manger et dormir sur place pour une somme modique ; et par ailleurs ils s’engagèrent à nous faciliter le travail en proposant de nous accompagner à la rencontre des autres habitants de la ZAD pour faire avancer le projet.

Assez vite nous avons abandonné l’idée de l’atlas, trop cartographique et trop exhaustif, en constatant l’existence de plusieurs cartes qui nous semblaient déjà dire l’essentiel concernant la répartition des différents lieux de vie sur ce territoire. En revanche, les cabanes que nous avions vues au détour d’une haie, sur un étang ou au fond d’un jardin, nous intriguaient de plus en plus. Ces constructions édifiées sans architecte ni charpentier nous semblaient merveilleuses ; elles déployaient des écritures poético-pratiques inouïes et suggéraient des manières de vivre totalement inattendues. Excellents indices de la matérialité du monde dans lequel se développaient ces vies bricolées, elles nous semblaient capables de raconter ce qui se passait là-bas. Pour saisir ces situations nous avions quelques compétences en termes de construction, et un outil majeur dans le domaine de l’observation : le dessin d’architecture qui sait dire la structure, le détail et la logique des lieux.

Il fallait maintenant convaincre l’administration du lycée Chérioux qui accueille le Master Alternatives urbaines du bien-fondé d’une telle tentative. Il y eut d’abord des résistances mais avec quelques arguments pédagogiques et un peu d’insistance, la proviseure de l’époque accepta de défendre le projet au Conseil d’Administration de l’établissement.

Nous étions aussi en contact avec Patrick Bouchain pour d’autres raisons et lorsque nous avons évoqué cette aventure pédagogique hors les murs il fut immédiatement convaincu de son utilité et proposa d’en faire un livre pour la collection de L’impensé qu’il dirigeait alors chez Actes Sud. 

C’est aussi à cette période que le hasard nous faisait rencontrer Cyrille Weiner, très intéressé par notre travail sur la ZAD. Photographe, Cyrille Wiener est l’auteur de la plupart des images publiées des projets de l’agence Construire (de Patrick Bouchain et Loïc Julienne), mais surtout, il développe une œuvre photographique plus personnelle qui tente de saisir la légèreté et la fragilité avec lesquelles s’installent certaines communautés humaines dans les paysages. 

La proposition d'édition et l’intérêt d’un photographe professionnel aida sans doute à convaincre la proviseure et l’ensemble du Conseil d’Administration du sérieux de nos intentions. Il faut dire qu’au regard des informations assez menaçantes concernant l’évacuation de la ZAD dont nous disposions à l’époque l’engagement des responsabilités des uns et des autres n'était pas simple. Nous étions tout de même au cœur d’une Éducation Nationale peu habituée à envoyer ses enseignants et ses étudiants sur les fronts de ce qu’il fallait bien appeler une occupation illégale, voire une contestation du rôle de l’État. Nous avons donc rédigé une proposition de voyage d’étude à l’intention du Conseil d’Administration du lycée Chérioux sobrement intitulée « Leçons architecturales et anthropologiques d’une expérience vernaculaire contemporaine ». Nous y expliquions nos intentions soutenues par quelques indispensables béquilles méthodologiques et la définition du mot vernaculaire issue de l’encyclopédie Larousse de 1973. Bref, tout cela avait l’air sérieux et chacun prit ses responsabilités. Nous venions d’obtenir l’autorisation administrative de l’Éducation Nationale de partir une semaine sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes avec une vingtaine d'étudiants ; ce n'était pas rien.

Pendant quelques semaines encore nous avons affiné ce projet avec toutes les personnes concernées en nous détachant petit-à-petit de la seule intention patrimoniale pour tenter de comprendre plus précisément ce que nous voulions saisir dans cette expérience de vie alternative. Le dessin d’architecture sert habituellement à anticiper et à optimiser la construction d’un édifice, ici tout était déjà construit et finalisé, rien ni personne n’appelait le travail d'une équipe d'architectes ; on peut même dire que tout le monde s’en méfiait !

