L’université française : mort sur ordonnance ?

 

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Pendant que les regards se portaient sur Parcoursup, le gouvernement travaillait à remettre en cause les fondements mêmes du modèle de l’université française. Cette réforme a abouti mi-décembre 2018 avec l’adoption d’une ordonnance permettant aux universités de devenir des « établissements expérimentaux » qui dérogent au droit qui encadrait jusqu’à présent l’organisation et le mode de fonctionnement des universités. Cette ordonnance est l’aboutissement d’un long processus ; pour comprendre ce qui se joue, il nous faut effectuer un retour en arrière : 1968 et les réformes de ces dix dernières années.

Vers la fin d’un modèle organisationnel uniforme et démocratique ?

Lois Faure et Savary

L’université est un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP) fondé sur deux lois : la Loi Edgar Faure votée en novembre 1968 suite aux événements de Mai 68 et la loi Savary votée en 1984. L’objectif de la loi Faure était de créer des universités pluridisciplinaires (au lieu des facultés disciplinaires précédentes) structurées en Unités d’enseignement et de recherche (UER qui furent remplacées par des UFR, Unités de formation et de recherche, dans le cadre de la loi Savary). On y parle déjà d’autonomie administrative (détermination de leurs statuts et de leur organisation interne), pédagogique (en particulier dans le cadre des diplômes d’universités ou DU à côté des diplômes nationaux) et budgétaire, mais cette dernière sera très encadrée. Dans les facultés précédentes, seuls les Professeurs d’université siégeaient dans les conseils. Dans les nouvelles universités, le président est élu parmi les enseignants-chercheurs ; les conseils centraux comprennent des représentants des Professeurs d’université, des assistants et maîtres assistants (les ancêtres des maîtres de conférence), du personnel non-enseignant, des étudiants et des « personnalités extérieures ». Cette évolution, menée au nom de la participation, n’est pas propre à la France mais n’est pas présente dans tous les pays occidentaux, en Angleterre par exemple les conseils ne comprennent le plus souvent que des représentants des enseignants-chercheurs. On retrouve cette participation au niveau des conseils d’UFR et de départements. 

Depuis la loi Savary, le conseil d’administration (cf. tableau ci-après) comprend de 30 à 60 membres (la plupart des universités ont opté pour des CA de près de 60 membres) : 40 à 45 % de représentants des enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs ; 20 à 30 % de personnalités extérieures ; 20 à 25 % de représentants des étudiants ; 10 à 15 % de représentants des personnels non-enseignants. Le président est élu par les trois conseils, mais les personnalités extérieures sont proposées ou nommées après les élections du président.

Nous avons donc affaire à une entité publique à organisation interne démocratique sous la direction des enseignants-chercheurs (directeur de département, directeur d’UFR et président sont des enseignants-chercheurs) ; une organisation qui, s’y on y ajoute ses missions de diffusion des savoirs et de démocratisation de l’enseignement supérieur, était, au moins juridiquement et idéalement, une institution progressiste. Bien sûr, on pouvait faire de nombreuses critiques à ses modes de fonctionnement concrets, en particulier dire que les universités ne se sont jamais vraiment données les moyens de mettre en œuvre ce fonctionnement démocratique, en informant très peu sur ces caractéristiques – d’où un faible taux de participation étudiante aux élections –, en reconnaissant très peu le temps de travail généré par la fonction d’élu et en négligeant la formation des élus alors que les dossiers devenaient de plus en plus complexes – d’où une désaffection rapide des élus, en particulier côté étudiants, mais pas seulement.

À ce tableau doit être ajoutée une spécificité française : les universités partagent le champ public de l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) avec d’une part les instituts de recherche (dont le CNRS), et d’autre part les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), intégrées dans les lycées, et les grandes écoles (écoles normales supérieures, école Polytechnique, des Mines, ENA, etc.). Cette séparation, en particulier entre université et CNRS, serait une des causes de notre faiblesse dans le classement de Shanghai (élaboré à partir de 2003).

Loi LRU et loi Fioraso

La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU ou loi d’autonomie des universités) est votée à l’été 2007 quand Nicolas Sarkozy arrive à la présidence, Valérie Pécresse étant alors ministre de l’ESR. On en retiendra ici trois éléments. Premièrement, partant du principe que le trop grand nombre de membres du CA crée lenteur et inefficacité, elle diminue ce nombre et accorde plus de poids aux personnalités extérieures. Les CA comprennent ainsi 20 à 30 membres (cf. tableau ci-après) ; une prime à la majorité est introduite : la moitié des sièges à pourvoir est attribuée à la liste majoritaire, le reste des sièges étant réparti à la proportionnelle. Deuxièmement, elle accorde beaucoup plus de pouvoirs au président qui n’est plus élu par les trois conseils (Loi Savary) mais par le seul CA. Troisièmement, elle accorde « l’autonomie budgétaire » par le « budget global » (comprenant la masse salariale, soit les salaires de tout le personnel statutaire, alors qu’auparavant les salaires des titulaires étaient pris en charge par le ministère et n’entraient pas dans le budget des universités).

La loi dite Fioraso – alors ministre de l’ESR sous la présidence de François Hollande – votée en 2013 augmente le nombre des représentants maximal de chaque catégorie au CA (cf. tableau ci-après) d’une à trois personnes ; la prime à la liste majoritaire est amoindrie mais maintenue. Le président est toujours élu simplement par le CA, mais les personnalités extérieures prennent dorénavant part à son élection (et pareillement au sein des conseils d’UFR).

Composition du CA

 

Enseignants-Chercheurs

Personnalités

extérieures

Étudiants

Personnel non-enseignant

Total

Université avant la LRU

12 à 27

6 à 18

6 à 15

3 à 9

30 à 60

Université après la LRU

8 à 14

7 ou 8

3 à 5

2 ou 3

20 à 30

Université après la Loi Fioraso

8 à 16

8

4 ou 6

4 ou 6

24 à 36

La création de nouvelles structures 

La notion de « site » est promue à partir de la fin des années 1990 et s’impose progressivement par la création des PRES (Pôles de recherche et d’enseignement supérieur) à partir de 2006. Les établissements situés dans une proximité géographique sont fortement incités à s’associer sous forme de PRES car certains financements ne sont disponibles que pour les PRES, et en particulier pour ceux se donnant comme objectif une fusion. Les premiers projets de fusion d’universités prennent corps dans la première moitié des années 2000 et se concrétisent en 2009 (Université de Strasbourg), 2012 (Université de Loraine et Aix-Marseille Université), 2014 (Bordeaux), 2015 (Montpellier), 2016 (Grenoble). La loi Fioraso rendra obligatoire pour tous les établissements de l’ESR relevant du ministère de l’ESR (universités, certaines grandes écoles, certains organismes de recherche dont le CNRS) l’appartenance à un regroupement d’établissements sous forme de fusion, d’appartenance ou d’association à une Comue (Communauté d’universités et établissements). Les modes de regroupements, d’organisation interne, de délégation de compétences sont très divers d’une Comue à l’autre ; on a clairement abandonné le modèle d’organisation unique.

La création de ces nouvelles structures visaient la création de synergies locales, le dépassement des frontières universités/CNRS/grandes écoles et/ou la création d’empires universitaires dans l’objectif annoncé dès 2007 dans la lettre de mission de N. Sarkozy à V. Pécresse « d’amélioration du rang de nos établissements d’enseignement supérieur dans les classements internationaux », puis de « faire émerger sur le territoire français 5 à 10 pôles pluridisciplinaires d’excellence de rang mondial ».

De ces deux phénomènes LRU et fusion, l’évolution de la représentation au sein d’une université fusionnée, telle que celle d’Aix-Marseille issue de trois universités, si l’on s’en tient au seul CA, est la suivante :

Composition des CA à Aix-Marseille

 

Enseignants-Chercheurs

Personnalités

extérieures

Étudiants

Personnel non-enseignant

Total

Aix-Marseille 1 avant application de la LRU1

12 à 27

6 à 18

6 à 15

3 à 9

30 à 60

Aix-Marseille 2 avant application de la LRU1

12 à 27

6 à 18

6 à 15

3 à 9

30 à 60

Aix-Marseille 3 avant application de la LRU1

12 à 27

6 à 18

6 à 15

3 à 9

30 à 60

Total avant application de la LRU

36 à 81

18 à 54

18 à 45

9 à 27

90 à 180

Aix-Marseille Université en 2018

(75 000 étudiants, 8 000 personnels)

16

8

6

6

36

(dont 83% d’élus des personnels et usagers

1 N’ayant pas retrouvé la composition réelle de chaque CA avant la fusion, nous nous basons sur le cadre de la loi Savary.

On voit clairement la réduction du nombre des élus et du nombre de personnalités extérieures, et donc la diminution de la représentation de la diversité des membres de la communauté universitaire et de ses partenaires, d’autant que l’on retrouve le même phénomène aux niveaux « inférieurs » de l’organisation avec la diminution du nombre d’UFR par rapport à la situation avant fusion.

PIA3, Loi Confiance et ordonnance du 12 décembre 2018

Les dernières évolutions vont beaucoup plus loin. L’utilisation du Grand Emprunt comme levier pour redessiner le paysage universitaire français se confirme avec le PIA 3 (Troisième vague du Grand Emprunt ou Plan d’investissement d’avenir n°3). Lancé en février 2017 (sous la présidence de F. Hollande), il comporte plusieurs volets. Comme pour chaque PIA, ce sont des financements sur appel à projets. Le PIA 3 comporte une « action » « Grandes universités de recherche », le mot d’ordre est à la « simplification institutionnelle », à « l’expérimentation de modes d’organisation » et à la « construction d’université de type nouveau ». Le PIA 3 comporte également un appel « écoles universitaires de recherche » (EUR), qui rassembleront des formations de master et doctorat et des laboratoires de recherche.

