Catastrophisme, pétitionisme ou petitsgestisme : comment se prétendre écolo et rester bourgeois

Nous publions ci-dessous l’éditorial d’août 2019 de la revue française Frustrations, critique sociale pour le grand public. S’il n’entre pas dans le vif de notre sujet de prédilection – l’enseignement supérieur et la recherche – il a un double mérite : il ne mâche pas ses mots, n’en déplaise à certains, et porte sur trois grands leurres idéologiques qui font bien des dégâts en ces temps de changement climatique, en France comme dans le monde entier. Vivifiant donc, et destiné à tous, universitaires et chercheurs inclus.

La Rédaction du blog

L’été a été riche en actualités alarmantes, illustrant désormais dans notre quotidien et celui des autres ce qui n’était qu’une idée assez abstraite il y a encore dix ans : le réchauffement climatique détraque notre climat et le système capitaliste détruit la nature et ce qu’elle nous offre pour vivre. Le mode de vie qui nous est imposé d’en haut (« tous les jeunes devraient vouloir être milliardaires », selon notre cher président) et les contraintes de la désorganisation néolibérale (temps de transport pour aller travailler, délocalisation et mondialisation des productions, agriculture intensive...) font tous de nous des participants actifs à ce processus d’auto-destruction de notre lieu de vie.

Tous!? Noooon, un petit village d’irréductibles connards collabore et planifie bien plus que les autres à cet état de fait : les bourgeois. Ils sont à la tête ou au service actif du système économique qu’ils ont eu la joie d’étendre à toute la planète : le capitalisme, qui se base sur la subordination du travail à la fructification du capital, qui fait des dirigeants ceux qui possèdent et non ce qui bossent ou qui vivent, qui subordonne toute considération morale, politique ou écologique au nécessaire enrichissement des actionnaires, et qui de fait rend impossible une gestion des ressources et des modes de vie différente. Répartis en strates successives, des 0,001% de très riches aux notables de province, professions libérales et une bonne partie des médiacrates, les bourgeois sont a priori les derniers à pouvoir donner de vertes leçons car ils sont les principaux responsables de ce qui nous arrive.

On parle en effet de gens qui soutiennent et qui votent pour les gouvernements qui appuient avec force la constante dérégulation de l’économie, le retrait des administrations et des entreprises publiques, la réduction des barrières douanières : bref, des gouvernements dont la principale action est de désarmer nos pays face au capitalisme et ses effets écocidaires. Qui a fait élire Bolsonaro au Brésil, qui accompagne avec force les mouvements capitalistiques contribuant aux énormes incendies de l’Amazonie qui affolent à juste titre tout le monde ? Les bourgeois. Qui a soutenu médiatiquement ou financièrement Macron en France !? Les bourgeois. Tout Paris, la capitale de la bourgeoisie plus que de la France, a voté et porté Macron aux nues.

Or, ces gens sont confrontés comme nous tous à l’avalanche d’informations, analyses et faits bruts qui illustrent l’extrême incompatibilité entre une économie basée entre autre sur la capacité à produire le moins cher possible des choses inutiles et malsaines que des armées de professionnels sont chargés de faire bouffer ou acheter au reste du monde, et l’adaptation raisonné de nos vies à ce nouveau climat et à la préservation de ce qui n’a pas encore cramé, ne s’est pas encore éteint, n’est pas encore radioactif.

Du coup, à en croire les réseaux sociaux et la presse, le bourgeois de 2019 serait profondément écolo. Il n’y a pas une pétition qu’il ne signe pas, il n’y a pas une actualité catastrophique qu’il ne relaie pas en commentant « on en est là » ou « quel monde va-t-on laisser à nos enfants ». C’est possible pour lui de le faire car désormais le Net comme l’édition médiatique ou livresque regorge de théories ou de dogmes qui permettent aux possédants ce miracle moral : pouvoir se sentir vent debout sur les questions écologiques sans remettre en cause le système économique dont il bénéfice et qu’il défend bec et ongle.

Petitsgestisme : doctrine individualiste inefficace et inconséquente consistant à mettre en scène sa participation au combat écologique

Premier ensemble théorique, largement documenté et dénoncé dans notre magazine : le petitsgestime. Il s’agit d’une doctrine individualiste qui consiste à dire que si chacun y met du sien dans son coin (et en parle sur ses réseaux sociaux), on peut venir à bout de tous les problèmes – sans nationaliser des entreprises et transformer l’économie. « Je ne fais pas de politique », pense le bourgeois petitsgestiste. Je change mon quotidien, je me change moi, et ainsi, je change le reste du monde.