Il ne s’agissait donc pas de faire des relevés pour ensuite faire des projets mais plutôt d’élargir le champ de la pratique architecturale à l’observation et à la description de situations librement construites. Sur place nous avions été interpellés par la forte présence des habitants-constructeurs dans l’ensemble des éléments matériels de leurs cabanes et par la très grande porosité qu’ils entretenaient entre intérieurs et extérieurs. Pour rendre compte de ces situations il fallait donc parvenir à dessiner la structure des constructions, leurs textures, mais également leurs alentours, les haies, les arbres, la boue, les liens/chemins, et tous les objets dont elles étaient peuplées pour essayer de montrer comment chaque ensemble de cabanes avait composé avec son milieu. En fait, nulle part nous n’avions à faire à une simple et compacte habitation, partout les cabanes se déployaient en de petites constellations de lieux individuels liés à un jardin et à un lieu commun pour partager les repas. Bien souvent, l’un et l’autre, c’est-à-dire le commun et l’individuel, étaient éloignés de quelques dizaines de mètres et la campagne surgissait entre eux. Il suffisait alors d’un arbre ou deux, d’une bourrasque de pluie ou d’un ciel étoilé pour tenir une juste distance entre chacun des membres de ces collectifs et faire entrer un peu de « nature » au cœur même de leurs dispositifs d’habitation. Ici, comme souvent, les lieux parlaient de la vie sociale et offraient une image assez claire de cette manière inhabituelle de tisser subtilement intérieurs et extérieurs, intimités et communs.

(…) En mars 2016, nous sommes donc partis passer une semaine sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes avec une vingtaine d’étudiants et une idée simple : décrire cette expérience à partir des lieux qui la composent et des pratiques qu’ils soutiennent. Il s'agissait en quelque sorte d'essayer de saisir l’écologie habitante de ce territoire par la matérialité de ses constructions.

(…) Évidemment, rien ne se passa comme prévu. À la première réunion organisée dans une grange de la Wardine où nous avions convié tous les habitants de la ZAD, et plus particulièrement ceux rencontrés au préalable qui s’étaient dit prêts à participer à notre travail, il n’y avait personne.

(…) Nous avons donc dû composer sur place avec le temps, la disponibilité de chacun et le hasard des rencontres malgré tout le travail d’anticipation et de repérage que nous avions effectué au préalable avec l’aide des amis de l’Université Populaire Anarchiste du Haut Fay. Finalement, ces modalités d’improvisation imposées par la ZAD nous semblaient appartenir à l’esprit du lieu et ne compromettaient en rien notre projet. Les différents sites auxquels nous avons eu accès ou pas constituent tous ensemble une assez bonne image de la diplomatie locale, de quelques règles de politesse élémentaires et de nos disponibilités réciproques ; il était impossible pour nous de rester plus longtemps que prévu avec les étudiants.

À ce moment-là, Cyrille Weiner était à l’étranger et n’avait pas pu se joindre à nous, mais compte tenu de la légitime méfiance de la plupart des habitant.e.s de la ZAD vis-à-vis des photos, son absence pendant cette semaine de relevés nous a sans doute facilité la tâche. Ce n’est finalement qu’au mois de novembre, avec une lumière blanche et diffuse de fin d’automne, que nous sommes allés avec Cyrille à Notre-Dame-des-Landes pour faire à nouveau la tournée des cabanes et tenter de les saisir par le regard. Toutes les photographies du livre « Notre Dame des Landes ou le métier de vivre » ont été réalisées en un seul mouvement par Cyrille Weiner, durant les quelques jours de traverse dans le bocage nantais.

De notre côté, nous étions donc rentrés à Paris avec notre récolte hétérogène de discussions, de dessins, de mesures et de sentiments qu’il fallait bien traduire et ordonner pour fabriquer un livre. Nous avons donc commencé à mettre les relevés au propre, à créer les fameuses bibliothèques d’objets et de textures, à voir précisément combien de lieux de vie nous allions finalement pouvoir retenir pour la publication, comment retranscrire les histoires que nous avaient confiées les habitants-constructeurs et toutes les questions habituelles qui accompagnent la finalisation d'un travail d’édition. Les étudiants se débattaient avec les brouillons, les mesures et les notes prises sur le vif pour tenter de retrouver des cohérences. Jusqu’à ce que surgisse une nouvelle complication : Patrick Bouchain nous annonça que sa collection s’arrêtait et qu’il nous fallait donc trouver un nouvel éditeur !