La loi du 10 août 2018 « pour un État au service d’une société de confiance », ensemble de choses très disparates (dont le droit à l’erreur pour le contribuable), comporte un article 52 : « le Gouvernement est autorisé à prendre par ordonnance les mesures relevant du domaine de la loi destinées à expérimenter de nouvelles formes de rapprochement, de regroupement ou de fusion d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche ». L’« avant-projet d’ordonnance » a été dévoilé par la presse début septembre, un nouvel avant-projet a été rendu public le 8 octobre, présenté en Conseil des ministres le 12 décembre et publié au Journal officiel le lendemain, 13 décembre. Comme l’indiquait dès le 15 octobre la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal : « L’objectif est une publication avant la fin du mois de décembre pour que les établissements puissent s’en saisir dès le début de l’année 2019 ». Ces « établissements expérimentaux » pourront regrouper ou fusionner des établissements de l’ESR publics et privés ; on va ainsi plus loin que le dépassement des frontières universités/CNRS/grandes écoles. Leur organisation sera fixée par leurs statuts (aucune référence à des UFR ou à un mode particulier de structuration interne), tout comme le titre, mode de désignation, et compétences du chef d’établissement (la limite d’âge de 68 ans disparaît). La composition de leur CA (« ou de l’organe en tenant lieu ») est cadrée a minima : « au moins 40% de représentants élus des personnels et usagers, ainsi que des personnalités extérieures. Il peut comprendre d’autres catégories de membres ». 40% de représentants élus, ils seraient donc minoritaires et représenteraient moins de la moitié de ce qu’ils représentent dans le cadre de la loi Fioraso (cf tableau ci-dessus). On peut se demander quelles seraient les « autres catégories de membres » : ni des représentants élus des personnels et usagers ni des personnalités extérieures, donc à priori des membres de la communauté universitaire ou éducative non élus, donc nommés (par qui ?). Les conséquences de la coexistence d’établissements publics et privés sur la gestion des personnels et sur le droit à délivrer les diplômes nationaux restent largement indéterminées.

Comme l’indique Emmanuel Roux, président de l’Université de Nîmes à la tête de la commission juridique de la CPU (Conférence des présidents d’université) : « le président de l’établissement peut ne pas être enseignant-chercheur, il peut ne pas être élu, exercer un nombre de mandats illimités d’une durée de cinq ans. Il n’y a pas de nombre minimal ou maximal de membres du CA ». Au bout de deux ans, l’établissement peut demander à sortir de ce statut dérogatoire pour accéder, par exemple, à celui de « grand établissement ».

Grand établissement
Les grands établissements ont été créés par la loi Savary, ils peuvent déroger au droit commun des EPSCP, leurs règles d’organisation et de fonctionnement sont fixées par décret en Conseil d’État. Les premiers établissements qui prennent ce statut sont le Collège de France, le CNAM, l’EHESS, Sciences Po Paris, etc. ; des universités les ont rejoints plus récemment : l’Université Paris-Dauphine, l’Université de Lorraine. Afin de réduire le recours à ce statut, la loi Fioraso le limitait à « des établissements de fondation ancienne et présentant des spécificités liées à leur histoire », ou bien « à des établissements dont l’offre de formation ne comporte pas la délivrance de diplômes pour les trois cycles de l'enseignement supérieur ».

Le CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) du 16 octobre a voté majoritairement contre le projet d’ordonnance : 46 contre, 9 pour et 8 abstentions, tout comme le CTMESR (Comité technique ministériel de l’enseignement supérieur et de la recherche) du 6 novembre (11 voix contre et 2 abstentions) ; mais leurs avis ne sont que consultatifs.

D’après la ministre interviewée le 15 octobre : « De nombreux sites se sont déjà manifestés (pour s’inscrire dans le projet d’ordonnance) et ils sont très divers. Nous avons bien sûr des demandes qui émanent des établissements qui ont été lauréats des PIA, Idex et Isite. (…) Mais il y aussi beaucoup d’intérêt du côté des sites qui tirent parti de l’ordonnance pour formaliser les relations qu’ils avaient déjà avec des écoles ou des Comue qui souhaitent évoluer ».

Parmi les lauréats des PIA, l’Université de Paris (regroupant Paris 5, 7 et l’IPGP) devrait voir le jour dans ce cadre au 1er avril 2019, l’Université de Lyon et l’Université Côte d’Azur (UCA) – pour l’instant des Comue – au 1er janvier 2020, tout comme l’Université intégrée de Grenoble. Le choix de l’UCA a été présenté en début d’année 2018 aux membres de l’université, elle serait constituée de « collèges universitaires préparatoires » qui gèreraient les licences, d’EUR qui gèreraient les masters et doctorats ; aucune mention des UFR, le conseil de l’UFR Lettres Arts et Sciences humaines de l’UCA a voté une motion en janvier demandant à ce que la constitution de ce grand établissement ne soit pas fondé sur la suppression des UFR (et donc de leurs conseils élus). La même crainte est exprimée par la Conférence des doyens et directeurs des UFR scientifiques (CDUS) à propos de l’Université de Lyon. Des Comue regroupant de plus petites universités ont également fait part de leur souhait d’aller vers le statut d’établissement dérogatoire : la Comue Bourgogne Franche Comté, la Comue Normandie Université, les universités du Mans et d’Angers, etc.

Vers la fin d’un modèle de financement ?

Sous-financement chronique

Selon France Stratégie, « la dépense moyenne par étudiant est en France à un niveau proche de la moyenne de l’OCDE (un peu plus de 15 000 USD/an), mais bien inférieure aux niveaux atteints par les pays qui dépensent le plus (Canada, États-Unis, Norvège, Suède, Royaume-Uni, Suisse, pays où cette dépense dépasse les 20 000 USD) et par les pays les plus ‘performants’ (18 000 USD en moyenne) ». Cette moyenne cache par ailleurs des différences de situations importantes, déjà entre universités et classes préparatoires aux grandes écoles : en 2016 environ 10 000 € par an pour un étudiant à l’université et environ 15 000 pour un étudiant en classes préparatoires aux grandes écoles. La moyenne universitaire cache également des disparités importantes entre BTS et filières universitaires et au sein de ces dernières entre disciplines : les UFR et filières de droit/éco/gestion et arts/lettres/langues et sciences humaines étant moins bien loties que celles de sciences et de médecine. Malgré un discours ministériel égalitaire, les inégalités étaient importantes entre UFR et universités (selon leur dominante Droit, LSH ou sciences), le monde universitaire était donc lui-même divisé et hiérarchisé.

Ce sous-financement signifie un sous-encadrement enseignant et administratif. En 2007, tous les acteurs (dont la Conférence des Présidents d’Université et le ministère) reconnaissaient la nécessité d’une augmentation de budget d’un milliard par an, hors recherche, sur au moins 5 ans pour remédier à ce sous-financement. En novembre 2007, un protocole-cadre signé entre le Premier ministre et la CPU prévoyait ce financement, mais l’engagement n’a pas été tenu. Depuis 2012, le budget de l’enseignement supérieur est, en euros constants en stagnation, alors que le nombre d’étudiants a augmenté en 10 ans de plus de 400 000 individus. Thomas Piketty a estimé que le budget par étudiant a diminué de près de 10% entre 2008 et 2018. Le budget 2019 pour l’enseignement supérieur et la recherche universitaire prévoit une augmentation de 166 millions soit + 1,2%, moins que l’inflation (prévue au minimum à 1,3%), donc un budget qui va continuer à stagner ou baisser en euros constants et une dépense par étudiant qui va continuer à baisser, d’autant que le ministère prévoit au minimum 30 000 étudiants (l’équivalent d’une grosse université moyenne) supplémentaires par an pour les cinq prochaines années.

Ces questions de sous-financement et sous-encadrement enseignant et administratif de l’université n’ont pas été abordées dans le cadre de la loi ORE pour laquelle le gouvernement a considéré que le problème était essentiellement celui de la « mauvaise orientation ». Or ce sous-financement a été aggravé par la dévolution de la masse salariale aux universités dans le cadre de la loi LRU avec un « Glissement vieillesse technicité » (GVT) sous-évalué et sous-financé par l’État.

Mise en compétition

La mise en compétition des universités en matière de financement s’est réalisée par la mise en place d’un financement à la performance et d’un financement par projets.

Le financement à la performance est introduit en 2009, dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques, par un nouveau modèle de répartition du budget « récurrent » appelé Sympa (SYstème de répartition des Moyens à la Performance et à l’Activité) : la somme allouée par le ministère à chaque université est calculée à partir d’un certain nombre d’indicateurs de « performance », tel que le taux de réussite en licence, le nombre d’enseignants chercheurs « publiants », etc. Comme cette répartition se réalise sur la base d’un budget national non extensible, la meilleure « performance » et l’augmentation de budget des uns signifie une baisse de budget des autres, il ne suffit donc pas d’être très « performant » mais il faut être plus performant que son voisin, au sens où la performance a été définie. Ce modèle Sympa a été mis en sommeil en 2013, on ne connaît pas aujourd’hui les critères de répartition du budget. Avant Sympa, le budget était réparti sur la base des « normes San Remo » dans une optique plutôt de traitement égalitaire, et en fonction des besoins : nombre d’étudiants, nombre de personnel (enseignants-chercheurs et non-enseignants), nombre de m2 à entretenir…

Le financement par projets s’est installé d’abord en matière de recherche, rappelons que c’était une des raisons de la grève des chercheurs de 2003 et de la création de Sauvons la Recherche. Il s’est ensuite développé dans le cadre des « ressources extra-budgétaires », soit hors budget alloué par Sympa : Plan Campus (2007-2008) et Grand Emprunt (PIA 1, 2 et 3 lancés en 2010, 2015 et 2017, et leurs « politiques d’excellence » : Idex, Labex…). Depuis le PIA3, ce financement par projet s’est étendu à la formation : « développer l’innovation pédagogique », « nouveaux cursus à l’université ».

À noter que ces deux formes de mise en compétition ont été développées en interne dans de très nombreuses universités.

Université, pour tousOn change ainsi de logique : d’un financement, certes insuffisant, mais défini en fonction des besoins, on passe à un financement en fonction de la performance et de l’excellence. L’égalité de traitement n’est plus revendiquée, même si elle n’était pas complètement en œuvre, c’est la spécialisation et la différenciation qui sont recherchées et célébrées. Le financement par projet signifie du temps de travail très important pour monter ces projets, particulièrement complexes pour les PIA ; c’est un mode de financement consommateur de ressources pour des montants qui au bout du compte ne semblent pas si importants que cela, d’autant que plusieurs universités ont recruté des cabinets privés pour les aider à monter ces projets : l’Université de Lyon a ainsi attribué en mai 2018 quatre lots de marchés publics à deux cabinets de consultants d’un montant de 900 000€ pour l’accompagner sur deux ans dans la mise en place de son nouvel établissement. Ces deux modes de financement ont finalement des effets de concentration des ressources sur ceux qui étaient souvent au départ déjà les mieux dotés. Le rapport du Comité Action publique (CAP) 2022 appelle à les développer, à rendre les financements « plus incitatifs » et imaginent que les appels à projets puissent se substituer intégralement aux subventions actuelles.