Cette théorie se heurte évidement à deux gros obstacles : d’abord, son inefficacité patente, comme si on pouvait attendre face à une question énorme et urgente que des milliards de volontés individuelles additionnées puissent faire le taf. Ce serait comme si en 1936 le Front populaire avait appelé les patrons à donner des congés en plus aux salariés, et que certains avaient dit « si chacun s’y met, on peut vraiment améliorer la condition ouvrière en France ! ».

La comparaison tient aussi avec le second obstacle : non, tout le monde n’est pas également responsable face à la catastrophe écologique. « l’Humain » n’est pas le coupable. Allez donc demander au paysan bosniaque qui cultive son petit terrain sans engrais, qui possède un petit téléviseur et qui ne part pas en vacances de « faire des efforts pour sauver la planète ». Les classes bourgeoises de l’ensemble de la planète ont quant à elle un mode de vie dispendieux, avec leurs voyages en avion (l’hiver dans les Alpes, l’été à Mykonos, l’automne à Bali), leurs résidences secondaires et le simple fait qu’elles sont la classe qui dirige et promeut le système capitaliste qui casse tout.

Le bourgeois petitsgestiste ne se donne donc que des « challenges » qui ne l’affecteront qu’à la marge, tout en lui donnant un atout sacrificiel et moral qui servira de nouveau privilège de classe. Pratiquer le zéro déchet mais être cadre dans le marketing, manger bio mais voyager aux 4 coins du monde... Il ne « remettra en question son mode de vie » que durant son temps libre et à la limite ses vacances : aucun article de Slateou du Huffington Postne porte sur la nocivité écologique de leur temps de travail, consacré à manager, organiser et développer l’économie capitaliste. C’est bien la preuve que pour le bourgeois, l’écologie petitsgestiste est un loisir de distinction sociale comme un autre.

Pétitionisme : pratique sociale consistant à faire appel au bon cœur de gouvernements corrompus en feignant de croire qu’ils ont en tête « l’Interêt Général »

La seconde attitude fort répandue est le pétitionisme, ou l’art de faire de grands sermons et de grandes déclarations, adressés aux gouvernements, en faisant semblant de croire que ça fonctionnera, pour pouvoir se dire qu’on a fait quelque chose et qu’on est du bon coté de la morale. « Affaire du siècle », tribune enflammée, appels aux gouvernements du G20 ou G7... Les acteurs, philosophes ou autres « figures de la société civile » en raffolent.

Pour signer ce genre d’adresses solennelles, il faut croire que les députés, présidents et ministres sont des gens qui ont un petit cœur qui bat et qui songent d’abord à l’Intérêt Général. Et qu’en lisant votre texte et surtout en voyant votre joli nom paraphé en bas de ce vibrant manifeste, ils font se dire « alala mais oui Juliette Binoche dit vrai, vite j’appelle Bercy pour mettre fin au CETA et sortir du productivisme ». Il est plus efficace d’aller casser des permanences de députés LREM pour qu’ils se sentent menacés que de faire appel à leur bon cœur, qui bat pour les riches et pour les riches uniquement. Il faut vraiment être bien à l’aise pour penser qu’il peut en être autrement : seuls les bourgeois croient que les politiques se battent pour l’Intérêt Général, puisqu’il s’agit de leur propre intérêt, et qu’ils ont toujours eu la fâcheuse tendance à confondre les deux.

Encore plus affligeants sont les pétitions et les appels adressés à « l’opinion publique ». Là, il s’agit de dire aux gens « prenez conscience de ce qui nous arrive et agissez ! ». Sans dire comment, et en présupposant qu’on aurait tous le pouvoir, entre nos mains, de changer le cours des choses. Là encore, on parle de bourgeois qui, connaissant personnellement tel député ou tel maire, pensent que tout le monde a le bras aussi long qu’eux. Appeler les peuples à agir alors que la totalité d’entre eux ont vu leur pouvoir confisqué par une petite élite au terme de suffrages censitaires est bête ou cynique. Mais là encore, ça fait du bien à l’égo.

Catastrophisme : ensemble de théories quasi-religieuses décrivant l’épouvante à venir, culpabilisant « l’Homme » plutôt que les puissants et appelant à des solutions fumeuses et conservatrices

Le catastrophisme est la troisième attitude, et certainement la plus branchée du moment : incarnée notamment par les tenants de la « collapsologie », elle consiste en la lecture et le partage de grands textes semi-religieux, parlant d’effondrement, « d’anthropocène » (pratique, encore une fois tous les hommes sont coupables, y compris les millions qui ne mangent pas à leur faim)... Et appelant à une sorte de résignation collective, mais joyeuse, face à cette catastrophe, et l’adoption d’un nouveau mode de vie plus frugal, au sein de « biorégions ».