Benoît Santiard, l’un des graphistes de Building Paris, avec qui nous travaillons régulièrement dans le cadre de nos activités pédagogiques, était en train de finaliser un livre pour les éditions Loco. Nous avions déjà parlé avec lui du travail sur les cabanes de Notre-Dame-des-Landes en espérant qu’il puisse nous rejoindre sur ce projet. Nous sommes donc allés voir Éric Cèze et Anne Sweibaum des éditions Loco qui se sont montré tout de suite enthousiastes ; cette fois l’équipe était au complet et nous avions gagné la participation rapprochée d'un graphiste.

Nous avons donc remis l’ouvrage sur le métier, réinterrogé le format, le choix des papiers, de la mise en page, bref, nous avons repris l’économie générale du projet. Après une campagne de financement active, le livre put voir le jour.

(…) Ce livre est donc le résultat d'une longue aventure, il est l’actualisation d'un cheminement au cours duquel nous avons tenté de tresser pédagogie, architecture et édition. Mais au-delà de cette expérience nous espérons surtout que les dessins, les textes et les photographies réunies ici sauront dire la qualité de présence que nous avons rencontré sur la ZAD ; une présence habitante concentrée sur le métier de vivre et les actes essentiels que cela réclame. Ce sont précisément les gestes simples dont sont faits les jardins, les cabanes et la vie quotidienne qui se déploient ici entre les haies que nous avons essayer de traduire avec nos outils. L’art d’habiter la surface de la Terre dont l’architecture fait son métier pourrait aussi se dire l’art de composer délicatement avec les autres et avec les milieux, et l’on comprendra facilement avec les exemples présentés dans ce livre que cela n’a rien à voir avec l’art du monument. Si toutes ces constructions semblent bricolées et peu savantes elles répondent toutes avec une certaine efficacité aux nécessités qu’elles se sont fixées. S’installer correctement sur un site en fonction de la topographie, des accès, de la lumière, des jardins, des arbres.... se protéger de la pluie, du froid, du soleil et des regards, pouvoir faire à manger, lire tranquillement, discuter, faire la fête ou se retirer, dormir, faire sa toilette, contempler le paysage..., rien de cela ne manque à ces étranges bricolages et ne parlons pas du bilan écologique qui ferait pâlir le plus performant des écoquartiers. Ainsi s’inventent simplement dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes d’autres manières de vivre qui se tissent loin des centres commerciaux et des aéroports, avec d’étranges maisons, de grands jardins potagers et des relations au monde réinventées. 

Nous voilà aujourd'hui au bout de notre aventure éditoriale mais celle de la ZAD de Notre-Dames-des-Landes ne fait que recommencer. Au mois de janvier 2018, le gouvernement français a renoncé officiellement à la construction d’un nouvel aéroport sur ce site, ouvrant ainsi la possibilité d’ancrer cette expérience de vie décroissante dans la durée. Mais en avril et mai 2018, ce même gouvernement a envoyé 2 500 gendarmes lourdement équipés pour détruire une trentaine de cabanes.

Le Phare, la Cabane sur l’Eau et la Noue Non Plus dont vous trouverez les dessins à la fin de ce livre en font partie. Pendant un mois et demi cette opération de destruction a plongé la ZAD dans une ambiance de guerre avec véhicules blindés, drones, grenades lacrymogènes, grenades assourdissantes, hélicoptères survolant les lieux jour et nuit pour réveiller/épuiser les habitants, bulldozers, camions pour évacuer les matériaux, occupation du territoire et contrôle de tous les accès. À l’heure actuelle, été 2018, il reste cependant l’essentiel des implantations en dur de la ZAD et cette nouvelle opération ne semble pas avoir entamé la volonté commune des habitants de ce territoire d’installer ici et pour longtemps d’autres manières de vivre, plus libres, plus solidaires, plus délicatement négociées avec les milieux, plus sobres en terme de consommation énergétique ou autrement dit plus responsables et plus heureuses. 