De manière générale, les universités sont d’autre part confrontées à des transferts de ressources entre leurs différentes activités, en lien avec la LRU (renforcements des fonctions DRH, finance et juridique qui ont nécessité une augmentation du personnel dédié, certification des comptes par des cabinets privés), en lien avec la politique de différenciation-positionnement-attractivité (augmentation des budgets communication par exemple, labellisation de différents ordres). On peut sur ces derniers points parler de processus de prédation des ressources publiques. Il faudrait pouvoir mieux mesurer ces transferts de ressources et ces processus de prédation, c’est un de mes projets de recherche. On peut en tout cas s’attendre à ce qu’ils se développent : l’Université de Lyon (UL) rémunère ainsi la participation des personnalités extérieures à son Scientific Advisory Board : sa présidente, directrice du cabinet consultant Reichert Higher Education Consulting, a ainsi reçu 10 000€ pour la réunion du 15 novembre 2017 (correspondant d’après l’arrêté signé par le président de l’UL à 40h de travail) tandis que les quatre autres membres externes recevaient entre 2500 et 4000 €. Le fait que les directeurs des établissements dérogatoires ne soient plus forcément des enseignants-chercheurs ne pose pas seulement une question de collégialité : s’ils ne sont pas fonctionnaires quel sera leur niveau de salaire (non soumis à la grille de la fonction publique) ? Le salaire de certains présidents de Comue avaient déjà surpris : tel celui du président de la Comue Paris Sciences et Lettres de 2015 à 2017 qui était de l’ordre de 150 000€ nets annuels. Cela rappelle les mécanismes d’extraction des profits de leurs universités mis en place par les vice-chancelors à partir des années 2000 en Angleterre, mais aussi aux États-Unis, en Australie, etc.

Tout cela, rappelons-le, dans un contexte de sous-financement chronique alourdi par la LRU. Face à cela, les universités font le choix très contraint de geler et/ou, pour les postes d’enseignants-chercheurs, « atériser » ou contractualiser des postes, il y a donc eu le développement d’emplois de non-fonctionnaires de différentes formes. La LRU avait déjà permis l’embauche de maîtres de conférences (MCF) contractuels ; les nouveaux établissements dans le cadre du PIA3 vont renforcer cela : plusieurs des dossiers de candidature font état d’embauche sous forme de « MCF tenure tracks » (a minima les projets de Lille et de Lyon) que l’on pourrait traduire par « titularisation conditionnelle après une période d’essai », aux États Unis cette période est souvent de 6 ans pour une titularisation d’environ 50%, à Sciences Po Paris qui a adopté cette modalité de recrutement depuis 2009 elle est, au maximum, de 7 à 9 ans.

Augmentation des ressources propres

Depuis de nombreuses années, le ministère incite les universités à augmenter leurs « ressources propres » : contrats de recherche, prestations de formation continue, diverses prestations de service. Quid alors des droits d’inscription ? Le gouvernement a annoncé le 19 novembre leur augmentation pour les étudiants extracommunautaires, les passant de 170€ à 2 770 €/an pour le niveau Licence et de 243€ / 380€ à 3 770 €/an pour les niveaux Master/Doctorat. On le savait peu mais la libre fixation par chaque université des droits d’inscription pour ses étudiants étrangers hors Union européenne avait été rendue possible par un décret du 30 avril 2002 ; leur augmentation annoncée ne semble pas nécessiter de vote parlementaire, elle figure déjà sur Campusfrance.org, le site officiel du gouvernement à destination des étudiants étrangers. On pourrait penser qu’un tel choix ne remet pas en cause les principes d’un financement basé sur la subvention de l’État financée par l’impôt, puisque les parents de ces étudiants ne paient pas d’impôts en France ou en Europe. N’oublions pas toutefois deux éléments. Premièrement, cette décision prise en Angleterre en 1979 sous le gouvernement de Margaret Thatcher a constitué le premier pas de l’augmentation des droits d’inscription pour tous (aujourd’hui £9 000 annuels pour les étudiants anglais et européens, du moins jusqu’à la mise en œuvre du Brexit). Deuxièmement, une telle décision transforme foncièrement les pratiques et les choix des universités, elle les fait entrer dans une logique de marché : attirer le plus possible de ces étudiants, donc faire de la communication, de la publicité, etc.

Université, on privatiseQuant aux droits d’inscription des étudiants français et européens, la Cour des comptes a réalisé, à la demande du président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, un rapport rendu public fin novembre 2018. Pour la Cour, le scénario le plus « réaliste et acceptable » serait celui d’une « hausse modulée des droits en fonction du cycle d’études », « en priorité en master ». Le premier ministre a déclaré le 21 novembre que ce n’était pas le projet du gouvernement. Mais la possibilité existe déjà à travers les diplômes d’universités (DU) ou diplômes d’établissements (DE), possibilité à laquelle pourraient recourir de nombreux établissements dérogatoires pendant leur phase transitoire puis en tant que grand établissement. C’est le cas de l’Université Côte d’Azur (UCA) qui a mis en place à la rentrée 2018 onze diplômes d’établissements au niveau Bac+5 (des MSc ou Master of Science) à 4000 € de frais d’inscription annuels, dont certains seraient venus en remplacement de diplômes nationaux de Masters rattachés à l’Université de Nice Sophia Antipolis, mais enseignés en anglais ; y enseignent des enseignants-chercheurs de l’université (sur leur service ?) et des enseignants de l’école privée Skema Business School, membre à venir du nouvel établissement. Comme l’indique l’UCA, « un étudiant ayant obtenu un DE Idex peut demander la validation d’une équivalence vers un diplôme national (tel qu’un master) suivant la procédure dite de « validation des études supérieures » (VES). Cette validation réalisée par une commission mixte, composée du directeur de Master dans un domaine disciplinaire équivalent et d’enseignants chercheurs de l’université est une possibilité offerte qui n’est pas systématique ». Le CNESER a rejeté l’accréditation des masters et doctorats de l’UCA le 14 février 2018, mais son avis n’est que consultatif. Ce procédé d’instauration de frais de scolarité élevés ne nécessite donc aucun changement législatif, on peut s’attendre à ce qu’il se développe dans le cadre des établissements dérogatoires, non seulement au niveau Bac+5 mais également au niveau Bac+3 car plusieurs candidatures « Grandes universités de recherche » annoncent la création de « bachelors ».

Soulignons, pour terminer cette partie « économique », que cette non augmentation du budget (et sa diminution par étudiant) est un choix politique et non une « simple » contrainte liée au déficit de l’État, car ces dix dernières années correspondent également au choix continu de laisser augmenter les « dépenses fiscales » (ou réductions d’impôts), en particulier le Crédit impôt recherche (CIR) qui bénéficie surtout aux grandes entreprises et aurait largement bénéficié au secteur des services (banques, assurance, conseil…) ; la Cour des comptes a réalisé il y a déjà cinq ans un rapport très critique en la matière. Pour 2017, le CIR serait d’au moins 5,7 milliards, soit presque la moitié du budget de toutes les universités et assimilés de France masse salariale comprise (un peu plus de 13 milliards).

Conclusion

Un certain nombre d’éléments étaient déjà en place (arrêté concernant les droits d’inscription des étudiants étrangers, validation des études supérieures, etc.), d’autres au cœur de ce qui a fait l’université française : l’accès pour tout bachelier, le statut d’université avec son mode d’organisation démocratique et collégial, le statut de fonctionnaire d’une grande partie de ses personnels, et le montant des droits d’inscription extrêmement bas et décidé par arrêté ministériel, sont en train d’être détruits par contournement. Nous sommes à l’aube d’une transformation radicale des universités françaises, processus qui pourrait être très rapide.

La candidature de Toulouse au PIA 3, non retenue, était très claire quand elle expliquait, en septembre 2016, son choix du statut de « grand établissement » : « Le statut de grand établissement permet de déroger au droit commun des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP) (…). Les grands établissements sont créés par décret en conseil d’État ; ce décret devient la charte de l’établissement. Ce statut peut présenter des spécificités portant sur la nomination du directeur, la présence importante de personnalités extérieures au sein du conseil d’administration, l’allocation directe (ou non) des dotations, la sélection des étudiants à l’entrée des formations, la possibilité de délivrer des diplômes propres et des mastères spécialisés soumis à des frais d’inscription différents de ceux des diplômes nationaux, les relations avec les milieux professionnels ».

Il s’agit indubitablement d’un nouveau modèle. Pour ceux qui le trouvent inacceptable, que faire ? Déjà être informés, c’est l’objectif de ce texte. Du fait de l’ordonnance, le processus échappe au débat parlementaire, les transformations seront locales, réglées au cas par cas sans grande publicité ; tout est fait pour désamorcer la contestation et rendre la lutte collective difficile.

Corine Eyraud est maître conférences en sociologie à l’Université d’Aix-Marseille et chercheuse au Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (LEST). Son article, dans sa version complète, a été publié dans le n° 47 de la revue Savoir/Agir http://www.editions-croquant.org/les-collections/product/534-pdf-revue-savoir-agir-n-47 et nous remercions vivement son comité de rédaction qui en a autorisé la diffusion. Le texte intégral peut également être téléchargé sur http://www.lest.cnrs.fr/spip.php?article1202

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Coronavirus : la science ne marche pas dans l’urgence !

Je suis Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Mon équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus.

En 2002, notre jeune équipe travaillait sur la dengue, ce qui m’a valu d’être invité à une conférence internationale où il a été question des coronavirus, une grande famille de virus que je ne connaissais pas. C’est à ce moment-là, en 2003, qu’a émergé l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et que l’Union européenne a lancé des grands programmes de recherche pour essayer de ne pas être prise au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante : c’est le meilleur vaccin contre un scandale Mediator-bis.

Dans mon équipe, nous avons participé à des réseaux collaboratifs européens, ce qui nous a conduits à trouver des résultats dès 2004. Mais, en recherche virale, en Europe comme en France, la tendance est plutôt à mettre le paquet en cas d’épidémie et, ensuite, on oublie. Dès 2006, l’intérêt des politiques pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·ses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. Avec des collègues belges et hollandais·es, nous avions envoyé il y a cinq ans deux lettres d’intention à la Commission européenne pour dire qu’il fallait anticiper. Entre ces deux courriers, Zika est apparu…

La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate.

Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader. Quand il m’arrivait de me plaindre, on m’a souvent rétorqué : « Oui, mais vous, les chercheur·ses, ce que vous faites est utile pour la société… Et vous êtes passionnés ».

Et j’ai pensé à tous les dossiers que j’ai évalués.

J’ai pensé à tous les papiers que j’ai revus pour publication.

J’ai pensé au rapport annuel, au rapport à 2 ans, et au rapport à 4 ans.

Je me suis demandé si quelqu’un lisait mes rapports, et si cette même personne lisait aussi mes publications.

J’ai pensé aux deux congés maternité et aux deux congés maladie non remplacés dans notre équipe de 22 personnes.

J’ai pensé aux pots de départs, pour retraite ou promotion ailleurs, et aux postes perdus qui n’avaient pas été remplacés.

J’ai pensé aux 11 ans de CDD de Sophia, ingénieure de recherche, qui ne pouvait pas louer un appart sans CDI, ni faire un emprunt à la banque.

J’ai pensé au courage de Pedro, qui a démissionné de son poste CR1 au CNRS pour aller faire de l’agriculture bio.

J’ai pensé aux dizaines de milliers d’euros que j’ai avancés de ma poche pour m’inscrire à des congrès internationaux très coûteux.

Je me suis souvenu d’avoir mangé une pomme et un sandwich en dehors du congrès pendant que nos collègues de l’industrie pharmaceutique allaient au banquet.

J’ai pensé au Crédit Impôt Recherche, passé de 1.5 milliards à 6 milliards annuels (soit deux fois le budget du CNRS) sous la présidence Sarkozy.

J’ai pensé au Président Hollande, puis au Président Macron qui ont continué sciemment ce hold-up qui fait que je passe mon temps à écrire des projets ANR.

J’ai pensé à tou·tes mes collègues à qui l’on fait gérer la pénurie issue du hold-up.

J’ai pensé à tous les projets ANR que j’ai écrits, et qui n’ont pas été sélectionnés.

J’ai pensé à ce projet ANR Franco-Allemand, qui n’a eu aucune critique négative, mais dont l’évaluation a tellement duré qu’on m’a dit de la re-déposer telle quelle un an après, et qu’on m’a finalement refusé faute de crédits.

J’ai pensé à l’appel Flash de l’ANR sur le coronavirus, qui vient juste d’être publié.

J’ai pensé que je pourrais arrêter d’écrire des projets ANR.

Mais j’ai pensé ensuite aux précaires qui travaillent sur ces projets dans notre équipe.

J’ai pensé que dans tout ça, je n’avais plus le temps de faire de la recherche comme je le souhaitais, ce pour quoi j’avais signé.

J’ai pensé que nous avions momentanément perdu la partie.

Je me suis demandé si tout cela était vraiment utile pour la société, et si j’étais toujours passionné par ce métier ?

Je me suis souvent demandé si j’allais changer pour un boulot inintéressant, nuisible pour la société et pour lequel on me paierait cher ?

Non, en fait.

J’espère par ma voix avoir fait entendre la colère légitime très présente dans le milieu universitaire et de la recherche publique en général.

Première publication, 4 mars 2020 sur
UNIVERSITÉ OUVERTE

Manifiesto “La universidad pública con las necesidades sociales: docencia y ciencia con conciencia ciudadana”

 

es-ES

Manifiesto “La universidad pública con las necesidades sociales: docencia y ciencia con conciencia ciudadana”

La investigación científica nos permite comprender la relación entre las personas y su medio natural, las dinámicas estructurales de igualdad o desigualdad de las sociedades en las que viven y los procesos históricos que les han originado. Nos proporciona saberes teóricos e instrumentos tecnológicos para intervenir sobre los problemas que asolan nuestro medio ambiente y nuestra realidad social. En las universidades públicas la investigación científica complementa a la actividad docente y ambas deben contribuir a la libertad y el bienestar colectivo de las sociedades que las sostienen. Desde dicho compromiso y ante la gravedad de la crisis civilizatoria que la pandemia del coronavirus está acelerando los promotores de este manifiesto miembros de la Universidad de Valencia, nos sentimos en la obligación de trasladar a la sociedad las siguientes consideraciones: 

  1. La evidencia científica es una condición necesaria pero no suficiente para transformar, en un sentido progresista, la realidad social. La excelencia de la investigación científica en las universidades públicas es inseparable de su conciencia ciudadana y de la capacidad de promover la participación ciuadana en la decisión sobre los fines y los usos sociales de la ciencia. En este sentido es necesario recorder, como ha señalado entre otros Richard Horton, editor de la prestigiosa revista científica The Lancet, que en los últimos años, las principales conclusiones de las investigaciones en el ámbito de la salud pública y la epidemiología advirtieron reiteradamente del riesgo de la pandemia actual; constataron que nuestras sociedades no estaban preparadas para afrontar dicho riego y, en consecuencia, instaron a los gobiernos a tomar medidas urgentes para paliar sus futuras consecuencias. Sin embargo, tal y como está ocurriendo desde hace décadas con las recomendaciones de las investigaciones sobre la crisis ecológica y el cambio climático, tales advertencias no sólo se ignoraron sino que incluso en determinados países como el nuestro dieron lugar a políticas sociales que, mediante los recortes del gasto público y las privatizaciones, han deteriorado todavía más los servicios y las infraestructuras públicas. La ciencia sin conciencia ciudadana es sólo otro tipo de negocio mercantil. 
  2. En la última década, dichos recortes también han deteriorado gravemente las universidades públicas españolas. Han precarizado las condiciones laborales de sus trabajadoras y trabajadores más vulnerables; han descuidado su formación y han asumido, con muy pocas críticas, el modelo neoliberal de la rentabilidad mercantil en la investigación en la gestión administrativa. El COVID-19 ha llegado a una universidad publica cada vez menos pública, cada vez más sometida a criterios de mera rentabilidad, y cada vez menos democrática. Nuestro confinamiento de hoy acentúa y hace más visibles las carencias de este modelo de universidad mercantil que ya había confinado en sus despachos a amplios sectores del PDI, que los había enclaustrado, desorientado y alejado de cualquier sentido de comunidad universitaria y de compromiso colectivo. Frente al ‘sentido común neoliberal’ que nos ha invadido es necesario repetir lo obvio: las universidades públicas no son empresas económicas. Es necesario abandonar este modelo. Es necesario regresar a una universidad pública comprometida con la transformación progresista de la sociedad que la financia. 
  3. Desde las consideraciones anteriores y ante la gravedad de la crisis civilizatoria que está precipitando la pandemia del Coronavirus es imprescindible poner nuestros recursos docentes e investigadores al servicio de las demandas de la ciudadanía. Nuestra investigación científica conocimientos y nuestros saberes aplicados han de estar a disposición de las necesidades concretas que está situación extraordinaria está provocando en la sociedad valenciana. Para ello, es imprescindible que las universidades públicas habiliten recursos telemáticos y procedimientos de información y comunicación propios con la sociedad valenciana que les permitan, en primer lugar, escuchar y recoger dichas demandas, sanitarias, sociales, psicológicas y humanas y, en función de sus propios recursos, darles respuesta. 

Por último, entre la atmósfera de incertidumbres, temores y esperanzas que nos envuelve estos días se abre paso una certeza: cuando termine nuestro confinamiento no vamos a regresar al mismo mundo. De nosotras y nosotros depende, desde hoy mismo, que la conmoción que atravesamos abra el camino hacia una universidad pública que mejore en capacidad docente e investigadora y, también, en conciencia ciudadana y en compromiso con la transformación social. 

Valencia, Abril 2020

Promueven este manifiesto: firman este manifiesto enviando un mail a
jose.m.rodriguez@uv.es

Après Marseille, retrouvons-nous à Rome les 24 et 25 juin 2020 !

Valeria Pinto, membre de l’IDST, a lancé en compagnie d’autres universitaires un appel intitulé « Désintoxiquons-nous. Le Savoir pour le futur », déjà soutenu par plus de 1300 signataires.

L’un des objectifs de cet appel est d’organiser une rencontre à Rome les 24 et 25 juin 2020, au moment même où se tiendra dans la capitale italienne une énième conférence ministérielle liée au processus de Bologne. Évoquée lors de notre congrès de Marseille en novembre dernier, cette rencontre sera l’occasion d’élargir le front de contestation et de résistance aux politiques néolibérales de formation et de recherche et de penser une nouvelle politique de la connaissance, celle des savoirs de tous, par tous, et pour tous.

De nombreux contacts, en Europe et dans le monde, sont en cours et la rencontre promet d’être belle et galvanisante !

N’hésitez donc pas à vous joindre à cet appel, publié ici en italien, anglais, allemand, espagnol et français, en envoyant un courriel à l’adresse indiquée au bas de l’appel.

La Rédaction du blog

Valeria Pinto, member of the International of Knowledge for All (IKA), together with other academics, launched a call entitled "Let's detoxify ourselves. Knowledge for the future", already supported by more than 1300 signatories.

One of the objectives of this call is to organize a meeting in Rome on 24 and 25 June 2020, at the same time as the umpteenth ministerial conference linked to the Bologna process will be held in the Italian capital. Evoked during our congress in Marseille last November, this meeting will be an opportunity to broaden the front of protest and resistance to neo-liberal education and research policies and to think about a new knowledge policy, that of a society of knowledge from all, by all, and for all.

Many contacts, in Europe and in the world, are underway and the meeting promises to be beautiful and galvanizing!

So do not hesitate to join this call, published here in Italian, English, German, Spanish and French, by sending an email to the address at the bottom of the call.

Blog Editorial Team

Valeria Pinto, Mitglied des « Internationales Netzwerk Wissen für Alle » (INWA), hat zusammen mit anderen Akademikern einen Aufruf mit dem Titel “Entgiften wir uns – Wissen für die Zukunft” , das bereits von mehr als 1300 Unterzeichnern unterstützt wird.

Eines der Ziele dieses Aufrufs ist die Organisation eines Treffens in Rom am 24. und 25. Juni 2020, zeitgleich mit der x-ten Ministerkonferenz im Zusammenhang mit dem Bologna-Prozess, die in der italienischen Hauptstadt stattfinden wird. Dieses Treffen, das auf unserem Kongress in Marseille im vergangenen November ins Leben gerufen wurde, bietet die Gelegenheit, die Front des Protests und Widerstands gegen die neoliberale Bildungs- und Forschungspolitik zu erweitern und über eine neue Wissenspolitik nachzudenken, die des Wissens für alle, von allen und für alle.