Le gros avantage politique de ce genre de théories d’apparence très radicale (ce qui fait leur charme subversif), c’est qu’elles font peu de liens entre le monde réel et le monde qu’elles décrivent : pleines de gros concepts chocs et abstraits (« Humanité », « Planète », « Effondrement », « Civilisation »...) elles ne traitent qu’à la marge du monde capitaliste concret avec ses dominants, ses dominés, ses collabos, ses victimes... On est tous mis dans le même panier de l’effondrement, et en prime on doit s’y résigner (mais « joyeusement » et avec spiritualité). Combattre les politiques néolibérales, les multinationales et les politiques vendus n’est plus au programme.

Et d’ailleurs, si rien n’est fait pour sauver les planètes, c’est parce que nous vivrions tous dans le déni, et que tout cela sera affaire de psychologie sociale et non de la confiscation du pouvoir par une petite minorité qui n’agit que pour s’engraisser. C’est ce qu’ils nous soutiennent dans leur dernière tribune dans Le Monde, qui appelle à « changer de modèle culturel ». Les tenants de la collapsologie, dont le désormais célèbre Pablo Servigne, y évoquent ces « biorégions » qui correspondent en fait à des changements d’échelles, à la fois « conviviaux » et « complexes », des modes de production. C’est effectivement intéressant et séduisant, mais ça ne parle jamais ô grand jamais des rapports de pouvoir. Ni même de fin du libre-échange, ni de barrière douanière. Le mot capitalisme n’apparaît d’ailleurs pas une seule fois dans la tribune. Et naturellement, aucune piste concrète n’est donnée pour atteindre cet état de fait. Seuls ceux qui en ont la possibilité et les moyens peuvent tenter ce retour à la campagne et à des liens plus locaux.

En s’adressant au lecteur du Monde, les collapsologues ne s’adressent pas à l’électeur, ni au décideur. Ils s’adressent à des gens à qui ça fera du bien d’entendre parler de ce genre d’utopie qui ne touche pas à leurs privilèges, et qui peut correspondre à un horizon individuel de vie, pour une super reconversion, au mieux.

Petitsgestime, pétitionisme et catastrophisme sont trois doctrines qui font vendre du papier et qui génèrent du clic. Trois doctrines inoffensives et inefficaces grâce auxquelles les grands bourgeois peuvent dormir sur les deux oreilles, les petits bourgeois se sentir à la pointe du combat sans remettre en cause leur position de classe, tandis que les autres vont continuer d’en chier et de passer pour des indifférents parce qu’eux ne passent pas la journée à se lamenter et à prôner de grands gestes inutiles, pendant que la planète crame.

Première publication le 23 août 2019 sur
https://www.frustrationlarevue.fr/catastrophisme-petitionisme-ou-petitsgestime-comment-se-pretendre-ecolo-et-rester-bourgeois/

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Notre congrès à Marseille des 22 et 23 novembre 2019 : le compte rendu

Quelques remerciements tout d’abord :

  • au journal La Marseillaise qui nous a accueillis dans ses locaux,
  • à Jean-Pierre Brundu responsable de l’Université populaire de Marseille-Métropole et Boris Humbert pour la belle plaquette qu’il a réalisée,
  • à l’équipe de rédaction de l’Internationale des Savoirs pour Tous (IDST) et de son blog, Patricia Pol, Pierre Bitoun et Philippe Quandalle,
  • aux nombreux membres qui, faute de moyens financiers ou de disponibilité à la date fixée, nous ont envoyé des messages d’encouragement et, pour certains, des contributions écrites,
  • et, enfin, à tous les participants qui, de France ou d’ailleurs, sont venus à Marseille ou se sont connectés en visioconférence pour les débats de ces deux jours. Ainsi, bien sûr, qu’à Alexandre qui a refait devant nous sa conférence gesticulée, « Paye ta science », que tous les présents ont vivement appréciée.