Nul ne sait pour l’instant ce qui adviendra de ce territoire, mais il pourrait devenir un exemple de composition politique située dont le monde a bien besoin. 

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Extrait de « Le métier de vivre »
Notre Dame des Landes ou le métier de vivre, éditions Loco, octobre 2018.

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Aux quatre coins de la planète, des étudiants, des universitaires, des chercheurs, mais aussi des lycéens ou des enseignants, se mobilisent pour s’opposer aux politiques néolibérales et conquérir de nouveaux droits. Et la plupart du temps, nous n’en savons rien ou si peu…
Nous nous proposons donc de tenir sur ce blog une « météo des luttes », organisée sous la forme de textes courts, de « brèves », suivis de liens à consulter ou de documents à télécharger.
Dans ce bulletin météo, nous vous signalons quelques-uns de ces combats, locaux et universels...

All over the world, students, academics, researchers, as well as high school students and teachers are mobilizing to oppose neoliberal policies and conquer new rights. But most of the time, we hear little or no wind of it...
We therefore propose to keep on this blog a “barometer of struggles” organized in the form of news in brief, followed by links to consult or documents to download.
In this weathercast, we signal to you a few of these recent fights, local and universal…

Überall auf der Welt kämpfen Studierende, Lehrende und Forschende, aber auch SchülerInnen oder gar Eltern, gegen neoliberale Politik und für neue Rechte. Davon erfahren wir in der Regel nur wenig…
Auf dieser Seite verzeichnen wir also einen wissenschaftlichen Streikwetterdienst aus kurzen Texten und Meldungen mit Links und Dokumenten zum Herunterladen.
In diesem Bericht stellen wir Euch einige dieser lokalen und allgemeinen Kämpfe vor.

En todas partes del mundo, estudiantes, académicos, investigadores, pero también estudiantes y profesores de secundaria se movilizan para oponerse a las políticas neoliberales y conquistar nuevos derechos. Pero la mayor parte del tiempo, no sabemos nada o muy poco....
Por lo tanto, proponemos mantener en este blog un "barómetro de las luchas", organizado en forma de resúmenes, seguidos de enlaces para consultar o documentos para descargar.
En este reporte meteorológico, señalamos algunas de estas luchas, locales y universales…

In tutto il mondo, studenti, accademici, ricercatori, ma anche studenti delle scuole superiori e insegnanti si stanno mobilitando per contrastare le politiche neoliberali e conquistare nuovi diritti. E il più delle volte non ne sappiamo nulla, o molto poco...
Proponiamo quindi di tenere su questo blog un "meteo delle lotte", organizzato in forma di brevi testi, seguiti da link da consultare o documenti da scaricare.
In questo bollettino meteorologico, diamo notizia di alcune lotte, locali e universali…

Em todo o mundo, estudantes, acadêmicos, pesquisadores, mas também estudantes do ensino médio e professores estão se mobilizando para se opor às políticas neoliberais e conquistar novos direitos. E, na maioria das vezes, não sabemos nada ou tão pouco acerca disso...
Propomos portanto manter neste blog um "clima das lutas", composto por textos curtos, "resumos", seguidos de links para consulta ou documentos para download.
Neste boletim meteorológico, relatamos algumas dessas batalhas, locais e universais…

  1. En Afrique
    • Guinée
      Après plus de trois mois de grève liés à des revendications salariales, les enseignants ont repris les cours car un accord a enfin été trouvé avec le gouvernement.
    • Niger
      NewImageLes enseignants-chercheurs ont lancé une grève de 72 heures à partir du 18 février. Leurs revendications portent sur de meilleures conditions de vie et de salaire ainsi que sur la poursuite des élections des recteurs des universités du pays par toute la communauté universitaire et non par nomination du ministère de l’Enseignement supérieur.
    • République démocratique du Congo
      Après trois jours de coupure d’eau et d’électricité sur le campus de l’Université de Lubumbashi suite à des pluies diluviennes, une manifestation des étudiants a mal tourné le 27 janvier.
    • Sénégal
      Les étudiants de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis continuent de réclamer leurs bourses en ce début d’année 2019 et ont décrété un mot d’ordre de grève de 48 heures. Ils sont aussi en colère contre les ruptures d’approvisionnement de l’eau potable au sein du campus et la non-disponibilité du WIFI.