Viele Kontakte, in Europa und in der Welt, sind im Gange, und das Treffen verspricht, schön und aufregend zu werden!

Zögern Sie also nicht, sich diesem Aufruf, der hier in Italienisch, Deutsch, Englisch, Spanisch und Französisch, indem Sie eine E-Mail an die am Ende des Aufrufs angegebene Adresse senden.

Blogredaktion

Valeria Pinto, miembro de la IDST, junto con otros académicos, lanzó un llamamiento titulado "Desintoxiquémonos". Conocimiento para el futuro", ya apoyado por más de 1300 firmantes.

Uno de los objetivos de esta convocatoria es organizar una reunión en Roma los días 24 y 25 de junio de 2020, al mismo tiempo que se celebrará en la capital italiana la enésima conferencia ministerial vinculada al proceso de Bolonia. Evocada en nuestro congreso de Marsella el pasado mes de noviembre, esta reunión será una oportunidad para ampliar el frente de protesta y resistencia a las políticas neoliberales de educación e investigación y para pensar en una nueva política del conocimiento, la del conocimiento de todos, por todos y para todos.

Muchos contactos, en Europa y en el mundo, están en marcha y el encuentro promete ser hermoso y galvanizador!

Así que no duden en unirse a esta llamada, publicada aquí en italiano, inglés, alemán, francés y español, enviando un correo electrónico a la dirección que aparece al final de la llamada.

La redacción del blog

Valeria Pinto, membro dell’ L'Internazionale della Conoscenza per Tutti (ICT), ha lanciato, insieme ad altri universitari, un appello dal titolo “Disintossichiamoci. Sapere per il futuro”, già sostenuto da più di 1300 firmatari.

Uno degli obiettivi di questo appello è l’organizzazione di un incontro a Roma, il 24 e il 25 giugno 2020, in concomitanza con la prossima conferenza ministeriale del processo di Bologna. Già evocato durante il nostro congresso di Marsiglia dello scorso novembre, questo incontro costituirà l’occasione di estendere il fronte della contestazione e della resistenza alle politiche neoliberali della formazione e della ricerca, e di pensare una nuova politica della conoscenza, quella dei saperi di tutti, per tutti, a opera di tutti.

La rete internazionale di contatti si sta sviluppando in Europa e nel mondo, e l’incontro di Roma si annuncia bello e galvanizzante!

Non esitate dunque à sostenere questo appello, qui pubblicato in italiano, inglese, tedesco, spagnolo e francese, inviando una mail all’indirizzo indicato in calce all’appello.

La redazione del blog

Désintoxiquons-nous – Le Savoir pour le futur

« Economics are the methods. The object is to change the soul ». Se référant aux politiques de la connaissance, de l’éducation et de la recherche (mais pas seulement), cette formule de Margaret Thatcher résume bien le processus qui a caractérisé les dernières décennies.

La méthode économique, la pénurie comme condition normale, à la limite de survie ou en dessous, est visible par tous. L’objectif est moins visible. Le changement des âmes est si profond que nous ne remarquons même plus la destruction qui se produit autour de nous et à travers nous : le paradoxe de la fin — dans la « société de la connaissance » — d’un monde consacré aux choses de la connaissance. Même l’oreille s’est habituée à une dévastation linguistique programmatique, où un jargon technico-managérial et bureaucratique appauvri répète des expressions ayant valeur opératoire précise, qui semble cependant difficile à saisir : amélioration de la qualité, excellence, compétence, transparence, produits de la recherche, offre d’enseignement... Et autonomie, c’est-à- dire — selon les mots de Thomas Piketty — l’imposture qui a lancé le processus de destruction du modèle européen d’université. Une destruction qui a pris comme prétexte rhétorique certains maux — réels ou non — de l’ancienne université, mais bien sûr sans y remédier, car le but visé n’était pas celui-là.

Trente ans après l’introduction de l’autonomie, justement, et vingt ans après le processus de Bologne, dix ans après la « loi Gelmini », la littérature critique sur cette destruction est sans limite. La recherche et l’enseignement — c’est un fait, et pourtant il semble tabou de le rendre explicite — ne sont plus libres depuis longtemps. Soumise à une pression insensée pour « produire » de plus en plus chaque année (en Italie : VQR, ASN, etc.), la recherche est en proie à une véritable bulle de titres, qui transforme de plus en plus les déjà exemplaires publish or perish en rubbish or perish. Dans le même temps, la pression continue à « délivrer » une formation entièrement adaptée aux exigences du monde productiviste. La modernisation qui a arraché de manière programmatique l’université à la « tour d’ivoire » – la rendant « responsive », « service university » — n’a signifié rien de plus que la voie, la « troisième voie », vers le monde des intérêts privés. Vidées de leur valeur, l’éducation et la recherche sont évaluées, c’est-à-dire « valorisées » par le marché et le quasi- marché de l’évaluation, qui, dans sa meilleure forme institutionnelle, ne sert qu’à « favoriser (...) l’effet du contrôle social et le développement de logiques de marché positives » (CRUI 2001).

C’est précisément grâce à l’imposition de ces logiques de marché que la liberté de recherche et d’enseignement – bien que protégée par l’article 33 de la Constitution – est réduite désormais à la liberté d’entreprendre. Le modèle auquel elle est tenue de se soumettre est un régime de production de connaissances utiles (utiles d’abord pour accroître le profit privé), qui commande les méthodes, les temps et les lieux de cette production, selon un management autoritaire qui va jusqu’à exproprier les chercheurs et les universitaires de leur propre faculté de jugement, désormais soumis à des critères sans justification interne mais vendus comme étant objectifs. Ce sont des chiffres et des mesures qui, comme chacun sait, n’ont rien de scientifique et ne garantissent rien en termes de valeur et de qualité de la connaissance. Définir des pourcentages d’excellence et d’inacceptabilité, diviser avec des médianes ou prescrire des seuils, trier les revues en classements, les diviser selon le ranking, tout cela, tout comme pratiquer le contrôle les plus vexatoires sous forme de certifications, d’accréditations, de rapports, de révisions, etc., a une seule fonction : la mise en concurrence forcée des individus, des groupes ou des institutions au sein de la seule réalité à laquelle nous attribuons aujourd’hui un titre pour établir des valeurs, c’est-à-dire le marché, en l’occurrence le marché mondial de l’éducation et de la recherche, qui est une invention récente.

Là où les marchés n’existaient pas traditionnellement (éducation et recherche, mais aussi santé, sécurité, etc.), l’impératif était de les créer ou d’en simuler leur existence. La logique du marché concurrentiel s’est imposée comme un véritable commandement éthique, s’y opposer a signifié, pour les quelques personnes qui l’ont essayé, devoir se défendre contre les accusations d’inefficacité, d’irresponsabilité, de gaspillage de l’argent public, de défense des privilèges corporatistes et de castes. Le laissez-faire n’a pour autant pas triomphé : un « evaluative State » policier a opéré pour que cette logique soit intériorisée dans la conduite des études et des recherches, opérant une véritable déprofessionnalisation, qui a transformé les universitaires engagés dans leurs recherches en entrepreneurial researchers selon les diktats de la corporate university. Pour les gratifier, une précarité économique et existentielle qui se décline avec le nom d’excellence, le cadre aujourd’hui fonctionnel à un « darwinisme compétitif » explicitement théorisé et, grâce aussi à la couverture morale offerte par l’idéologie du mérite, rendu par abus de langage « normal ».

Beaucoup de gens pensent aujourd’hui que ce modèle de gestion des connaissances est toxique et non durable à long terme. Les dispositifs de mesure des performances et d’évaluation convertissent la recherche scientifique (le fait de demander pour savoir) en recherche d’un avantage concurrentiel (demander pour obtenir), mettant en danger la signification et le rôle de la connaissance pour la société. De plus en plus souvent aujourd’hui, les chercheurs écrivent et font des recherches pour atteindre un seuil de productivité plutôt que pour ajouter des connaissances à l’humanité : « Jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité, autant de personnes ont écrit autant malgré ils aient si peu à dire à si peu de monde » (Alvesson et al., 2017). Ainsi, la recherche est fatalement condamnée à ne pas être pertinente, ce qui a pour effet de dissiper la reconnaissance sociale dont elle a bénéficié jusqu’à présent et de générer une profonde crise de confiance. Le temps est venu de procéder à un changement radical si l’on veut éviter l’implosion du système de la connaissance dans son ensemble. La bureaucratisation de la recherche et la managérialisation de l’enseignement supérieur risquent de devenir le Tchernobyl de notre modèle d’organisation sociale.

Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est réaffirmer les principes qui protègent le droit de l’ensemble de la société à un savoir, un enseignement et une recherche libres — afin de protéger le tissu même de la démocratie — et, pour cette raison, protéger ceux qui se consacrent à la connaissance. Ce qu’il faut, c’est un choix de domaine, capable de distinguer d’en bas ce qui résiste en tant que force critique, la capacité à discriminer, à distinguer ce qui ne peut plus être tenu ensemble : partage et excellence, liberté de recherche et néo-évaluation, formation de qualité et fourniture rapide de main- d’œuvre bon marché, libre accès à la connaissance et monopoles du marché.

Nous devons marquer un certain nombre d’étapes pour œuvrer dans ce sens.

S’il y a une adhésion préliminaire suffisante — disons en termes symboliques 100 personnes au début — nous organiserons bientôt une réunion pour réfléchir à des politiques radicalement alternatives en termes d’évaluation, de calendrier et de formes de production des connaissances.

Dans ce sens, nous organisons en juin une initiative qui coïncidera avec la prochaine conférence ministérielle du processus de Bologne, qui se tiendra cette année à Rome, afin de faire progresser avec force – en collaboration avec d’autres mouvements européens de chercheurs et d’universitaires (des contacts en ce sens sont déjà pris) – une refonte des politiques de la connaissance.

Valeria Pinto – Davide Borrelli – Maria Chiara Pievatolo – Federico Bertoni + 1300
https://www.roars.it/online/piu-1-000-firme-disintossichiamoci-un-appello-per-ripensare-le-politiche-della-conoscenza/

Pour adhérer : sapereperilfuturo@gmail.com en précisant l’institution d’affiliation.