First of all, a few words of thanks:

  • to the newspaper La Marseillaise who welcomed us in its building,
  • to Jean-Pierre Brundu in charge of the Université Populaire de Marseille-Métropole (UPOP) and Boris Humbert for the beautiful brochure he produced,
  • to the editorial team of the International of Knowledge for All (IKA) and its blog, Patricia Pol, Pierre Bitoun and Philippe Quandalle,
  • to the many members who, due to lack of financial means or unavailability on the set date, sent us messages of encouragement and, for some, written contributions,
  • and, finally, to all the participants who, from France or elsewhere, came to Marseille or connected by videoconference for the debates of these two days. And, of course, to Alexandre, who gave his gesticulated lecture, "Pay for your science", which was greatly appreciated by all present.

En primer lugar, unas palabras de agradecimiento:

  • al periódico La Marsellesa que nos acogió en sus instalaciones,
  • a Jean-Pierre Brundu, responsable de la Universidad popular de Marsella-Métropole (UPOP) y a Boris Humbert por el hermoso folleto que ha realizado,
  • al equipo editorial de la Internacional del Saber para Todos (IDST) y su blog, Patricia Pol, Pierre Bitoun y Philippe Quandalle,
  • a los numerosos miembros que, por falta de medios económicos o por no estar disponibles en la fecha fijada, nos enviaron mensajes de aliento y, para algunos, contribuciones escritas,
  • y, por último, a todos los participantes que, desde Francia o desde otros lugares, vinieron a Marsella o se conectaron por videoconferencia para los debates de estos dos días. Y, por supuesto, a Alejandro, que dio su conferencia gesticulada, "Paga tu ciencia", que fue muy apreciada por todos los presentes.

Intitulé « Vers une société du partage des savoirs, de tous, par tous et pour tous », le congrès s’est déroulé autour de trois principaux moments : qu’est-ce que la future société du partage des savoirs, de tous, par tous et pour tous ?, où en est-on, aujourd’hui, de cette société à venir ?, comment avancer, demain, vers cette société du partage des savoirs ?

On trouvera en lien les propos introductifs de Pierre et Patricia pour les deux premiers temps, un texte de Christian Laval sur le passage de « l’université néolibérale à l’université comme commun », le manifeste pour une université démocratique lancé par des universitaires canadiens, une contribution de nos amis du Sénégal, intitulée « Expériences alternatives : limites, bienfaits, pièges, espoirs », et l'intervention de Christophe Pébarthe, de l’université française de Bordeaux. Vous pourrez aussi écouter quelques morceaux choisis parmi les enregistrements des débats qui ont pu être faits au cours de ces deux journées.

Grâce à ces éléments et à la diversité des participants (agriculteurs, cadres, personnels de santé, étudiants, enseignants, universitaires, chercheurs du privé et du public, retraités ou en activité…), les débats ont été, de l’avis de tous, de très bonne qualité. Ils ont permis de mettre l’accent sur le nécessaire dépassement de la société capitaliste et productiviste, la montée d’une intelligence collective et les indispensables initiatives à construire, dans les murs comme en dehors des murs de l’université ou des institutions de recherche, et tant à un niveau local, national qu’international.

Au cours de ce congrès, un certain nombre de décisions ont été prises :

  • résoudre le manque de moyens financiers de l’IDST (création d’une association loi 1901 en France, mise en place d’un système de cotisations, recours éventuel au financement participatif pour certains événements, etc.).
  • lancer un projet de formation qui contribue à la décolonisation néolibérale des esprits et des institutions. José Manuel, de l’Université de Valence en Espagne, se charge de préciser ce projet alternatif aux masters de la prétendue excellence néolibérale et de nous transmettre sa proposition.
  • en réponse à la future et énième conférence ministérielle du processus de Bologne, organiser du 23 au 25 juin 2020 une nouvelle rencontre de l’IDST à Rome. Valeria Pinto, de l'université Federico II de Naples, qui a permis l’entrée dans notre réseau du mouvement Potere al Popolo, a bien voulu prendre en charge la préparation de cet événement et nous tient au courant.

Enfin, rappelons qu’à l’issue du congrès, nous avons naturellement appelé les membres de l’IDST, aujourd’hui présents dans 35 pays, à rejoindre les combats qui se développent un peu partout dans le monde contre les réformes néolibérales et les désordres engendrés par un capitalisme illimité, qui marchandise nos vies et met en péril l’avenir de la planète. Combats dont nous rendons régulièrement compte dans le billet « météo des luttes » de notre blog et bien d’autres articles. N’hésitez donc pas à continuer de nous envoyer vos contributions…

La Rédaction du blog

Entitled "Towards a society of the sharing of knowledge from all, by all and for all", the congress was organized around three main topics: what is the future knowledge-sharing society from all, by all and for all; where are we today in this future society; and how can we move tomorrow towards this society of the sharing of knowledge?