      Au printemps 2018, comme en 1968, c’est pour réclamer des bourses d’un niveau suffisant que les étudiants sont descendus dans la rue et que des heurts importants ont eu lieu avec les forces de l’ordre tuant un étudiant de l’UGB par balle le 15 mai.

    • Tunisie
      NewImageAlors que le Fonds monétaire international presse le gouvernement tunisien de geler les salaires du secteur public afin de réduire le déficit budgétaire, un mouvement de grève a été massivement suivi dans la fonction publique depuis novembre dernier. Un accord sur les augmentations salariales a finalement été signé le 7 février par le gouvernement et l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens), annulant par là-même la grève générale qui était prévue les 20 et 21 février. Toutefois, selon le secrétaire général de l’UGTT, la mobilisation du personnel du secondaire doit se poursuivre tant que le dossier des retenues sur les salaires du personnel gréviste n’est pas réglé.
  2. En Amérique Latine
    • Colombia
      NewImageEntre octubre y diciembre de 2018, los estudiantes han convocado acciones de lucha en todo el país no sólo para exigir más presupuesto para las universidades públicas sino también para denunciar los crímenes de líderes sociales y la represión durante las marchas. Los estudiantes, los profesores y el Gobierno Nacional de Ivan Duque llegaron a un acuerdo el 14 de diciembre de 2018. A ver cómo va a suceder con la mesa de diálogo entre los diferentes actores para seguir e implementar concretemente los acuerdos…
  3. En Amérique du Nord
    • United States
      More than 30 000 teachers on the streets of Los Angeles on January 14. Something we have not seen since 1989 ! These teachers of public schools are fighting to get higher salaries and better learning environment for children who are often more than 40 in a class. The strike could snowball in the United States and help to strengthen the fight against privatization of education.

      Following Los Angeles, labour actions took place in half a dozen states. In Denver, after a three-day strike, a first in 25 years, teachers won on February 14. Denver School District will allow an average 11.7 percent pay raise and annual cost of living increases. This « historic deal », as described by the Denver Teachers School Association (DTSA), addresses the teachers’ biggest concern about the unfair and non-transparent merit-pay system.

      In West Virginia, teachers walked off the job for a second time in the year on tuesday 19 February. But this time, they are not fighting for pay raises. They’re protesting Republican efforts to privatize public education.

  4. En Europe
    • Albanie
      En réaction à la hausse annoncée des droits d’inscription, des milliers d’étudiants albanais étaient dans la rue le 11 décembre 2018. Cette révolte étudiante, qui bouscule le pouvoir, remet en cause non seulement la démocratie mais aussi les politiques néolibérales appliquées par les principaux partis, analysent Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin dans un article de Mediapart.
    • Belgique
      Des dizaines de milliers d’étudiants soutenus par l’association Youth for climate, « brossent » les cours….
    • France
      Carre rouge soutien 600Le 19 novembre 2018, le Premier Ministre Édouard Philippe a annoncé l’augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers non-européens. La mesure, présentée comme un vecteur de ressources nouvelles dans une stratégie d’attractivité internationale des universités françaises, prévoit une hausse de près de 1600% de ces frais ! Pour s’y opposer, de nombreuses mobilisations se poursuivent dans tout le pays, organisées par les principaux syndicats (FAGE, Solidaires, UNEF), ainsi que des collectifs d’étudiants et d’enseignants-chercheurs.

      Au cours des semaines, les mobilisations s’intensifient et se diversifient. Pour suivre en direct l’évolution du conflit, le site du collectif université ouverte recense les actions en cours et prévues dans toute la France, dans l’attente de la parution d’un décret.

      Les étudiants appellent par ailleurs à une convergence des luttes avec les lycéens, les syndicats, le mouvement des gilets jaunes et la lutte pour le climat.

      De leur côté, des enseignants en colère du primaire, du secondaire ou de l’enseignement agricole réclament une revalorisation de leurs salaires, une meilleure reconnaissance de leur métier et moins de précarité. Organisés sur les réseaux sociaux, ces « stylos rouges » regroupent 60 000 internautes sur Facebook, se mobilisent un peu partout en France et ont publié un manifeste téléchargeable ici.