Traduction française de Cristina del Biaggio
https://academia.hypotheses.org/16015

Let’s detoxify ourselves – Knowledge for the Future

"Economics are the methods. The object is to change the soul". Margaret Thatcher’s formula sums up well the process that characterized the policies of knowledge, education and research (but not only) in the last decades.

The economic method, the shortage as a normal condition, at the survival limit or below it, is visible to everyone. Also clearly visible, together with the financial one, is the bureaucratic strangulation. Less visible is the target. So deep is the change of our soul that we no longer even notice the destruction that has taken place around and through us: the paradox of the end - inside the "knowledge society" - of a world dedicated to the things of knowledge. Our very hearing has become accustomed to a programmatic linguistic devastation, where an impoverished technical-managerial and bureaucratic jargon reiterates expressions having a precise operational value, which however seems to be difficult to grasp: quality improvement, excellence, competence, transparency, research products, teaching provision... And autonomy, or - to take up Thomas Piketty's words - the imposture that initiated the process of destruction of the European university model. A destruction that has taken as a rhetorical pretext some faults - real and not - of the old university, but of course without remedying them, because its goal was not this one but another one.

Thirty years since the introduction of “autonomy”, twenty since the Bologna process, ten since the "Gelmini Act" (in Italy), the critical literature about this destruction is boundless. Research and teaching - it is a fact, although making it explicit seems a taboo - are no longer free. Research, subjected to senseless pressure that pushes us to "produce" more every year, with every turn more (in Italy VQR, ASN etc.), is in the grip of a real bubble of titles, which transforms an already fatal "publish or perish" into a "rubbish or perish". At the same time, pressure is exerted to "deliver" an education entirely modeled on the demands of the productive world. The modernization that programmatically tore the university away from every "ivory tower" - making it "responsive", "service university" - meant nothing but the way, the "third way", to the world of private interests. Emptied of their value, education and research are evaluated, that is to say "valued", through the market and the quasi-market of evaluation, which, in its best institutional capacity, serves only to "favor (...) the effect of social control and the development of positive market logic "(CRUI 2001).

Due to the imposition of this market logic, the freedom of research and teaching - although protected by art. 33 of the Italian Constitution - is now reduced to freedom of enterprise, submitted to a regime of production of useful knowledge (useful above all to increase private profit), which controls the ways, times and places of this production. An authoritarian management expropriates researchers and scholars of their own faculty of judgment. Criteria deprived from internal justification are smuggled as objective ones: numbers and measures that, everyone knows, have no scientific basis and do not guarantee in any respect the value and quality of knowledge. Pre-defining percentages of excellence and unacceptability, dividing with medians or prescribing thresholds, sorting in rankings, dividing magazines into ratings, all this, together with the most vexatious control practices in the form of certifications, accreditations, reports, reviews, etc., has only one function: the forced competition of individuals, groups or institutions within the only reality to which today the title to establish values is attributed, that is the market, in this case the global market of education and research, which it is a completely recent invention.

As a matter of fact, where traditionally the markets did not exist (education and research, but also health, safety and so on) the imperative was to create them or simulate their existence. The logic of the competitive market has established itself as a real ethical command, opposing which has meant, for the few who have tried it, having to defend themselves from accusations of inefficiency, irresponsibility, waste of public money, defense of corporate and caste privileges. Far from the triumph of laissez faire: a police “evaluative state” has worked to ensure that this logic is internalized in normal study and research practices, operating a real de-professionalisation, which has transformed scholars engaged in their research into compliant entrepreneurial researcher, obedient to the diktats of the corporate university. To gratify them they are offered an economic and existential precariousness that goes under the name of excellence: the functional framework to a "competitive Darwinism" that is explicitly theorized and, also thanks to the moral coverage offered by the ideology of merit, forcedly made normal.

Many now believe that this knowledge management model is toxic and unsustainable in the long term. The performance measurement and reward evaluation devices convert scientific research (asking for knowledge) into the search for competitive advantages (asking for obtaining), thus jeopardizing the meaning and role of knowledge for society. More and more today we write and do research to reach a productivity threshold rather than to add knowledge to humanity: "never before in the history of humanity have so many written so much despite having so little to say to so few" (Alvesson et al., 2017). In this way, research is fatally condemned to irrelevance, dispelling the social appreciation it has enjoyed so far and generating a deep crisis of trust. The time has come for a radical change if we want to avoid the implosion of the knowledge system as a whole. The bureaucratization of research and the managerialization of higher education risk becoming the Chernobyl of our model of social organization.

What is needed today is to reaffirm the principles that protect the right of all society to have free knowledge, teaching, research - to protect, that is, the very stuff of which a democracy is made - and for this reason to protect those who dedicate themselves to knowledge. A standpoint is needed to bring together what resists as a critical force, as the ability to discriminate, distinguish what cannot be held together: sharing and excellence, freedom of research and new evaluation, good higher education and rapid supply of low-cost workforce, free access to knowledge and market monopolies.

In this direction some stages are outlined.

The first one is an assessment of the actual existence and consistency of our field. A project cannot move forward unless a minimum mass of people willing to commit to it is reached. If there is an adequate preliminary adhesion - let's say 100 people in symbolic terms - we organize a meeting to discuss alternative policies about evaluation, times and forms of knowledge production, recruitment and organization.

Looking ahead, we carry out an initiative in June, concomitant with the next ministerial conference of the Bologna process, which will be held in Rome this year, with the aim of demanding - in conjunction with other European movements of researchers and scholars - a radical rethinking of knowledge policies.

Valeria Pinto Davide Borrelli Maria Chiara Pievatolo Federico Bertoni + 1300
https://www.roars.it/online/piu-1-000-firme-disintossichiamoci-un-appello-per-ripensare-le-politiche-della-conoscenza/

to join: sapereperilfuturo@gmail.com specifying the university you belong to.

Entgiften wir uns – Wissen für die Zukunft

“Economics are the methods. The object is to change the soul”. Diese Formel Margaret Thatchers spiegelt den Prozess der letzten Jahrzehnte im Bereich der Wissens-, der Bildungs-, und Forschungspolitik (wenn auch nicht nur in diesen Bereichen) gut wider.

Die Sparmethode, der Mangel als Normalzustand, der an oder unter der Überlebensgrenze liegt, ist sichtbar für alle. Ebenso sichtbar ist außer der finanziellen auch die bürokratische Strangulierung. Weniger sichtbar ist das Ziel. Unsere Gemüter haben sich derart verändert, dass wir nicht einmal mehr bemerken, was um uns herum und durch uns zerstört worden ist: das Paradox, dass eine dem Wissen gewidmete Welt – in einer Wissensgesellschaft – ihrem Ende zugeht. Auch das Ohr hat sich an eine programmatische Sprachverwüstung gewöhnt, wo der verarmte verwaltungstechnisch- bürokratische Jargon immer wieder auf eine Ausdrucksweise zurückgreift, die eine präzise operative Valenz hat, aber dennoch schwer zu fassen scheint: Qualitätssteigerung, Exzellenz, Kompetenz, Transparenz, Forschungsprodukte, Erteilung von Lehrinhalten... Und Autonomie, bzw. – um mit den Worten Thomas Pikettys zu sprechen – der Schwindel, der die Zerstörung des europäischen Universitätsmodells in Gang gesetzt hat. Eine Zerstörung, die gewisse – mehr oder weniger tatsächliche – Missstände der alten Universität rhetorisch zum Vorwand nahm, natürlich ohne sie abzuschaffen, denn nicht dies, sondern anderes war ihr Ziel.

Dreißig Jahre nach der Einführung der Autonomie, zwanzig Jahre nach dem Bologna-Prozess, zehn Jahre nach dem [in Italien] „Gelmini Gesetz“ gibt es eine unendliche Fülle von kritischen Abhandlungen zu diesem Thema. Lehre und Forschung sind seit langem nicht mehr frei – das ist eine Tatsache, aber es ist tabu, darüber zu sprechen. Es wird ein sinnloser Druck auf die Forschung ausgeübt, der sie dazu antreibt, jedes Jahr, bei jeder Runde (in Italien VQR, ASN, etc.) mehr zu „produzieren“. Die Forschung geht in einer regelrechten Titelflut unter, und das an sich schon letale publish or perish ist zu einem rubbish or perishgeworden. Gleichzeitig nimmt der Druck zu, eine Bildung zu „erteilen“, die gänzlich auf die Bedürfnisse der Wirtschaft abgestellt ist. Die Modernisierung, die die Universität programmatisch aus jedem „Elfenbeinturm“ gezerrt hat und sie „responsive“ und zur „service university“ machte, war nichts anderes als das Bemühen, einen Weg – den „dritten Weg“ – in die Welt der Privatinteressen einzuschlagen. Lehre und Forschung, ihrer Werte entleert, werden bewertet, besser „aufgewertet“ durch den Markt und den Quasi-Markt der Evaluierung, der in seiner besten institutionellen Form zu nichts weiter dient, als „den sozialen Kontrolleffekt und die Entwicklung einer positiven Marktlogik zu fördern“ (CRUI [Italienische Rektorenkonferenz], 2001).

Gerade weil diese Marktlogik sich durchgesetzt hat, ist die Freiheit von Lehre und Forschung (die zwar durch Art. 33 der Italienischen Verfassung garantiert ist) inzwischen zur Unternehmensfreiheit geworden. Das Modell, dem sie sich anpassen soll, ist ein Regime, das von ihr verlangt, nützliche (vor allem dem privaten Profit nützliche) Kenntnisse zu vermitteln und das in einem autoritären Management vorschreibt, wie, wann und wo dies zu geschehen hat. Auf diese Weise wird den Forschenden und Studierenden ihr eigenes Urteilsvermögen abgesprochen und angeblich objektiven Kriterien unterworfen, die keine innere Rechtfertigung haben. Es handelt sich um Zahlen und Maßnahmen, die, wie jeder weiß, nichts Wissenschaftliches haben und keinerlei Garantie für Wert und Qualität des Wissens bieten. Es werden Prozentsätze der Exzellenz und der Zurückstufung vorgegeben, Aufspaltungen über Mittelwerte vorgenommen, Schwellen gesetzt und Klassifizierungen eingerichtet, die Zeitschriften unterliegen einem Rating-System, es gibt die verschiedensten schikanösen Kontrollformen, wie Zertifizierungen, Akkreditierungsverfahren, Rechenschaftspflicht, Überprüfungen, Revisionen usw., und all das hat nur die eine Funktion, und zwar eine Konkurrenz zu erzwingen zwischen den Individuen, Gruppen oder Institutionen, die auf dem einzigen Gebiet tätig sind, dem heute das Recht zugesprochen wird, Werte zu bestimmen, nämlich dem Markt, in unserem Fall dem globalen Bildungs- und Forschungsmarkt, der eine Erfindung der allerjüngsten Zeit ist.