You will find in the link the introductory remarks of Pierre and Patricia for the first two topics, a text by Christian Laval on “the transition from the neo-liberal university to the university as common”, the manifesto for a democratic university launched by Canadian academics, a contribution by our friends from Senegal, entitled "Alternative Experiences: Limits, Benefits, Pitfalls, Hopes", and the communication of Christophe Pébarthe, from the French University of Bordeaux. You will also be able to listen to some of the recordings of the debates that were made during these two days.

Thanks to these elements and to the diversity of the participants (farmers, executives, health staff, students, teachers, academics, researchers from the private and public sectors, retired or active...), the debates were, according to every one’s opinion, of very good quality. They highlighted the need to move beyond capitalist and productivist society, the rise of a collective intelligence and the indispensable initiatives to be built, both within and outside the walls of universities and research institutions, and at local, national and international levels.

During this congress, a number of decisions were taken:

  • to resolve the lack of financial means of IKA (creation of a 1901 law association in France, setting up a system of membership fees, possible fund-raising through participatory financing for certain events, etc.).
  • launch a training project that contributes to the neo-liberal decolonization of minds and institutions. José Manuel, from the University of Valencia in Spain, is in charge of specifying this alternative project to the Masters of so-called neo-liberal excellence and to transmit his proposal to us.
  • to organise a new IKA meeting in Rome from 23 to 25 June 2020, in response to the future and umpteenth ministerial conference of the Bologna process. Valeria Pinto, from the University Federico II of Naples, who has allowed the Potere al Popolo movement to join our network, has kindly agreed to take charge of the preparation of this event and keeps us informed.

Finally, let us recall that at the end of the congress, we naturally called on IKA members, now present in 35 countries, to join the struggles that are developing all over the world against neo-liberal reforms and the disorders caused by unlimited capitalism, which commodifies our lives and endangers the future of the planet. We regularly report on these struggles in our blog's "barometer of struggles" post and many other articles. So do not hesitate to continue to send us your contributions...

Blog editorial team

Bajo el título "Hacia una sociedad del conocimiento de todos, por todos y para todos", el congreso se organizó en torno a tres temas principales: cuál es la futura sociedad del conocimiento de todos, por todos y para todos; dónde estamos hoy en esta sociedad futura; y cómo podemos avanzar hacia esta sociedad del conocimiento del futuro.

Encontrarán en el enlace las observaciones introductorias de Pierre y Patricia sobre los dos primeros temas, un texto de Christian Laval sobre « la transición de la universidad neoliberal hacia la universidad como común », el manifiesto por una universidad democrática lanzado por los universitarios canadienses, una contribución de nuestros amigos de Senegal, titulada "Experiencias alternativas: límites, beneficios, escollos, esperanzas", y las palabras de Christophe Pébarthe, de la Universidad francesa de Burdeos. También podrán escuchar algunas de las grabaciones de los debates que se realizaron durante estos dos días.

Gracias a estos elementos y a la diversidad de los participantes (agricultores, ejecutivos, personal sanitario, estudiantes, profesores, académicos, investigadores del sector privado y público, jubilados o activos...), los debates fueron, según todos los presentes, de muy buena calidad. Destacaron la necesidad de superar la sociedad capitalista y productivista, el surgimiento de una inteligencia colectiva y las iniciativas indispensables que hay que construir, tanto dentro como fuera de los muros de las universidades e instituciones de investigación, y a nivel local, nacional e internacional.

Durante este congreso se tomaron varias decisiones:

  • para resolver la falta de medios financieros de la IDST (creación de una asociación de derecho de 1901 en Francia, establecimiento de un sistema de cuotas de miembros, posible recurso a la financiación participativa para determinados eventos, etc.).
  • lanzar un proyecto de formación que contribuya a la descolonización neoliberal de las mentes e instituciones. José Manuel, de la Universidad de Valencia en España, es el encargado de concretar este proyecto alternativo a los “master” de la llamada excelencia neoliberal y de transmitirnos su propuesta.
  • En respuesta a la futura y enésima conferencia ministerial del proceso de Bolonia, organizar una nueva reunión de la IDST en Roma del 23 al 25 de junio de 2020. Valeria Pinto, de la Universidad Federico II de Nápoles, que ha permitido al movimiento Potere al Popolo unirse a nuestra red, ha aceptado amablemente encargarse de la preparación de este evento y nos mantiene informados.