    • Germany
      In Berlin, thousands of students held a strike against the coal Commission on Friday January 25th demanding an end to fossil fuels. Germany's deal sets a 2038 end date for coal, but it's not ambitious enough
    • Netherlands
      An estimated 10,000 students marching through The Hague to protest climate change on February 7th.
    • Suisse
      Une mobilisation de la jeunesse d’ampleur nationale en faveur du climat s’est déroulée, le 18 janvier, dans 15 villes helvétiques dont Neuchâtel, Zurich et Genève.
    • United Kingdom
      NewImageAfter the strikes against pension cuts in 2018 voted in 61 universities through the University and College Union (UCU) action, new strikes dates are announced at 16 English colleges in pay row, starting on Tuesday 29 January.
  5. En Océanie
    • Australia
      Thousands of school students protest and walk out of class on Fridays and will be ready to follow the global strike4 on climate on March 15.

À l’origine de notre Internationale

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L’idée de l’Internationale des Savoirs pour Tous est née le 25 mai 2018, au cours d’une journée de débats sur l’Enseignement supérieur et la Recherche (ESR), organisée à l’Assemblée Nationale par « La France Insoumise ». 

Alors que se déroulait, au même moment, une énième messe néolibérale liée au processus de Bologne, cette rencontre, intitulée « Pour une Université européenne insoumise » et dont on trouvera ici le programme complet, visait plusieurs objectifs :
- passer au crible de la critique les fondements, la mise en œuvre et les conséquences des politiques libérales de l’ESR en France, en Europe et dans le monde,
- dresser un état des lieux des luttes des étudiants et des personnels de l’ESR, que celles-ci soient passées ou en cours et au niveau local, national ou à l’échelle internationale,
- démontrer qu’il existe désormais, dans quasiment tous les pays, des revendications, des propositions de réforme, des programmes alternatifs aux politiques néolibérales de l’ESR.

Cette journée, qui donna lieu à plusieurs tables-rondes et ateliers dont on peut voir ici la restitution filmée, fut couronnée de succès. D’une part, elle rassembla un large public (étudiants, universitaires, chercheurs, militants associatifs, syndicaux et politiques) en provenance de nombreux pays (Allemagne, Argentine, Colombie, Espagne, France, Grèce, Italie, Royaume-Uni, Suède…). D’autre part, la qualité des interventions, la richesse des débats, furent l’occasion pour les participants d’identifier de multiples points de convergence et donnèrent à chacun l’envie de continuer, de se fédérer.

Au cours de l’été, un appel commun à la création d’un réseau alternatif mondial de l’ESR fut donc rédigé. Intitulé dans sa version française « La science pour le plus grand nombre, pas pour l’argent », il fut traduit en plusieurs langues (anglais, espagnol, italien, portugais) et adressé pour signature aux participants de la journée du 25 mai, ainsi qu’à certains de leurs contacts. Bien que diffusé avec très peu de moyens, cet appel connut un écho certain. Fin 2018, plus de 100 signataires, individus ou collectifs, représentant 22 pays, avaient rejoint le réseau.

Le temps était donc venu de lui donner un nom et de le rendre plus visible, plus actif. Ainsi naquirent « L’Internationale des Savoirs pour Tous » et ce blog pour contribuer à sa vitalité.

Dakar Call for an Exceptional World Research Program

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Dakar Call for an Exceptional World Research Program

Appel de Dakar pour un Projet de recherche mondial exceptionnel

The 22nd General Assembly of the World Federation of Scientific Workers met in Dakar on December 8th, 2017. It agreed to call upon governments, the world scientific community and all the inhabitants of our planet facing a serious environmental crisis, in order to launch an exceptional research project to an amount of about 1200 billion euros per year, based on the principles of cooperation and solidarity. It is a global and urgent requirement.