Dort, wo nämlich traditionsgemäß kein Markt vorhanden war (Bildung, Forschung, aber auch Gesundheits- sowie Sicherheitswesen und ähnliches) lautete der Imperativ, einen solchen zu schaffen oder dessen Existenz vorzutäuschen. Die Marktlogik der Konkurrenz hat sich geradezu als ethisches Gebot etabliert, dem sich zu widersetzen für die wenigen, die es gewagt haben, bedeutete, dass man ihnen Ineffizienz, Unverantwortlichkeit, Verschwendung öffentlicher Gelder und die Inanspruchnahme von korporativen und Kastenprivilegien zum Vorwurf machte. Das ist alles andere als ein Siegeszug des laissez faire: ein polizeiähnlicher „evaluative State“ hat darauf hingewirkt, dass diese Logik in allen normalen Studien- und Forschungstätigkeiten verinnerlicht wurde und dass eine regelrechte Ent-Professionalisierung stattfand, die aus engagierten Forschern entrepreneurial researcher machte, die mit den Vorgaben der corporate universitykonform gingen. Die Gegenleistung besteht in einer wirtschaftlichen und existenziellen Prekarität, die unter dem Namen Exzellenz läuft, und den funktionellen Rahmen für ein „darwinistisches Konkurrenzsystem“ bildet, das ausdrücklich theoretisch untermauert, auch dank der moralischen Stützung durch die Meritokratie notgedrungen zur Normalität wurde.

Dieses Verwaltungsmodell des Wissens wird von vielen als Gift gesehen und auf lange Sicht als unhaltbar beurteilt. Die Verfahren der Leistungsmessung und Prämierung gestalten die wissenschaftliche Forschung (das Fragen, um zu wissen) in die Suche nach Wettbewerbsvorteilen um (das Fragen, um zu bekommen), bis wir so weit sind, dass der Sinn und die Rolle des Wissens für die Gesellschaft aufs Spiel gesetzt werden. Immer öfter wird heutzutage geschrieben und geforscht, um eine Produktivitätsschwelle zu erreichen, statt vielmehr die Menschheit um Kenntnisse zu bereichern: „Nie zuvor in der Geschichte haben so viele Menschen so viel geschrieben, obwohl sie so wenig zu sagen haben“ (Alvesson u.a., 2017). Auf diese fatale Weise wird die Forschung zur Bedeutungslosigkeit verurteilt, die soziale Anerkennung, die sie bisher genossen hat, geht verloren und macht einer tiefen Vertrauenskrise Platz. Der Moment einer radikalen Wende ist gekommen, wenn die Implosion des Wissenssystems in seiner Gesamtheit verhindert werden soll. Die Bürokratisierung der Forschung und die „Managerisierung“ der höheren Ausbildungsgänge laufen die Gefahr, zum Tschernobyl unseres Gesellschaftsmodells zu werden.

Was es heute braucht, ist die Besinnung auf die Grundsätze, die der gesamten Gesellschaft das Recht auf Wissen, auf Unterricht und auf freie Forschung garantieren, die also für das Wesen selbst der Demokratie und damit für diejenigen bürgen, die sich dem Wissen widmen. Es gilt, Partei zu ergreifen, damit von der Basis her das gerettet wird, was an Kritik- und Unterscheidungsfähigkeit übrig geblieben ist und das zu erkennen, was nicht zusammengehalten werden kann: Gemeinsamkeit und Exzellenz, freie Forschung und Neoevaluierung, gute Ausbildung und schnelle Versorgung mit billiger Arbeitskraft, freier Zugang zum Wissen und Marktmonopole.

In dieser Richtung lassen sich einige Zwischenziele ausmachen.

Das erste ist, sich darüber klarzuwerden, wie viele wir tatsächlich sind. Man kann kein Projekt vorantreiben, wenn es nicht eine Mindestzahl von Personen gibt, die bereit sind, sich zu engagieren. Wenn sich im Vorfeld eine angemessene Gruppe unseren Vorstellungen anschließt, sagen wir für den Anfang symbolisch 100 Personen, organisieren wir kurzfristig ein Treffen, um über Verfahren zu diskutieren, die in Hinsicht auf Evaluierung, Zeiten und Formen der Wissensproduktion, Rekrutierung und Organisation eine radikale Wende darstellen.

Vorausschau: für Juni ist eine Initiative geplant, die gleichzeitig mit der nächsten Ministerialkonferenz zum Bologna-Prozess stattfindet, die dieses Jahr in Rom tagen soll. Unser Ziel ist, gemeinsam mit anderen europäischen Bewegungen von Forschern und Studierenden (die entsprechenden Kontakte bestehen bereits) ein Umdenken in der Wissenspolitik zu bewirken.

Valeria Pinto - Davide Borrelli - Maria Chiara Pievatolo - Federico Bertoni + 1300
https://www.roars.it/online/piu-1-000-firme-disintossichiamoci-un-appello-per-ripensare-le-politiche-della-conoscenza/

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Wir danken Maria Böhmer und Daniel Elon für die Übersetzung

Desintoxiquémonos – Un saber para el futuro

“Economics are the methods. Theobjectistochangethesoul”. Esta frase de Margaret Thatcher resume bien el proceso que se ha producido en estas últimas décadas en el terreno de las políticas educativas, universitarias y de investigación (aunque no únicamente en estos terrenos).

El método económico, -que propugna la escasez como norma, casi al límite de la condición de supervivencia- es algo conocido por todos. También lo es la asfixia burocrática y financiera. Sin embargo, el objetivo que cumplen estos procesos no resulta tan evidente. El cambio en las conductas es tan profundo que ya no nos damos cuenta ni siquiera de la destrucción que se ha producido en nuestro entorno y en nosotros mismos. Vivimos, paradójicamente, en un mundo donde declina el conocimiento, justo en una época que llamamos “sociedad del conocimiento”. Incluso nuestros oídos se han acostumbrado a una sistemática devastación lingüística, en la cual una empobrecedora jerga de gestión burocrática reitera expresiones con un supuesto valor operativo cuyo sentido, sin embargo, es difícil de entender: mejora de la calidad, excelencia, competencia, transparencia, producción de investigación, gestión de la didáctica…y autonomía, o –por retomar las palabras de Thomas Piketty: la impostura ha emprendido el proceso de destrucción del modelo europeo de universidad. Una destrucción que ha tomado como excusa la solución de ciertos problemas –reales o no- de la vieja universidad, pero no para solucionarlos, ya que no era este su objetivo, sino otro bien distinto.

Casi a treinta años de la introducción de la autonomía universitaria, a veinte del proceso de Bolonia, a diez de la “Ley Gelmini”, se ha escrito un sinfín de literatura crítica sobre este proceso de destrucción. Es un hecho evidente, aunque parece tabú mencionarlo, que la libertad docente e investigadora han entrado en declive desde hace un tiempo. Sometida a una insensata presión (por parte de las agencias de calidad y evaluación de la investigación) que apremia a “producir” cada año más, cada vez más, la investigación está atrapada en una verdadera burbuja de publicaciones que transforma el ya fatídico publishorperish en un ulterior rubbishorperish. Al mismo tiempo, continúa la presión de “administrar” una formación totalmente ajustada a las demandas del mundo empresarial.

El programa sistemático de modernización que ha bajado a la universidad de su torre de marfil –convirtiéndola en “responsive”, "service university”- no ha significado otra cosa que la vía, la “tercera vía”, que la encamina a satisfacer los intereses del sector privado. Vaciadas de su valor, la enseñanza y la docencia son valoradas, podría decirse “valorizadas”, mediante el mercado y el cuasi-mercado de la evaluación, que, con sus mejores ropajes institucionales no sirve para otra cosa que para “favorecer el efecto de control social y de desarrollo de lógicas mercantiles”. (CRUI - Conferencia de los Rectores de las Universidades Italianas 2001).

Realmente, gracias a la imposición de estas lógicas de mercado, la libertad de investigación y docencia, -aunque protegidas por el art. 33 de la Constitución- ahora se reducen a la libertad de empresa.El régimen al que deben someterse es el de producir conocimiento útil (sobre todo, para aumentar el beneficio privado), que controla las formas, tiempos y lugares de esta producción, de acuerdo con una gestión autoritaria que llega a expropiar a los investigadores y académicos de su facultad de juicio, ahora sujeta a criterios sin ninguna justificación interna que se hacen pasar por objetivos. Estos toman la forma de cifras y medidas que, todo el mundo sabe, no tienen nada de científico, ni son garantía del valor y la calidad del conocimiento. Fijar percentiles de excelencia, establecer umbrales, calcular medianas, crear clasificaciones de revistas, a esto se le suman las prácticas de control más irritantes en forma de certificaciones, acreditaciones, informes, revisiones, etc., con una única función: forzar a individuos, grupos e instituciones a competir en ventaja de la única institución a la que hoy se le otorga el derecho a fijar el valor: el mercado. En este caso, el mercado global de la educación y la investigación, que ha sido inventado en estos últimos tiempos.

En los sectores donde tradicionalmente no existían los mercados (educación e investigación y también salud, protección social, etc.), el imperativo ha sido crearlos o simular su existencia. La lógica del mercado competitivo se ha establecido como un verdadero mandato ético incuestionable, oponerse a ella significa ser acusado de ineficiencia, irresponsabilidad, derroche de dinero público o de defender privilegios corporativos. Esta lógica se ha impuesto mediante un “evaluative state” policial que ha trabajado para garantizar que dicha lógica se internalice en las prácticas normales de estudio e investigación, operando una verdadera desprofesionalización, que ha transformado a los investigadores en emprendedores adaptados a los preceptos de la universidad corporativa. Como recompensa, estos investigadores han obtenido una precariedad económica y existencial que se conoce con el nombre de excelencia, un marco funcional para el actual “darwinismo competitivo", acompañado, además, por la ideología meritocrática que se ha normalizado a la fuerza.