Por último, recordemos que al final del congreso, llamamos naturalmente a los miembros de la IDST, presentes hoy en 35 países, a unirse a las luchas que se desarrollan en todo el mundo contra las reformas neoliberales y los desórdenes causados por el capitalismo ilimitado, que mercantiliza nuestras vidas y pone en peligro el futuro del planeta. Informamos regularmente sobre estas luchas en la entrada "barómetro de las luchas" de nuestro blog y en muchos otros artículos. Así que no duden en seguir enviándonos sus contribuciones...

La redacción del blog

Patricia Pol
Christophe Pébarthe
Valeria Pinto
Sabine Rubin
Hendrik Davi
José Manuel
Pierre Bitoun
Valeria Pinto & José Manuel

« Paie ta science ! », une conférence gesticulée

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Membre de l’Internationale des Savoirs pour Tous, Alexandre Hippert a créé une conférence gesticulée sur les rapports entre marchandisation du savoir et sacralisation de la science. On en trouvera ci-dessous le texte de présentation et la vidéo déjà en ligne via l’Université populaire du pays viennois, située dans le département de l’Isère. Un grand merci à lui pour cette conférence tout à fait en écho avec la critique et les idéaux de notre Internationale. Il sera d’ailleurs présent à Marseille, lors de notre congrès des 22 et 23 novembre prochains.

La Rédaction du blog

À travers une conférence gesticulée intitulée Paie ta science !, Alexandre Hippert, doctorant en laboratoire de traitement de l’information, propose d’explorer notre rapport au progrès et à la connaissance scientifique. En puisant dans sa jeune expérience de l’enseignement supérieur et la recherche, naviguant entre découvertes scientifiques révolutionnaires, émancipation politique et anecdotes amoureuses, Alexandre nous invite à la réflexion sur la place du chercheur et du citoyen dans notre société. Une des idées est de déconstruire le « mythe » du savant et la perception du progrès scientifique dans l’imaginaire collectif et de dénoncer son instrumentalisation par l’industriel et le politique. Comment se fait-il qu’un pan entier de la connaissance financé par des fonds publics soit aujourd’hui marchandisé par certains acteurs de l’édition scientifique ? Par quels moyens ? À travers son parcours et ses déceptions successives, Alexandre nous propose d’imaginer une société où le savoir circulerait librement et ouvertement, où le citoyen serait l’acteur des décisions concernant l’utilité publique des innovations techno-scientifiques, une société où la barrière entre savant et citoyen n’existerait plus.

 

Au Québec, les étudiants veulent en finir avec les stages gratuits

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2018 04 19 affiche plan action GGI kraken thumb« Épuisés, avant d’être diplômés ! », « Ras-le-bol d’être bénévoles ! »…

C’est en scandant de tels mots d’ordre que, le 21 novembre 2018, près de 60 000 étudiants québecois se sont mis en grève pour exiger que les stages en entreprise qu’ils doivent effectuer dans le cadre de leurs études leur soient… payés !

Ce mouvement, qui enflamme les universités de la province francophone du Canada, s’organise en fait depuis 2016 autour d’un plan d’action, fondé sur une escalade des moyens de pression, qui doit conduire à une grève générale illimitée au cours de l’hiver 2019, si le gouvernement ne satisfait pas leur revendication : la rémunération de tous les stages, dans tous les domaines d’études.

Cette stratégie de grève générale illimitée est en réalité encore plus ancienne. Elle a marqué le mouvement étudiant québécois de 2012, lorsque le gouvernement a voulu augmenter les droits de scolarité de plus de 75%, puis tenté de remettre en cause la liberté de manifester. Après plusieurs mois de grèves et de manifestations, ce « printemps érable » a réussi à faire reculer le gouvernement et permis le maintien d’un niveau de droit d’inscription considéré comme modéré car le plus faible d’Amérique du Nord.

Alors que les stages sont devenus la pièce maîtresse d’un « bon cursus » conçu pour s’adapter au marché du travail et stimuler « l’employabilité » des diplômés, cette lutte révèle au grand jour les innombrables violences que subit aujourdhui, à l’heure du capitalisme néolibéral, la jeunesse étudiante, mais également l’ensemble de la société. Le document suivant, intitulé « Un statut pour les stagiaires », est de ce point de vue à lire, relire et méditer.

Les réflexions, les modes d’action, les aspirations à l’œuvre dans cette mobilisation des étudiants québécois sont donc à suivre de près et à faire connaître à tous, dans quelque pays que ce soit.