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Climate, biosphere, oceans…, the Earth system is destabilized. It enters unknown territory. The living conditions of all humanity and even that of all animal and vegetal beings are threatened. Ultimately, the very survival of the human species could be posed. The way that human activities are currently carried out is at the root of this situation. A rapid and deep transformation of how these activities are being developed is indispensable. A technical, ecological and even civilizational transition, that benefits all human beings, must bring about a change in the relationship between humanity and the Earth system, ensuring the conditions for its survival, for peace, well-being and life fulfillment of all populations. These stakes are global. They require a takeover by and mobilization of all nations, all populations and all sectors of activity. Such a transition requires that:
– the principles of solidarity and cooperation overcome the principle of competition;
– new financing and technology transfer mechanisms be implemented adapted to the needs and trajectories of the different countries;
– procedures be developed that take into account the needs, uses and specific knowledges of populations;
– inequalities be reduced.

A major contribution of research – including the social and human sciences – is essential for such a transition. With that aim, it is important to put an end to policies primarily focused on meeting the demands of multinational companies and on promoting the competitiveness of the territories subject to extreme international economic competition created by free trade agreements. Key sectors, such as education, energy, health, agriculture, food, industry, are strategic for the future of humanity. They require the establishment, under the umbrella of the United Nations, of an agency, with the necessary legal and financial resources, responsible for an international program of the transition, based on global aims and with enough flexibility to consider, and be enriched by, local and national specificities. This transition program must include exceptionally major research programs of a size unmatched by current ones, and subordinated to the principles of cooperation and solidarity. Such major international research programs shall also be supported by current national and international research networks and programs. It is urgent to reach exceptional levels of financial investments of the order of 1200 billion euros, about the 2% of the world PIB, to mobilize the world scientific power towards these projects, without any exclusion, allowing for the participation of all countries.

At stake it is the achievement of the following objectives:
– increasing energy efficiency and reducing cost of generating, storing and transporting renewable energy, while drastically minimizing adverse environmental and health effects; stopping all exploitation of fossil fuels as soon as possible;
– increasing uptake of carbon dioxide by agricultural soils and through reforestation, and using CO2 as a raw material to obtain carbon based chemicals, fuels and materials;
– reducing agricultural methane emissions; improving the nutritional and sanitary quality of the diet; strongly reducing the negative effects on health and the environment resulting from human activities;
– preserving freshwater sources, rivers and oceans and allowing universal access to drinking water; preserving biodiversity;
– developing technologies and techniques adapted to the diversity of local situations, especially in their cultural, environmental and climatic conditions (for instance, housing or energy).

In this twenty-first century, the preservation of the Earth system and of all the common goods of humanity, the lasting well-being and the life fulfillment of all human beings, shall be the objectives and the compass that guide the scientific community, and beyond it all the human community. The World Federation of Scientific Workers (WFSW) works to define, promote and implement strategies to achieve the above mentioned goals. It calls on scientists from all countries to be committed to this task and, in cooperation, contribute to the achievement of these goals, and more broadly to the development of an unstoppable international movement capable of achieving them. The WFSW will direct this call to UN organizations and promote it through international NGOs, regional and international labor movements and labor confederations, and appeal to the world citizens to bring the call to the attention of their respective governments.

La 22e Assemblée Générale de la Fédération Mondiale des Travailleurs Scientifiques (FMTS) s’est tenue à Dakar, en décembre 2017. Face à la crise environnementale, elle a décidé d’appeler la communauté scientifique et toutes les populations de la planète à la mise en place d’un projet de recherche international exceptionnel, d’une hauteur de 2% du PIB mondial, soit environ 1200 milliards d’euros annuels, fondé sur les principes de coopération et de solidarité. Il s’agit d’une exigence mondiale et urgente.

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Climat, biosphère, océans…, le système Terre est déstabilisé. Il entre dans une ère inconnue. Les conditions de vie de l’ensemble de l’humanité et des autres espèces animales et végétales sont menacées. A terme, la survie même de l’espèce humaine est posée. Le type d’activités humaines actuel constitue la cause de cette situation. Une transformation rapide et profonde de celles-ci est indispensable. Une transition technique, écologique et civilisationnelle, bénéficiant à tous les êtres humains, doit permettre une évolution du rapport entre l’humanité et le système Terre, assurant à l’humanité les conditions de sa survie, de la paix, du bien-être et de l’épanouissement de chacune de ses populations. L’enjeu est planétaire. Il exige une appropriation et une mobilisation de l’ensemble des nations, des populations et des secteurs d’activité. Il nécessite :
– que les principes de solidarité et de coopération doivent supplanter celui de concurrence ;
– la mise en œuvre de mécanismes de financement et de transfert de technologies adaptés aux besoins et aux trajectoires des différents pays ;
– le développement de dispositifs permettant de prendre en considération les besoins, les usages et les savoirs des populations ;
– une réduction des inégalités.