Son muchos los que piensan que este modelo de gestión del conocimiento es tóxico e insostenible a largo plazo. Los dispositivos de medición del rendimiento y de evaluación de recompensas convierten la investigación científica (la pregunta por el saber) en la búsqueda de una superioridad competitiva (la obtención de ventajas), poniendo en peligro el significado y el papel del conocimiento para la sociedad. Cada vez más, hoy escribimos e investigamos para alcanzar un umbral de productividad en lugar de agregar conocimiento a la humanidad: "nunca antes en la historia de la humanidad, tantos han escrito tanto a pesar de tener tan poco que decir a tan pocos" (Alvesson et al., 2017).De esta manera, la investigación está condenada fatalmente a la irrelevancia, disipando el reconocimiento social que ha disfrutado hasta ahora y generando una profunda crisis de confianza. Ha llegado el momento de un cambio radical si queremos evitar la implosión del sistema de conocimiento en su conjunto. La burocratización de la investigación y la educación superior managerializada se convierten en el Chernobyl de nuestro modelo de organización social.

Por lo tanto, lo que se necesita hoy es reafirmar los principios que protegen el derecho de toda sociedad a tener libre conocimiento, enseñanza e investigación (es decir, proteger el tejido mismo del que está hecha una democracia) y, por esta razón, proteger a quienes se dedican al conocimiento. Necesitamos establecer preferencias, que posibiliten de articular desde la base las resistencias críticas con capacidad para deslindar lo que se puede o no se puede mantener unido: conocimiento común y compartido o excelencia, libertad de investigación o nueva evaluación de resultados, formación de estudiantes con sentido o suministro rápido de mano de obra de bajo costo, libre acceso al conocimiento o monopolios de saber mercantil.

En esta línea se perfilan algunas etapas.

La primera es una verificación de la existencia real y de la consistencia de este campo. Un proyecto no puede avanzar a menos que se alcance una masa mínima de personas dispuestas a comprometerse con él.

Si hay una adhesión preliminar adecuada, -digamos, en términos simbólicos, que reúna a 100 personas, podría organizarse una reunión para razonar sobre políticas radicalmente alternativas en términos de evaluación, tiempos y formas de producción de conocimiento, reclutamiento y organización.

De cara al futuro, en junio de 2020 se celebrará un encuentro en Roma -que se hará coincidir con la próxima conferencia ministerial del proceso de Bolonia- para avanzar con fuerza, junto con otros movimientos europeos de investigadores y académicos (ya existen contactos en este sentido) hacia un replanteamiento de las políticas de conocimiento.

Valeria Pinto - Davide Borrelli - Maria Chiara Pievatolo - Federico Bertoni + 1300
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Disintossichiamoci - Sapere per il futuro

“Economics are the methods. The object is to change the soul”. Riferita alle politiche della conoscenza, istruzione e ricerca (ma non soltanto), questa formula di Margaret Thatcher ben riassume il processo che ha contraddistinto gli ultimi decenni.

Il metodo economico, la penuria come condizione normale, al limite o al di sotto del limite della sopravvivenza, è visibile a tutti. Anche ben visibile, insieme a quello finanziario, è lo strangolamento burocratico. Meno visibile l’obiettivo. Il cambiamento degli animi è così profondo che non ci accorgiamo nemmeno più della distruzione compiutasi intorno e attraverso di noi: il paradosso della fine – nella “società della conoscenza” – di un mondo dedicato alle cose della conoscenza. Anche l’udito si è assuefatto a una programmatica devastazione linguistica, dove un impoverito gergo tecnico-gestionale e burocratico reitera espressioni dalla precisa valenza operativa, che però sembra essere difficile cogliere: miglioramento della qualità, eccellenza, competenza, trasparenza, prodotti della ricerca, erogazione della didattica... E autonomia, ovvero – per riprendere le parole di Thomas Piketty – l’impostura che ha avviato il processo di distruzione del modello europeo di università. Una distruzione che ha assunto come pretesto retorico alcuni mali – reali e no – della vecchia università, ma naturalmente senza porvi rimedio, perché non questo ma altro era il suo l’obbiettivo.

A trenta anni appunto dall’introduzione dell’autonomia, a venti dal processo di Bologna, a dieci dalla “Legge Gelmini”, la letteratura critica su questa distruzione è sconfinata. Ricerca e insegnamento – è un fatto, eppure sembra un tabù esplicitarlo – da tempo non sono più liberi. Sottoposta a una insensata pressione che incalza a “produrre” ogni anno di più, a ogni giro (da noi VQR, ASN ecc) di più, la ricerca è in preda a una vera e propria bolla di titoli, che trasforma sempre più il già esiziale publish or perish in un rubbish or perish. Nello stesso tempo, è continua la pressione ad “erogare” una formazione interamente modellata sulle richieste del mondo produttivo. La modernizzazione che ha programmaticamente strappato l’università via da ogni “torre di avorio” – facendone “responsive”, “service university” – ha significato non altro che la via, la “terza via”, verso il mondo degli interessi privati. Svuotate del loro valore, istruzione e ricercasono valutate, vale a dire “valorizzate” tramite il mercato e il quasi-mercato della valutazione, che, nella sua migliore veste istituzionale, non serve ad altro che «a favorire (...) l’effetto di controllo sociale e di sviluppo di positive logiche di mercato» (CRUI 2001).

Proprio grazie all’imporsi di queste logiche di mercato, la libertà di ricerca e di insegnamento – sebbene tutelata dall’art. 33 della Costituzione – è ridotta oramai a libertà di impresa. Il modello al quale le è richiesto sottomettersi è un regime di produzione di conoscenze utili (utili anzitutto a incrementare il profitto privato), che comanda modi tempi e luoghi di questa produzione, secondo un management autoritario che arriva ad espropriare ricercatori e studiosi della loro stessa facoltà di giudizio, ora assoggettata a criteri privi di interna giustificazione contrabbandati per oggettivi. Si tratta di numeri e misure che di scientifico, lo sanno tutti, non hanno nulla e nulla garantiscono in termini valore e qualità della conoscenza. Predefinire percentuali di eccellenza e di inaccettabilità, dividere con mediane o prescrivere soglie, ordinare in classifiche, ripartire in rating le riviste, tutto questo, insieme alle più vessatorie pratiche di controllo sotto forma di certificazioni, accreditamenti, rendicontazioni, riesami, revisioni ecc., ha un’unica funzione: la messa in concorrenza forzata di individui gruppi o istituzioni all’interno dell’unica realtà cui oggi si attribuisce titolo per stabilire valori, ossia il mercato, in questo caso il mercato globale dell’istruzione e della ricerca, che è un’invenzione del tutto recente.

Là dove infatti tradizionalmente i mercati non esistevano (istruzione e ricerca, ma anche sanità, sicurezza e così via), l’imperativo è stato quello di crearli o di simularne l’esistenza. La logica del mercato concorrenziale si è imposta come vero e proprio comando etico, opporsi al quale ha comportato, per i pochi che vi hanno provato, doversi difendere da accuse di inefficienza, irresponsabilità, spreco di danaro pubblico, difesa di privilegi corporativi e di casta. Tutt’altro che il trionfo del laissez faire: un “evaluative State” poliziesco ha operato affinché questa logica venisse interiorizzata nelle normali pratiche di studio e ricerca, operando una vera e propria deprofessionalizzazione, che ha trasformato studiosi impegnati nella loro ricerca in entrepreneurial researcher conformi ai diktat della corporate university. A gratificarli una precarietà economica ed esistenziale che va sotto il nome di eccellenza, la cornice oggi funzionale a un “darwinismo concorrenziale” esplicitamente teorizzato e, anche grazie alla copertura morale offerta dall’ideologia del merito, reso forzatamente normalità.

Sono in molti ormai a ritenere che questo modello di gestione della conoscenza sia tossico e insostenibile a lungo termine. I dispositivi di misurazione delle performance e valutazione premiale convertono la ricerca scientifica (il chiedere per sapere) nella ricerca di vantaggi competitivi (il chiedere per ottenere), giungendo a mettere a rischio il senso e il ruolo del sapere per la società. Sempre più spesso oggi si scrive e si fa ricerca per raggiungere una soglia di produttività piuttosto che per aggiungere una conoscenza all’umanità: “mai prima nella storia dell'umanità tanti hanno scritto così tanto pur avendo così poco da dire a così pochi” (Alvesson et al., 2017). In questo modo la ricerca si condanna fatalmente all’irrilevanza, dissipando il riconoscimento sociale di cui finora ha goduto e generando una profonda crisi di fiducia. È giunto il momento di un cambiamento radicale, se si vuole scongiurare l’implosione del sistema della conoscenza nel suo complesso. La burocratizzazione della ricerca e la managerializzazione dell’istruzione superiore rischiano di diventare la Chernobyl del nostro modello di organizzazione sociale.

Quel che serve oggi è quindi riaffermare i principi che stanno a tutela del diritto di tutta la società ad avere un sapere, un insegnamento, una ricerca liberi – a tutela, cioè, del tessuto stesso di cui è fatta una democrazia – e per questo a tutela di chi si dedica alla conoscenza. Serve una scelta di campo, capace di rammagliare dal basso quello che resiste come forza critica, capacità di discriminare, distinguere quello che non si può tenere insieme: condivisione ed eccellenza, libertà di ricerca e neovalutazione, formazione di livello e rapida fornitura di forza lavoro a basso costo, accesso libero al sapere e monopoli del mercato.

In questa direzione si delineano alcune tappe.

La prima è una verifica dell’effettiva sussistenza e consistenza di questo campo. Un progetto non può avanzare se non si raggiunge una massa minima di persone disposte ad impegnarvisi.

Se c’è un’adeguata adesione preliminare – diciamo in termini simbolici 100 persone per partire – organizziamo un incontro a breve per ragionare su politiche radicalmente alternative in fatto di valutazione, tempi e forme della produzione del sapere, reclutamento e organizzazione.

In prospettiva, realizziamo a giugno un’iniziativa in concomitanza con la prossima conferenza ministeriale del processo di Bologna, che quest’anno si tiene a Roma, per avanzare con forza – in raccordo con altri movimenti europei di ricercatori e studiosi (già sussistono contatti in questo senso) – un ripensamento delle politiche della conoscenza.

Valeria Pinto Davide Borrelli Maria Chiara Pievatolo Federico Bertoni + 1300
https://www.roars.it/online/piu-1-000-firme-disintossichiamoci-un-appello-per-ripensare-le-politiche-della-conoscenza/

per adesioni: sapereperilfuturo@gmail.com specificando l’università di appartenenza