Une contribution majeure de la recherche – y compris en sciences humaines et sociales – est indispensable à cette transition. Pour ce faire, un terme doit être mis aux politiques qui tendent à principalement orienter la recherche vers la satisfaction des demandes des entreprises multinationales, et vers le soutien à la compétitivité des territoires soumis à une concurrence économique internationale aggravée par les accords de libre-échange. Des secteurs clés tels que l’éducation, l’énergie, la santé, l’agriculture, l’alimentation, l’industrie, sont stratégiques pour le devenir de l’humanité. Ils nécessitent la mise en place, sous l’égide de l’ONU, d’une agence – disposant des moyens juridiques contraignants et financiers nécessaires – en charge d’une programmation internationale de la transition, fondée sur des objectifs globaux et sur une flexibilité permettant de prendre en considération – et de s’enrichir- des spécificités nationales et locales. Cette programmation doit inclure des programmes de recherche internationaux d’une ampleur exceptionnelle, sans commune mesure avec les programmes actuels, organisés selon les principes de coopération et de solidarité. Ces programmes de recherche internationaux doivent être soutenus par les programmes et les réseaux de recherche internationaux et nationaux existants. il est urgent de passer à un niveau exceptionnel d’investissement financier – de l’ordre de 1 200 milliards d’euros, soit 2 % du PIB mondial – pour mobiliser les forces scientifiques mondiales dans ces projets, sans exclusive, avec la participation de tous les pays.

Il s’agit de contribuer à la réalisation des objectifs suivants :
– augmenter l’efficacité énergétique et diminuer le coût de la production, du stockage et du transport des énergies renouvelables tout en réduisant drastiquement les effets négatifs aux plans environnemental et sanitaire ; cesser au plus vite toute exploitation d’énergies fossiles ;
– augmenter la captation de dioxyde de carbone par les sols agricoles et la reforestation, utiliser le CO2 comme une matière première pour produire des composés chimiques, des combustibles et des matériaux à base de carbone ;
– réduire les émissions agricoles de méthane ; améliorer la qualité nutritive et sanitaire de l’alimentation ; réduire fortement les effets négatifs aux plans environnemental et sanitaire de l’ensemble des activités humaines ;
– préserver les sources d’eau douce, les rivières et les océans et assurer un accès universel à l’eau potable ; préserver la biodiversité ;
– développer des technologies et des techniques adaptées à la diversité des situations locales, notamment dans leurs dimensions culturelle, environnementale et climatique (par exemple dans les domaines de l’habitation ou de l’énergie).

En ce XXIe siècle, la préservation du système Terre et de l’ensemble des biens communs de l’humanité, le bien être durable et l’épanouissement de l’ensemble des humains, constituent les objectifs et la boussole devant orienter la communauté scientifique, et au-delà l’ensemble de la communauté humaine. La Fédération Mondiale des Travailleurs Scientifiques (FMTS) se mobilise pour la définition, la promotion et la mise en œuvre de stratégies visant ces objectifs. Elle appelle les scientifiques de tous les pays à s’engager dans des coopérations contribuant à la réalisation de ces objectifs, et plus largement dans le développement d’un mouvement international puissant en capacité de les atteindre. La FMTS portera les exigences de cet appel auprès des organisations de l’ONU et en fera la promotion auprès des ONG internationales et des fédérations et confédérations syndicales internationales et régionales. Elle appelle les citoyens du monde à porter cet appel devant leurs gouvernements.

Posted on February 12, 2018 at https://fmts-wfsw.org/

Publié le 12 février 2018 sur https://fmts-wfsw.org/